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Chronique Livre :
Calibre 45 de Martin Malharro

Chronique Livre : Calibre 45 de Martin Malharro sur Quatre Sans Quatre

 photo : balles à ogive blindée et à tête creuse de calibre .45 (Wikipédia)


L'extrait

« Mariani monta dans le canot et s'assit sur un banc en bois poli par les innombrables culs des argonautes qui traversaient tous les jours le fleuve moribond, puis il tourna la tête et contempla ce paysage d'exil que l'obscurité dévorait sans pitié. Cet horizon de baraques basses et d'arbres rachitiques au milieu duquel émergeaient les bâtiments à deux étages, créneaux décomposés d'un bastion à l'agonie, d'un monde qui plongeait inexorablement dans l'oubli et le bourbier. La bouche amère et sèche, il alluma une cigarette tout en cherchant des yeux les lumières de La Boca. Le pilote du canot plongea sa rame dans la surface purulente et mit le cap sur l'autre rive. »


Le pitch

Mariani est un privé vivotant à Buenos Aires sans trop d'ambition. Des preuves d'adultère, quelques recherches sans risques d'adolescents fugueurs suffisent à son bonheur et à le nourrir. Sympathique et bon vivant, il partage son appartement avec deux vieilles femmes, ses « tantes », accros à la télévision, qu'il gâte lorsqu'il est en fond et qui lui rende sa solitude affective plus supportable.

Aussi est-il surpris d'être contacté par Mariscoll, un antiquaire un peu louche, qui lui propose une forte somme pour se mettre en quête d'une pièce d'or rarissime, la Théodose, volée il y a peu à un marchand abattu au calibre 45. Cette pièce était en compagnie d'autres splendeurs rarissimes spoliées par les nazis, la célèbre collection de Moïse Meik, le Graal des numismates du monde entier. Il lui suffira juste contacter quelques antiquaires spécialisés pour appâter le marché et voir ce qu'il se passe. Un boulot sans risque, pépère et bien payé ne se refuse pas même si Mariani doute un peu...

Un peu trop payé pour un si faible effort, Mariani sent qu'il y a autre chose et que Mariscoll le prend pour une pomme. Aidé de son grand ami Demarchi, alias « Mon gros », il va enquêter sur la mort étrange du marchand cambriolé. En plus de jouer le rôle de chercheur de pièce pour un riche collectionneur, cette aventure le verra rencontrer l'indispensable femme fatale, recevoir des gnons, avoir des ennuis avec la police comme il se doit pour tout détective qui se respecte, el tout au rythme du sacro-saint tango.


L'avis de Quatre Sans Quatre

La première leçon à tirer de ce polar pur jus, c'est qu'il ne faut jamais prendre un privé pour plus couillon qu'il ne l'est réellement. Même s'il est aussi sympathique et peu ambitieux que Mariani, un détective ne lâche jamais la proie pour l'ombre et procure toujours des ennuis à qui veut le manipuler. Du moins dans les polars...

Calibre 45 est on ne peut plus classique, les codes et avatars convenus du genre sont tous présents, sans exception, le ton et le style n'en sont pas moins résolument nouveaux. Buenos Aires n'est pas Chicago ou Paris, la société portègne possède son rythme propre qui bat dans les rues fréquentées par l'enquêteur et ses spécificités remarquablement décrites au fur et à mesure que nous observons Mariani se débattre entre les griffes des différents rapaces alléchés par l'espoir de se procurer la fameuse Théodose.

Le fameux milieu des collectionneurs prêts à tout pour le rare, en marge de la pègre, pas beaucoup plus fréquentable pourtant, est franchement redoutable, tout y est feutré, discret mais fatal comme une rasade de poison. Surtout que notre bonhomme ne connait rien au crime de sang et aux affaires tordues, il va devoir effectuer son apprentissage sur le terrain, vite et bien, se servir de son cerveau et compter sur quelques amitiés indéfectibles ainsi que sur la bienveillance de ses « tantes » pour aller au bout de sa quête.

Bien documenté, riche en anecdotes, Calibre 45 nous fait entrer dans le cercle fermé et mystérieux de la numismatique ainsi qu'au cœur de Buenos Aires. Pas celui de « Un fils de pub aux abois » écrit par Natalia Moret et paru aux éditions La Dernière Goutte, plus moderne, hispter et urbain, celui du petit peuple et de la vie de tous les jours. Drôle aussi, un humour fin et de la bonne humeur, Mariani respire la bienveillance, pas besoin d'être hargneux pour être mailn, ce sera la seconde leçon...

Un excellent polar, un bon moment de lecture dépaysant et, paradoxalement, familier par sa forme!


Notice bio

Martin Malharro est né en 1952 et vit à Buenos Aires. Journaliste et écrivain, il est notamment l'auteur d'une série de romans, intitulée « La ballade du Britanico », dont Mariani, le détective de Calibre 45, est le personnage principal.


La musique du livre

Du tango, du tango avant toute chose, c'est la musique et l'âme de l'Argentine et Mariani et Le Gros s'écharpent sur le nom du meilleur représentant. C'est après une de ces homériques discordes que Mariani rentre chez lui en sifflant A fuego lento ici interprété par Rosanna.

Pour ne pas être en reste, Demarchi, alors qu'il s'apprête à rencontrer sa belle, se sent plus grand que Goyeneche, chantant ici La ultima corda. Un peu de folklore argentin pour finir avec Los Chalchaleros, A que volver...

Il y a bien d'autres artistes évoqués dans ce roman qui est imprégné de musique locale, un excellent moyen de découvrir d'autres cultures que le polar...

Calibre 45 – Martin Malharro – La dernière goutte – 250 p. 4ème trimestre 2014
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Delphine Valentin

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