Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
CLAUSTRATIONS de Salvatore Minni

Chronique Livre : CLAUSTRATIONS de Salvatore Minni sur Quatre Sans Quatre

Le pitch

Ils ne se connaissent pas et pourtant, ils portent le même tatouage sur le bras...

Clara, disparue depuis plusieurs semaines, se réveille un matin étendue sur le sol d'une cellule obscure et infestée d'insectes ; Monsieur Concerto tente de découvrir les raisons qui l'ont conduit dans une chambre d'isolement, tandis que Charles se cloître de son plein gré.

Chacun d'entre eux se retrouvera face à son destin. Mais, dans leur quête de la vérité, ils se rendront très vite compte que les apparences ne sont pas celles qu'ils croyaient...


L'extrait

« Ce soir-là, Charles avait des crampes au ventre, ses intestins se tortillaient, se nouaient, se dénouaient, le trituraient. Il était las d’être un animal humain, un être primitif qui passait son temps à se nourrir pour se vidanger ensuite. Il ne lui restait plus rien, n’avait plus aucune aspiration. Il se contentait de vivre. Peut-être eût-il dû se rendre ? La mort ne valait-elle pas mieux que ce simulacre d’existence ? Cette misérable vie qui le dépouillait de toute liberté avait-elle de l’importance ?
À maintes reprises, il avait confié son désarroi à Rose, son envie de tout arrêter, de se rendre et d’accepter sa peine. Malheureusement pour lui, sa femme refusait d’envisager cette possibilité. Non ! Il fallait que Charles se tapît, le temps que la situation se remit en place. Il le lui devait. Il ne pouvait pas l’abandonner, il n’en avait simplement pas le droit. Sans Charles, Rose serait perdue et errerait dans un monde qui ne lui correspondrait déjà plus. Sans lui, la vie n’aurait plus aucun sens à ses yeux. Par conséquent, depuis le soixante-cinquième anniversaire de Charles, ils demeuraient reclus dans leur maison… leur prison.
Bien entendu, Rose pouvait se permettre de sortir, faire des courses tout en veillant à ne pas acheter trop de nourriture : cela eût éveillé les soupçons. Elle était désormais censée vivre seule et revenait donc du supermarché avec le strict minimum. » (p. 17-18)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Trois histoires distinctes, trois claustrations, très différentes, sans apparemment de lien entre elles, si l’on excepte le tatouage identique - le signe astrologique du Gémeaux - ornant les bras de Clara, Charles et Monsieur Concerto, voilà déjà de quoi déconcerter le lecteur qui pénètre dans ce thriller. Serait-ce plutôt un recueil de nouvelles ? On pourrait le penser tant les mésaventures de Clara, médecin humanitaire emprisonnée dans un pays que l’on devine chaud et peu soucieux des droits de l’homme, de Charles, sexagénaire, reclus chez lui par crainte d’être éliminé en vertu d’une nouvelle loi, promulguée par le dictateur dirigeant son pays, qui ordonne l’élimination des citoyens de plus de soixante-cinq ans ou de Monsieur Concerto, interné et mis à l’isolement dans un établissement psychiatrique, victime, selon lui, d’un complot ourdi par son épouse avec la complicité du Dr Quint, psychiatre de l’unité de soins, sont disparates.

Chaque cloîtré possède son double, son gardien, à la fois compatissant aux souffrances du reclus et intraitable quant à une éventuelle évasion. Ce roman fonctionne par couples, par trios même, puisque, pour chacun, une personne extérieure peut ou semble être en position d’agir afin d’obtenir la libération de son prisonnier.

Charles survit dans sa cave, sursautant à chaque coup frappé à la porte ou lorsque résonne la sonnette, craignant que ce soit la police qui vienne l’extriper de son refuge afin d’appliquer la loi. De son abri souterrain, il passe sa vie en revue et ses différentes possibilités en compagnie de son épouse, Rose, vivant, elle, en haut pour donner le change. SOn fils pourrait peut-être l’exfiltrer, le faire passer en terre étrangère, mais il rechigne à tout quitter, à se refaire une existence alors que la sienne touche, de toute façon à son terme. Perdre son identité et ses repères, c’est trop lui demander, la mort lui semble parfois préférable… ce que Rose lui interdit formellement.

Clara a été arrêtée alors qu’elle se rendait dans un hôpital de fortune aider des médecins débordés par quelque guerre ou catastrophe humanitaire. Elle est dans un état lamentable, rongée par la vermine et dénutrie, sale, puante, l’ombre de la jeune femme dynamique qu’elle était encore il y a peu. Un garde renfrogné et peu amène complète son duo. Elle compte sur les efforts de Françoise, une collègue de mission, une amie, pour remuer ciel et terre et obtenir sa libération. Suite à un changement de gardien, le nouveau est plus jeune et paraît plus empathique : il la nourrit, lui permet de prendre une douche, change ses vêtements, l’espoir renaît. Une évasion est à portée de main… Ce ne sera bien entendu pas aussi simple, sa prison labyrinthique ne livre pas ses secrets aussi aisément.

Monsieur Concerto, quant à lui, tempête et vitupère contre son médecin qui le garde abusivement enfermé à l’isolement, parfois ligoté, tant il est agité selon le personnel, alors qu’il est, de son propre avis, tout à fait sain d’esprit. Le docteur Quint le bourre de médicament et il lui est facile ensuite de prétendre que son patient s’est comporté de façon tout à fait insensé afin de prolonger son internement. Certes, il reconnaît quelques mouvements d’humeur, mais qui n’en aurait pas, soumis à un tel traitement ? Malin, il essaie de paraître le plus calme et serein possible lors des visites du praticien, tente de gagner du temps, son épouse, la belle Rose-Arielle devant s’ingénier à le faire libérer, malgré que ce fut elle qui demanda son hospitalisation, elle avait dû se rendre compte de son erreur depuis…

Alternativement, on suit le parcours de ces trois pauvres reclus, leurs espoirs, leurs déconvenues, leurs stratégies, les rebondissements et coups du sort qui ruinent les plans échafaudés ou initient d’autres idées pour se libérer. Trois rats dans un dédale différent mais les laissant dans la même situation, désemparés, angoissés, parfois proches de l’abandon tant l’univers kafkaïen qui les entoure semble tout-puissant.

Salvatore Minni avance son scénario à visage bien masqué, il pose avec précision les rouages de l’intrigue pour des effets efficaces qui désarçonnent son lecteur tout en lui donnant l’envie de connaître le fin mot de ces énigmes très noires. Le dénouement y pourvoira, bouquet final explosif et révélateur, explosion qui éclaire ces trois destins prisonniers que rien ne semble réunir.

Un thriller sinueux, énigmatique, angoissant, astucieux, tout y est et même un peu plus puisqu’il est bien écrit...


Notice bio

Belge, d'origine italienne, Salvatore Minni est né le 13 février 1979 à Bruxelles. Dès son plus jeune âge, il est attiré par toutes les formes d'écriture. Fasciné par les langues en général, il entreprend des études de traducteur. Le métier de professeur lui permettra ensuite de transmettre sa passion aux étudiants qu'il croisera lors de ses cours. À travers ces années et ses expériences, tant professionnelles que privées, les idées ne cesseront de fuser en grand nombre et donneront finalement naissance à l'écriture d'une histoire à multiple facettes...


CLAUSTRATIONS – Salvatore Minni – Éditions Nouvelles Plumes – 219 p. octobre 2017

photo : Pixabay

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