Quatre Sans Quatre

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Bande Dessinée :
LA DANSEUSE DE MAO de Hza Bažant et Olivier Richard

Bande Dessinée : LA DANSEUSE DE MAO de Hza Bažant et Olivier Richard sur Quatre Sans Quatre

Quatre Sans... Quatrième de couv...

Shanghai, fin des années 90. Sale affaire pour l’inspecteur Chen. Le voici chargé par son supérieur hiérarchique à Pékin d’enquêter sur une certaine Jiao, petite fille d’une supposée maîtresse de Mao Zedong qui s’est défenestrée en 1966, pendant la sanglante Révolution culturelle.

Cette Jiao est suspectée par le régime communiste de détenir des informations compromettantes sur le passé de Mao. Pour l’inspecteur Chen, il ne va pas s’agir de mettre à jour la vérité, mais de trouver une « vérité officielle » qui conviendra aux autorités sans compromettre sa carrière.

Mais dans cette société des plus corrompues, Chen mettra un point d’honneur à rester un flic intègre.

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L'avis de Quatre Sans Quatre

1998, à Shangai, on est loin de la Longue marche, du Grand bond en avant et de la Révolution culturel, les temps sont à l’argent, au capitalisme libéral le plus sauvage et aux combines financières les plus sordides. Tout est bon pour engranger des bénéfices, même de transformer en babioles publicitaires l’effigie du grand leader. Le Grand Timonier n’est plus qu’un souvenir, pourtant le Parti Communiste Chinois tient toujours d’une main de fer les rênes du pouvoir et des informations pouvant fendiller le socle de la statue de Mao Zedong sont encore considérées comme ultra sensibles.

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Tout commence par un suicide en 1966. Une jeune femme se jette par la fenêtre et termine son existence sur l’étal d’un marchand de poisson. Une mort parmi tant d’autres, il y en avait tellement à l’époque, entre la famine et la répression. Vingt à trente millions durant la campagne du Grand bond en avant, en deux ans. Mais celle-ci avait tout de même un caractère particulier, cette femme était célèbre et elle fréquentait un illustre amant...

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Le secrétaire du Parti de Shanghai, Li Guohua, et le tout nouveau ministre de la justice, Huang Keming, venu expressément de Pékin, chargent, trente ans plus tard, l’inspecteur Chen Cao d’enquêter discrètement et de récupérer des documents pouvant prouver que Mao avait eu une liaison avec une célèbre actrice au début des années 60 et que de cette relation était née une fille. L’intègre Mao aurait semé de la descendance un peu partout à travers le pays. Un secret de Polichinelle, tout le monde sait, mais sa divulgation officielle n'est pas envisageable. Rien en doit entacher la vérité officielle, le moindre accroc et ce serrait tout l'édifice qui deviendrait sujet aux doutes. 

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Aidé par Vieux Chasseur, un ancien flic, père de son adjoint, le fidèle inspecteur Yu, Chen utilise son statut d'écrivain pour entrer en contact avec Jiao, petite-fille de la maîtresse supposée de Mao. Comme à son habitude, il va louvoyer habilement, au mépris du danger, afin de trouver l’issue la plus honnête possible à cette ténébreuse affaire qui pourrait bien broyer tous ses protagonistes. En sa compagnie, le lecteur revisite une partie de l’histoire de la Chine moderne, navigue sur la mémoire embrumée d’un vieil ivrogne, ancien garde-rouge, tout en côtoyant la société actuelle de Shanghai. Comme à chaque épisode également, une partie de la vie de Chen est dévoilée, ses fiançailles ratées, son amour de la poésie traditionnelle...

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Une enquête au coeur du secret d’État, des innombrables maîtresses et épouses du Président historique, grand amateur de femmes, et ne rechignant pas à de lamentables bassesses lorsque ses intérêts étaient en jeu. Les investigations de Chen Cao sont, comme à l’accoutumée, passionnantes, poétiques et profondément humaines. L’adaptation en roman graphique qui en est faite ici est en tout point remarquable, tant sur le plan des dessins que du scénario. Une gageure quand on connaît les multiples louvoiements dont est coutumier Chen. Rien n’est simple dans l’Empire du Milieu, ni la vérité ni le mensonge, ils peuvent l’un et l’autre vous conduire en prison, voire pire.

Les graphismes sont épurés et beaux, ce qui sied parfaitement à la complexité de l’intrigue, quelques taches de couleur çà et là relèvent un détail, accentuent une scène ou des sentiments. Les textes, condensés à l’extrême, accompagnent les images, sans les occulter, un très beau travail de complémentarité entre l’illustrateur et le scénariste. Shanghai, ses échoppes, sa pollution, la fastueuse demeure fanée où Jiao prend des cours de peinture, tout est parfaitement rendu ou suggéré. Enfin, on peut mettre un visage très réaliste sur les personnages qui traversent les romans de Qiu Xiaolong. Jusqu’aux sinogrammes ornant les façades et les affiches qui ont été vérifiées par une traductrice afin qu’il n’y ait aucune imprécision.

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À noter, la présence d'une préface de Qiu Xiaolong
lui-même et, en fin d'ouvrage, de dessins préparatoires et de quelques planches de making-off, un excellent travail éditorial !

Un roman graphique de grande qualité, transcrivant avec rigueur et talent l’atmosphère de l’enquête de Chen Cao et l’univers de Qiu Xiaolong. Les coulisses glauques du pouvoir chinois, son obsession du secret et sa paranoïa, son implacable violence également.


Notices bio

Hza Bažant est né à Prague en 1979, il est auteur de bandes dessinées mais aussi scénographe, graphiste et marionnettiste. Son travail mélange théâtre de rue, mise en scène et arts graphiques. Il dirige la galerie et atelier La Station d'hygiène, et est membre fondateur du collectif artistique Hura. Son ouvrage Nusle a été récompensé en 2015 par le prix du plus beau livre tchèque. Hza fut aussi récompensé en 2016, pour Along the stream, son estampe la plus connue.

Olivier Richard, né à Paris en 1965, a écrit de nombreux articles sur la Chine pour VSD, Rock & Folk, Libération, Brain Magazine, Noisey/Vice, etc. Il a réalisé les documentaires Beijing Calling, Un monde de Metal (France 4), La Grande Muraille de Metal, Le Metal dans la peau (Enorme TV) sur la scène musicale indépendante chinoise. Il a aussi écrit les scénarios des BD Da Qin (Ed. Soleil) et Les Licteurs (Ed. Glénat). Il voue un culte aux films de la Shaw Brothers, à la cuisine du Sichuan et connaît comme sa poche les "hutong" du quartier de GuIou à Pékin.

Qiu Xiaolong naît à Shanghai en 1953. Durant la Révolution culturelle, son père est la cible des Gardes Rouges et lui-même est privé d'école. Il apprend seul l'anglais et se passionne pour la littérature anglo-américaine, en particulier l'oeuvre de T. S. Elliot. Il poursuit ses recherches à Saint-Louis, aux États-Unis, et décide de s'y installer définitivement. Après les événements de Tian'anmen. Il est l'auteur de nouvelles, du cycle de la Poussière Rouge et de dix romans policiers. Ses livres se sont déjà vendus à plus de un million d'exemplaires à travers le monde.  Cyber China, (Liana Levi - 2012) s'intéressait à la censure des réseaux sociaux en Chine, le suivant Il était une fois l'inspecteur Chen décrivait la jeunesse de l'inspecteur et la période de la Révolution culturelle, avant d'aborder le thème inquiétant de la pollution en Chine avec Chine, retiens ton souffle (Liana Levi - 2018).

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LA DANSEUSE DE MAO - Dessinateur : Hza Bažant - Scénariste : Richard Olivier – Pika Édition – collection Pika Graphics – 175 p. janvier 2019
Adaptation du roman éponyme de Qiu Xiaolong (Liana Levi – 2008)
Traduit par Fanchita Gonzales Batlle

Bande dessinée : LES INDÉLÉBILES de Luz Roman graphique : MOI, FOU d'Antonio Altarriba et Keko Bande dessinée : LA LOTERIE de Miles Hyman