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Bande dessinée :
LES INDÉLÉBILES de Luz

Bande dessinée : LES INDÉLÉBILES de Luz sur Quatre Sans Quatre

Luz est un caricaturiste de presse et auteur de bandes dessinées français, né le 7 janvier 1972 à Tours. Il collabore à plusieurs journaux, principalement à Charlie Hebdo et Fluide glacial depuis 2003. En 2015, il quitte Charlie Hebdo et a depuis publié Catharsis chez Futuropolis qui a été distingué par plusieurs prix.

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23 ans passés à Charlie Hebdo, avant la catastrophe que l’on sait, qu’on n’oublie pas, ceux qui nous manquent tout le temps, leur absence qui creuse le temps, qui le marque de manière indélébile. Les indélébiles, les taches d’encre sur les doigts de Luz qu’il ne réussit pas à effacer, les souvenirs tatoués dans sa mémoires, les taches de sang qui ne pâlissent pas.


Luz, c’est ce gentil gars un peu maladroit, gauche et impressionnable, timide, puceau - je regrette d’avoir à le préciser – et super doué. Il vient de Tours – Cabu a la gentillesse de lui dire qu’on y trouvent d’excellents pâtissiers – où il ne se passe pas grand-chose, province pas si éloignée de Paris mais dont il faut s’éloigner à tout prix. Avec le courage des grands candides, Luz – Renald Luzier – tape à la porte de Charlie et présente ses dessins. Il est accueilli comme un petit frère, avec gentillesse, encouragements, blagues et clopes. Il faut dire qu’il a d’abord rencontré, dans son éternel duffle-coat beige, celui qui lui ouvre les portes et les poches de son manteau, Cabu lui-même, un mec adorablement gentil, modeste, généreux, plein de rires et de génie, avec un gros faible pour les pâtisseries et les chiens.

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Cabu, c’est un sésame pour entrer à Charlie Hebdo, et même pour se sortir d’une situation tendue en banlieue, où Luz vient faire un reportage tout en dessinant ce et ceux qui l’entourent. Quand il explique qu’il travaille avec Cabu (« Câââbu »), c’est-à-dire celui qui animait Récré A2 avec Dorothée, c’est le respect - presque – total.

Et c’est encore lui qui explique à Luz, qui doit infiltrer incognito la fédération RPR du 13° arrondissement, comment dessiner la main dans la poche, sans se faire repérer. Parfois, le mouvement de la main dans la poche peut être mal interprété, par exemple par une jeune femme dans le métro, les risques du métier, quoi…

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On retrouve dans les ruelles de la mémoire de Luz nos propres chemins, pour ceux qui ont un peu plus de 40 ans, s’entend - les autres, éh bien vous avez du boulot de lecture à faire pour vous mettre à jour ! Les grands moments politiques, les luttes, les combats , les manifs et les valeurs communes. On se souvient de certaines Unes ainsi que d’autres dessins qui nous ont marqués et bien fait rire, fait réfléchir aussi, remis les idées en ordre parfois car Charlie Hebdo ne se soumettait à personne et à rien, le rire comme monument historique et le poil à gratter comme arme de dérision massive.

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On se souvient des événements politiques qui se sont succédé pendant deux décennies et du Charlie Hebdo sur lequel on jetait un œil attentif ou distrait, agacé aussi parfois, jusqu’au jour où…

C’est à la fois amusant de les voir au travail, dans la rédaction, sur les tables à dessin – ne pas gommer sur la table svp – passionnant et infiniment triste, infiniment poignant. Comment penser qu’on puisse vouloir attenter à la vie de ces joyeux bandits rigolards et irrespectueux, bosseurs acharnés, fiers égratigneurs, solidaires et magnifiquement doués. Ils me manquent.

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C’est un récit souvent drôle, attention, n’allez pas croire qu’on y sanglote à longueur de pages, Luz manie l’auto-dérision avec beaucoup de talent et il montre les dessous de la rédaction, les bricolages, les ratés, les prises de bec, les moments de grâce, la course contre la montre au moment du bouclage… et l’introduction de la tablette par Tignous qui laisse Cabu sceptique parce que si c’est « fini les problèmes de taches d’encre, de papier qui bave, de gommage qui froisse ta feuille... », comme le dit Tignous, « Il n’y a plus de papier pour les dessinateurs… bientôt plus de papier pour les journaux.. et plus de journaux du tout... » rétorque Jean.

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Luz procède par aller-retour entre le passé et le présent, un présent dépouillé, dans lequel il est nu au sens propre comme au figuré, égrenant ses souvenirs en même temps qu’il organise son matériel de dessin, retrouvant les gommes de ses amis dans un tiroir, reprenant au travers de ses anecdotes l’envie d’écrire et de dessiner, à l’encre, papier et peau tatoués de noir, indélébile.


LES INDÉLÉBILES – Luz – Éditions Futuropolis - 320 pages  novembre 2018

toutes les illustrations sont extraites de la bd.

Bande Dessinée : LA DANSEUSE DE MAO de Hza Bažant et Olivier Richard Roman graphique : MOI, FOU d'Antonio Altarriba et Keko Bande dessinée : LA LOTERIE de Miles Hyman