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Chronique Livre :
BANDITSKY ! de Andreï Constantinov

Chronique Livre : BANDITSKY ! de Andreï Constantinov sur Quatre Sans Quatre

photo : tatouages de Vor v Zacone


новая коллекция*

ZAPOÏ, une collection toute nouvelle inaugurée par La Manufacture de Livre en octobre. Des fictions pures et des documents vont peu à peu venir nous raconter la réalité criminelle de la Russie d'aujourd'hui en la reliant à son histoire riche et tourmentée.

Zapoï est un mot russe qui désigne une période d'ivresse continue de deux jours ou plus pendant laquelle on est exclu de toute vie normale. Le Zapoï est une source de drames et de mortalité importante en Russie. C'est aussi le nom de la nouvelle collection de La Manufacture de Livres, des chroniques, récits et fictions russes qui ont pour ambition de faire pénétrer le lecteur dans un monde largement inconnu où les rumeurs les plus folles sont encore en-dessous de la vérité.

*nouvelle collection


За здоровье*

« Au milieu des années 80, parallèlement à la politique de perestroïka de Gorbatchev, une vague de racket met la ville en coupe réglée. L'ouverture des premières coopératives a donné naissance à une nouvelle classe de nantis, selon les critères soviétiques. Mais une autre classe apparaît : celle qui veut sa part des bénéfices. Les premiers racketteurs sont des sortes de déshérités : sportifs professionnels restés en plan dans leur carrière, soldats moralement détruits par la guerre d'Afghanistan. Bref, des types qui pensent que le moment est venu de prendre ce qu'on leur refuse, et peu importe comment. Ils travaillent « à la bonne franquette », pratiquent l'extorsion de fonds en menaçants physiquement leurs proies et en utilisant ce qui leur tombe sous la main : fer à repasser, fer à souder, bouilloire... Leurs victimes sont toujours les spéculateurs, les prostituées, des travailleurs des coopératives ayant accès aux stocks. Mais souvent, hélas pour leurs victimes, les informations sont loin d'être fiables et ils s'attaquent parfois à des cibles démunies... »

*à votre santé


расска́з*

Andreï Constantinov retrace toute l'histoire de la criminalité dans la région de Saint-Petersbourg ou Leningrad, cela dépend des époque. Sous tous ses aspects – et il y en a – du tout début du XVIIIème siècle à nos jours, des délinquants en cols blancs aux petits voleurs, des tueurs à gages professionnels aux bandes organisées régies par des codes d'honneur très stricts.

Peu à peu émerge un monde souterrain riche et logique, lorsqu'il est relié aux faits historiques qui lui ont permis de naître. De nombreux noms sont connus, des politiques surtout, des hommes d'affaires, des affaires sont évoquées qui ont fait la Une des journaux de la planète. Une somme !

*récit


моему мнению*

Si, comme moi, vous croyez que le climat de corruption généralisée qui règne en Russie provient directement des exactions des différents clans se succédant au pouvoir depuis Eltsine, ce livre est pour vous. Non, la criminalité organisée ne date pas des années 80, elle est réellement née bien plus tôt et sa forme actuelle s'est cristallisée au cours de la Révolution de 1917, puis dans les goulags sous Staline. Non, le vol n'est pas l’apanage des pauvres, dès le dix-huitième siècle, des nobles se livraient déjà aux cambriolages dans la région de Saint-Petersbourg. Et ainsi de suite, tout un tas d'idées reçues, bien évidemment fausses, tombent une à une à la lecture des fort intéressantes chroniques de Banditsky !

Les liens entre politiciens, hommes d'affaires et gangsters sont très précisément décrits, les magouilles mises au point démontées et exposées. Ce récit est un guide de voyage dans le milieu russe et ses traditions séculaires. Certes il y est question des fameux vor-y-zakone, les voleurs tatoués présents dans tous les films sur la mafia russe, dont l'histoire remonte aux bagnes de Sibérie, mais aussi des responsables politiques, de grands patrons, leurs biographies, leurs amis, les montages financiers particulièrement malins ou grossiers qui ont permis l'émergence de fortunes colossales en peu de temps.

La société russe est perméable dans tous les sens, le grand dirigeant peut être un ancien voleur, le nouveau mafieux peut avoir un passé de policier ou d'agent de renseignement ou de député. Mais est-ce bien une spécificité russe ? Le nombre des affaires douteuses, sans doute, et l'impunité totale dont semble jouir certains voyous, jusqu'au plus haut niveau... encore que, mais bon, c'est une autre histoire. C'est un document, même si on a parfois l'impression d'être dans un polar très noir, l'auteur raconte des faits de façon passionnante. En vrai journaliste, il accumule les anecdotes pour faire vivre son récit, et sait ménager son suspense.

Le lecteur assiste, sidéré, au pillage de tout un pays et de ses fleurons industriels par une oligarchie toute puissante, des députés à la solde des voyous créant des lois sur mesure afin de favoriser la mise à sac de l'économie et l'impunité des bénéficiaires de filouteries parfois très inventives. Les années qui suivirent la chute du Mur et l'implosion de l'Union Soviétique furent d'une violence sauvage, des règlements de compte gigantesques à l'échelle de cet immense pays et des intérêts colossaux qu'il abrite. Des noms très connus surgissent aux détours des histoires, parfois surprenants, parfois moins, ces luttes impitoyables expliquent bien des tensions ressenties encore aujourd'hui.

Banditsky ! est un captivant catalogue exhaustif du crime à Saint-Petersbourg, édifiant, utile à la compréhension du monde d'aujourd'hui où la Russie retrouve des couleurs et pèse de plus en plus sur la géostratégie internationale.

*mon avis


биогра́фия

Andreï Constantinov fut interprète et traducteur auprès d'une brigade parachutiste de choc. Après l'effondrement de l'Union Soviétique, il est devenu l'un des journalistes criminels les plus fiables et les plus réputés de Russie. Ses nombreux contacts dans les milieux criminels, la police et la justice, lui ont permis de porter un regard unique sur la Russie de l'ombre.

*biographie


му́зыка*

Constantinov cite le cas du chanteur Alexandre Nikolaïevitch Vertinski (1889-1957) qui a « succombé aux charmes de la coke ». La drogue est apparue lors de la première guerre mondiale, l'alcool ayant été interdite par la gouvernement. Il écrit dans ses mémoires : « Poètes et artistes se transformaient en sniffeurs, et s'endettaient pour cela. ». Nous écoutons donc Dorogoi Dlinnoyu, autrement dit Алекса́ндр Никола́евич Верти́нский chante Дорогой длинною, comme vous l'aviez deviné vous-même ;-)

*musique

BANDITSKY ! - Andreï Constantinov – La Manufacture de Livres – Collection Zapoï – 250 p. octobre 2016
Traduit du russe par Vincent Deyveaux

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