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Chronique Livre :
CHOUCROUTE MAUDITE de Rita Falk

Chronique Livre : CHOUCROUTE MAUDITE de Rita Falk sur Quatre Sans Quatre

photo : Pixabay


Le pitch

Bienvenue dans le village de Niederkaltenkirchen, Bavière, pour une comédie policière haute en couleur. Le commissaire Franz Eberhofer, viré de Munich pour raisons disciplinaires, se la coulait douce dans sa bourgade natale : les patrouilles finissaient invariablement devant une bière chez Wolfi, en promenade avec Louis II – son chien –, dans la boucherie de son copain Simmerl ou à table avec sa mémé sourde comme un pot.

Ça, c’était jusqu’à ce que les membres de la famille Neuhofer claquent l’un après l’autre, avec la mère retrouvée pendue dans les bois, le père électricien électrocuté, et le fils aîné aplati façon crêpe sous le poids d’un conteneur. Ne reste plus que Hans, le fils cadet.

L’enquête s’annonce déprimante. Mieux vaut prendre des forces et avaler consciencieusement les robustes charcuteries locales.


L'extrait

« Le 25, le Léopold rapplique avec sa Roxana roumaine et la Mémé nous fait rôtir une oie. Le Papa est content et le Léopold fait aussi comme s'il était content, ce vieux lèche-cul. Roxana ne dit pas un mot en mangeant, ou du moins pas à nous, à Léopold elle dit une fois : « Lai... opold tu peux me passer le sail ? » et le Lai... opold lui passe le sail. Sinon, elle reste muette. Assise en face de moi, elle me regarde parfois de ses yeux de biche, en replaçant une mèche permanentée derrière son oreille. Un moment, je sens son pied à travers son collant sur mes parties intimes, tant et si bien que les yeux m'en sortent de la tête. Je dois tousser, j'ai du mal à avaler ma quenelle qui se coince dans ma glotte. Quand je me lève, un fil mauve de son collant est coincé dans la fermeture éclair et son bas est filé. Et bien que la Mémé hurle : « Regarde mon garçon, tu as un fil mauve à ta braguette ! » et plus tard : « Regarde Roxana, tu as une maille filé à ton collant ! », personne ne remarque rien. Après le repas, la Mémé range la cuisine et je demande au Léopold si sa Roxana ne peut pas aider un peu. Le Léopold répond : « Elle a pas à le faire si elle aime pas ça. » » (p.14-15)


L'avis de Quatre Sans Quatre

À table ! Surtout ne pas attaquer ce livre après un banquet, le commissaire Franz Eberhofer mange et boit, beaucoup de chaque, tout au long du récit. C'est un gouffre cet homme-là ! Accessoirement, il s'ennuie beaucoup, la vie de policier dans son petit village de Bavière n'est pas très excitante et il regrette tout de un peu d'avoir été mis au vert après une énorme bêtise d'un de ses collègues, bavure à laquelle il a assisté, sans intervenir. Il n'a pas désapprouvé non plus. Du coup, il se retrouve à la case départ, gavé par sa grand-mère, cuisinière émérite, et agacé par son frère qui le méprise, et, accessoirement pris en charge par un psy, histoire de lui remettre la cervelle d'aplomb.

L'ennui porte à la cogitation et la mort accidentelle d'un rejeton de la famille Neuhofer arrive à point nommé pour titiller Franz, entre deux promenades avec son chien Louis II, et quelques arrêts au stand, plutôt au bistrot ou à la boucherie pour ravitaillement. Rien de bien extraordinaire pourtant, l'aîné de la famille a été écrabouillé par un container de chantier - la faute à une goupille rouillée et cassante - lors de travaux sur la maison qu'il comptait partager avec son frère. Un étage chacun, pas de discussion. Mais tout de même, le père électrocuté, la mère pendue, ça commence à faire beaucoup de malheureux accidents pour une seule cellule familiale. De quoi donner matière à penser à notre flic. Penser et manger. Entre deux parties de jambes en l'air avec sa belle-soeur ou madame Dechampes-Sonnleitner, alias la Ferrari, Eberhofer remonte le fil de l'histoire tragique des Neuhofer. Et il a de l'obstination et du temps à revendre, l'activité criminelle de Niederkaltenkirchen étant réduite à néant.

Cette Choucroute maudite, c'est du Pagnol en culotte de peau, l'accent bavarois pour remplacer celui de Marius ou César.Le côté un peu rustaud du flic tranche avec la finesse de sa pensée. Certes, l'affaire naît de l'ennui, de sa volonté de se pousser du coude face à son frère, le libraire occupé par rapport à lui, le policier désoeuvré, mais il va lui en falloir de la finesse et de la logique déductive pour débrouiller tout le sac de nœud. Remonter au fric, évidemment, le mobile, toujours. Il digère tout Franz, le boudin blanc, la choucroute, les bières avalées à la file chez Wolfi, les élans sexuels de Roxana, encore une petite revanche sur son frangin qui se croit si malin.

Truculent, pittoresque, plantureux, roboratif, les adjectifs ne manquent pas pour ce polar original qui emmène son lecteur de surprise en surprise, permet de découvrir cette région de la Bavière, ses coutumes et un flic particulier alliant le flair d'un fin limier et la ténacité nécessaire pour venir à bout de tous les obstacles. Il y croit sans y croire à son idée, elle est tapie en lui, agace sa déprime comme un caillou dans sa chaussette, et puis quelques éléments, des déductions tirées par les cheveux, et Franz continue, encore et encore, a les bonnes impulsions, bénéficie du hasard et de la chance, une vraie enquête en somme...

Une bon scénario, un policier original, à boire et à manger, que demander de plus ? Une écriture étonnante qui colle à ses personnages et une intrigue qui tient la route ? Il y a tout cela dans cette choucroute maudite plus que copieuse mais légère à digérer !


Notice bio

Rita Falk est née dans le village de Oberammergau, en Bavière, et vit maintenant à Munich, où elle est mariée à un officier de police. Sa série des Commissaire Eberhofer a créé la surprise avec un succès populaire inédit et des ventes à près de 400 000 exemplaires.


La musique du livre

Le Papa est fan absolu des Beatles, il agace Franz à laisser brailler sa musique sans cesse au domicile familiale, entre autres titres, Michelle et Let It Be.

Bloodhound Gang - Fire Water Burn, joué, mal, par les élèves de l'école du village et que la Mémé accompagne en tapant dans ses mains...


CHOUCROUTE MAUDITE – Rita Falk – Mirobole Éditions – 241 p. mars 2017
Traduit de l'allemand par Brigitte Lethrosne et Nicole Patilloux

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