Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
CRIME ET DÉLICE de Jonathan Kellerman

Chronique Livre : CRIME ET DÉLICE de Jonathan Kellerman sur Quatre Sans Quatre

Quatre Sans... Quatrième de couv...

À Los Angeles, le lieutenant Milo Sturgis fait appel à son fidèle collaborateur, le psychiatre Alex Delaware, pour résoudre le meurtre d’une jeune secrétaire retrouvée étranglée et poignardée chez elle. Une jolie table a été dressée avec soin près du corps.

Lorsque qu’un nouveau meurtre a lieu, rien ne semble le relier au précédent.

Mais l’affaire prend une tout autre tournure lorsque la police découvre au domicile de la victime tuée par balles, un dîner gastronomique soigneusement mis en scène. Et le massacre se poursuit avec deux autres victimes retrouvées peu après… Aucun point commun entre elles. Aucun mobile en vue.

Voilà peut-être pour le duo de choc, l’un des casse-tête les plus difficiles à résoudre de leur carrière…


L'extrait

« Les signes habituels de strangulation étaient visibles – peau rosie et marquée de pétéchies – mais il y avait moins d’écoulements de sang, d’éclaboussures ou de taches qu’on ne pouvait s’y attendre sur un corps ayant reçu trente-six coups de couteau, ce qui laissait penser que le meurtrier avait commencé par étrangler la victime. À en juger d’après les marques présentes sur la moquette, il l’avait agressée dans le couloir devant la cuisine, puis l’avait traînée jusqu’à la chambre où il l’avait allongée sur un grand lit, la tête relevée par un oreiller. Il l’avait recouverte de la tête aux pieds avec
un plaid probablement trouvé dans un placard. Cette posture, les bras le long du corps et les jambes serrées l’une contre l’autre, évoquait un repos tranquille, si on faisait abstraction du côté macabre de la scène. On ne trouvait aucune connotation sexuelle dans ce tableau ; d’ailleurs, l’autopsie avait confirmé qu’il n’y avait pas eu viol. Milo et son adjoint Sean Binchy avaient consciencieusement passé les lieux au crible, et n’avaient relevé aucun signe d’effraction.
Il n’avait pas échappé aux enquêteurs qu’un couteau avait disparu dans la cuisine : l’un des emplacements de l’étui de rangement d’un jeu de lames allemandes haut de gamme était vide. C’était la lame la plus impressionnante qui manquait, et ses dimensions correspondaient à la description de l’arme du crime qu’avait donnée le coroner. La fouille minutieuse de l’appartement et des bennes à ordures du voisinage n’avait pas permis de retrouver le couteau. Le quadrillage du quartier tranquille où Katherine Hennepin était locataire depuis deux ans n’avait rien donné non plus. Les empreintes relevées dans l’appartement étaient exclusivement celles de la jeune femme. Déconvenue supplémentaire : les analyses n’avaient pas décelé d’autre sang que le sien. Dans le cas d’un meurtre à l’arme blanche, il est assez fréquent que l’assassin se coupe, surtout s’il s’acharne sur sa victime, le manche ensanglanté devenant glissant. Malgré la violence manifeste de l’agression, il n’y avait eu aucune maladresse.
La page suivante du dossier était consacrée à plusieurs photos prises dans le coin repas attenant à la cuisine. Le couvert était mis pour deux. On voyait de la salade servie
dans des coupelles, dont les analyses avaient révélé un assaisonnement à l’huile d’olive. Dans les assiettes, un filet de saumon était accompagné de riz pilaf et de haricots verts fins. Un bouquet décorait le centre de la table, à la droite duquel une bouteille de pinot noir sans prétention était débouchée. Les deux verres étaient pleins. » (p. 10-11)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Cauchemars en cuisine...

Milo Sturgis pensait régler le cas Katherine Hennepin en un tour de main. Presque trop facile. Une jolie fille assassinée, le corps lardé de nombreux coups de couteau, retrouvée chez elle à côté d'une table, dressée pour deux, garnie de plats gastronomiques. Pourquoi si simple, a priori ? Parce que le petit ami de la victime est un cuisinier et qu'il n'a pas la réputation d'être un tendre. Mais voilà, son alibi est plus que solide, il était en tournage sur une émission télé, genre Top Chef, sur la côte est. L'affaire n'avance pas d'un pouce et le flic n'en parle de deux mois plus tard à son ami et comparse, le psychologue Alex Delaware, un peu gêné de ne pas avoir appel à ses services avant.

Un deuxième assassinat, au mode opératoire très différent, se produit quinze jours après leur discussion. Une femme, Ursula Corey, est abattue de deux balles dans un parking souterrain alors qu'elle rendait visite à son avocat, Me Fellinger. Voilà cinq ans que son mari et elle sont engagés dans une procédure de divorce, un peu compliquée puisqu'ils sont co-dirigeants de la société Urrick, une entreprise florissante qui vend des babioles importées d'Asie du sud-est. Ce n'est pas que la séparation se passe mal, chacun y met du sien, mais ils sont tous deux très pointilleux et il y a toujours un détail qui cloche au dernier moment, retardant la conclusion du divorce.

Depuis qu'elle est seule, Ursula semble collectionner les amants, y compris, selon son ex-mari, Me Fellinger, et son propre avocat, Earl Cohen, mais il affirme accepter la situation et son ex-épouse n'avait pas d'ennemi déclaré susceptible de désirer l'assassiner. Le choc est rude dans la famille, aussi bien pour Richard que pour les deux filles du couple, Ashley et Marissa, deux adolescentes ultra choyées. Là où l'affaire se complique, c'est lorsque deux jours plus tard, on retrouve la table de la famille Corey dressée et un repas que nul n'a préparé dans la maison, faisant immanquablement pensé à ce qui est arrivé à Katherine Hennepin. Serait-on en présence d'un tueur en série capable d'adapter son rituel selon les situations ? Faut-il abandonner la piste la plus évidente sur des meurtres de ce genre, à savoir les proches des victimes ?

La trentième enquête de Milo Sturgis et Alex Delaware peut enfin commencer et c'est peu dire qu'elle va être complexe et leur réserver une suite de fausses pistes et de coups de théâtre déstabilisants. D'abord, le plus évident, le plus statistiquement cohérent, soupçonner l'entourage immédiat des deux victimes, l'ancien petit ami et le mari, fouiller minutieusement les emplois du temps, scruter à la loupe les alibis, les films des caméras de surveillance, un travail de fourmi, donnant parfois des résultats qui se révèlent souvent de cruelles désillusions. Les alibis se tiennent, d'autres suspects doivent être éliminer pour la même raison... Pourtant l'ex-couple intrigue au plus haut point Milo et Alex, ils y pressentent quelque chose de tordu. Il y a tant d'intérêts en jeu dans le cas d'Ursula : son héritage, le sort de la société, sans compter tous les partenaires qui lui sont prêtés par Richard sur lesquels il est indispensable de mener des investigations. Bref, douter de tout et de tout le monde, même de ses conclusions. Tout se complique lorsque d'autres morts suspectes et des disparitions, dont les deux filles du couple Corey, s'ajoutent au dossier. La piste du serial killer ne fait plus de doute, ce qui n'avance pas à grand-chose sans suspect plausible.

Jonathan Kellerman aime les intrigues tortueuses, les énigmes dans lesquelles chacun de ses deux personnages principaux peuvent exprimer leurs qualités complémentaires. Méthodique, clair, il sait également distiller une bonne dose d'humour pour alléger une histoire bien sombre par de nombreux aspects. Manipulations mentales, emprise psychologique, son assassin possède l'art de semer des leurres, d'embrouiller les indices et d'embarquer les enquêteurs sur des voies sans issues, Milo et Alex vont affronter là un des plus redoutables adversaires qu'il leur a été donné de combattre. Il leur manque un fil conducteur, un point commun entre les victimes, jamais agressées sexuellement, un détail qui confondrait le criminel paraissant pouvoir faire ce qu'il veut quand il le veut.

Profitez de vos vacances pour déguster ce délice d'une suite de crimes énigmatiques et ce plaisir de suivre deux enquêteurs pugnaces, gardant toutefois une bonne dose d'humour, dans une affaire tordue à souhait.


Notice bio

Né en 1949 à New York, psychologue clinicien spécialisé en pédiatrie, Jonathan Kellerman est l’auteur de plus de trente thrillers psychologiques, best-sellers traduits dans le monde entier, et le lauréat d’un Edgar Award pour Le Rameau brisé. Il a écrit avec son fils Jesse Kellerman (Les Visages, Points, 2011) plusieurs romans, dont Que la bête s’éveille (Points, 2016) et Que la bête s’échappe (Points, 2017). Il vit à Los Angeles.


La musique du livre

Outre la sélection ci-dessous, sont évoqués : Dean Martin, Lou Monte, Vic Damone, Michael Jackson, Étude de Chopin, Bach – Concerto Brandebourgeois N°6...

The Beatles - Hey Jude

Perry Como - Magic Moments

Jerry Vale - Pretend you don't see her

Lou Monte - Che La Luna Mezzo Mare

Foo Fighters - Run

The Beatles – Eleanor Rigby


CRIME ET DÉLICE – Jonathan Kellerman – Éditions du Seuil – 361 p. juin 2019
Traduit de l'anglais (États- Unis) par Frédéric Grellier

photo : Pixabay

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