Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
AVIS DE DÉCÈS de Zhou Haohui

Chronique Livre : AVIS DE DÉCÈS de Zhou Haohui sur Quatre Sans Quatre

Quatre Sans... Quatrième de couv...

18 avril 1984. Une série de meurtres inexpliqués dans la ville de Chengdu, incite la police à mettre sur pied une unité spéciale, la 4/18. Parmi ses membres, Zheng Haoming, un flic d’élite et Pei Tao, major de l’académie de police. Échouant à trouver le coupable, l’unité est dissoute.

Dix-huit ans plus tard, Zheng Haoming est toujours obsédé par cette affaire. Mais au moment où il pense enfin tenir un indice majeur, il est assassiné. L’Unité 4/18 renaît alors de ses cendres. C’est le début d’un jeu du chat et de la souris avec un tueur aussi intelligent qu’insaisissable.


L'extrait

« La tension qui emplissait le bureau du capitaine Han Hao était suffocante. Han abattit son poing sur la table en chêne verni et se leva der son fauteuil. Les muscles de ses épaules roulèrent sous sa chemise bleue d'uniforme impeccablement repassée.
« Dites-moi tout ! » rugit-il.
Son assistant, Yin Jian, était assis face à lui. Yin, qui n'avait rien d'un géant, se sentit carrément minuscule sous le regard furieux du capitaine.
« Nous... nous venons de recevoir un appel du commissariat de Nancheng, répondit-il ? Le sergent Zheng Haoming a été assassiné.
- Donnez-moi des détails ! »
La joue de Han tremblait de colère. Son éclat de voix fit courir des frissons sur l'échine de son subordonné.
« Il y a dix minutes, on leur a signalé un homicide par téléphone. Les premiers agents sont arrivés sur place cinq minutes plus tard. Ils se sont aperçus que la victime était l'un de nos collègues et nous ont aussitôt alertés. C'est tout ce que je sais pour le moment. La collecte d'indices est encore en cours.
- On y va ! »
Han jeta une veste d'uniforme sur son épaule et quitta la pièce à grands pas.
Yin lui courut après.
« Et aussi, mon capitaine, la situation a quelque chose d'assez unique. L'homme qui leur a signalé l'homicide est un collègue.
- Du commissariat de Nancheng ?
- Non. Il s'est présenté comme le capitaine de la police de Longzhou.
- De Longzhou ? »
Han fronça les sourcils. Longzhou était un bled paumé, à au moins deux heures de route de Chengdu. Que venait faire le flic en chef d'une aussi petite ville sur son territoire ?
De toute façon, il n'avait pas de temps à perdre avec des questions futiles. Tout en marchant à grandes enjambées vers le parking du quartier général, le capitaine Han passa une série de coups de fil. Il donna rendez-vous sur les lieux du crime à son meilleur médecin légiste, à son expert numéro un de l'investigation criminelle et à son équipe de recherche la plus compétente.
La nouvelle de la mort du sergent Zheng créait déjà une onde de choc dans tous les services de la police de Chengdu. Le meurtre d'un policier provoquait toujours un traumatisme, mais Zheng Haoming était une légende. » (p. 17-18)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Malgré les années de recherches vaines et la retraite qui approche, le vieux sergent Zheng Haoming n'a pas renoncé à trouver le coupable d'une affaire à laquelle il a consacré dix-huit ans de sa vie. En-dehors de son service, il suit des pistes pour son propre compte, fouine dans les cybercafés en quête d'un tueur en série dont il possède une description, très approximative. Il a pourtant dû s’approcher bien près de sa cible puisque ses collègues le retrouve égorgé dans une masure. Sur place, les policiers, en plus du cadavre, font face au capitaine Pei Tao qui n'a rien à faire là puisqu'il travaille sur le district de Longzhou, une banlieue éloignée. Pei Tao paraît suspect à l'agent Yin Jian et au capitaine Han Hao chargé de l'enquête. Pei faisait partie de la cellule inter-service créée pour retrouver le criminel recherché par Zheng, la 18/04. À l'époque, il était même très impliqué personnellement dans l'affaire : son meilleur ami et sa fiancée, étudiants eux-aussi à l'école de police, faisaient partie des victimes du tueur. Ils étaient morts dans un attentat à la bombe qui n'avait fait qu'un survivant, un clochard à la mémoire défaillante, gravement brûlé, auteur du seul témoignage dont disposait la cellule.

Cet assassin avait le don de provoquer les flics en se permettant d'annoncer, à l'avance, l'identité de ses victimes et la date de leur décès sur des petits avis à la calligraphie impeccable. Peu de temps après la mort de Zheng, les cartons se remettent à arriver et les assassinats à se multiplier. La cellule est réactivée et, au grand dam de Han Hao, Pei en fait partie en tant qu'expert. L'ambiance au sein du groupe d'enquête n'est pas très sereine, les fortes personnalités qui la composent se heurtent sans cesse. En plus de Han, Pei et Yin, on y trouve Mu Jianyun, psychologue, chargée de suivre Pei et de l'observer, et l'agent Zeng Rihua, le geek de service. Han, soupçonneux, psychorigide, veut imposer une autorité sans faille qui ne convient pas à Pei, les deux hommes vont s'affronter à de multiples reprises.

Bien entendu, le criminel va continuer à envoyer ses faire-parts, de nombreux pièges seront tendus, des coups du sort et des rebondissements époustouflants vont se succéder à un rythme fou. L'assassin semblant faire ce qu'il veut à la barbe des flics et déjouer leurs dispositifs les plus élaborés à sa guise. Les stratégies savamment mises en place pour le coincer échouent lamentablement, les pressions politiques et hiérarchiques augmentent, les cadavres se multiplient. Avec les échecs successifs, la grogne et la méfiance s'installent, des clans se forment dans la cellule d'investigation. Il devient de plus en plus évident que Pei a gardé pour lui une partie des informations qu'il détenait sur la fin tragique de son ami et de sa fiancée, et la psychologue découvre que le dernier survivant, le témoin en piteux état, n'a pas tout dit. Les triomphes de l'assassin, qui va jusqu'à s'en prendre à de hautes autorités, conduisent les enquêteurs à se demander si celui-ci ne possède pas une ou des taupes au sein même de la police...

Zhou Haohui livre un excellent thriller, tant par sa galerie de personnages complexes, aux parts d'ombre nombreuses, que par la qualité d'une intrigue s'étalant sur près de vingt années. Pei traîne sa culpabilité, ses culpabilités, qu'il ne peut livrer, mais il est loin d'être le seul, et plus on en apprend, plus le mystère s'épaissit et dévoile des ramifications insoupçonnées. La collusion entre pouvoir et mafia, le régime autoritaire et les craintes de sanctions n'aident en rien les policiers de la cellule d'enquête, pas plus que la méfiance qui s'installe peu à peu entre eux et les amène à dissimuler de précieuses informations. La critique des institutions est toujours présente, à peine voilée, ce qui explique sans doute que ce texte a été censuré dans son pays d'origine. Le mélange entre scènes d'action et de suspense et introspections intimes des protagonistes est parfaitement dosé et les références de la quatrième de couverture à Keyser Söze ne sont pas usurpées.

Un dénouement à la Dumas en point d'orgue de ce plaisant roman en tension constante, bien difficile à anticiper tant les pistes des différents clans qui se sont formés dans la cellule inter-service poursuivent des pistes diverses, une écriture vive, de belles descriptions des bas-fonds de Chengdu et du fonctionnement de la police chinoise font d'Avis de décès un excellent thriller. Ce n'est pas tant le nom de l'assassin, même s'il reste mystérieux jusqu'à la fin, que les différents secrets des enquêteurs qui en font toute la saveur. On y trouve également une réflexion intéressante sur la justice et la dangerosité des « purs », de celles et ceux qui se refusent à tout accommodement. Avis de décès n'est que le premier volume d'une trilogie intitulée série des Luo Fei.

Un serial killer chinois, un cold case qui se réchauffe après dix-huit ans, du suspense, de l'action et de beaux personnages, tout pour un thriller efficace !


Notice bio

Zhou Haohui est né en 1977, il est aujourd’hui considéré comme un des auteurs majeurs de romans à suspense en Chine. Diplômé en ingénierie, il a écrit plus d’une dizaine de romans qui explorent la nature humaine, et les ressorts psychologiques criminels.
Il était professeur à l’université lorsqu’il a publié en ligne ses premiers romans, dont le succès a été immédiat. Son travail a été traduit en Français, en Anglais, en Coréen, et en Japonais. Nombreux sont les romans de Zhou Haohui qui ont été adaptés au cinéma ou sur le petit écran.
Zhou Haohui vit à Yangzhou, dans la province du Jiangsu, en Chine.


AVIS DE DÉCÈS - Zhou Haohui – Sonatine Éditions - 327 p. juin 2018
Traduit par Hubert Tézenas à partir de la version anglaise du roman.

photo : Ville de Chengdu - Wikipédia

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