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Chronique Livre :
CYANURE de Laurent Loison

Chronique Livre : CYANURE de Laurent Loison sur Quatre Sans Quatre

Le pitch

Branle-bas de combat au 36, quai des Orfèvres. Toujours assisté de sa complice Emmanuelle de Quezac et du fidèle capitaine Loïc Gerbaud, le célèbre et impétueux commissaire Florent Bargamont se trouve plongé dans une enquête explosive bien différente des habituelles scènes macabres qui sont sa spécialité.

Un ministre vient en effet d’être abattu par un sniper à plus de 1200 m. Sachant que seules une vingtaine de personnes au monde sont capables d’un tel exploit, et que le projectile était trempé dans du cyanure, commence alors la traque d’un criminel particulièrement doué et retors.

Les victimes se multiplient, sans aucun lien apparent et n’ayant pas toutes été traitées au cyanure. Balle ou carreau d’arbalète, la précision est inégalée. Ont-ils affaire à un ou plusieurs tueurs ? Un Guillaume Tell diaboliquement efficace se promène-il dans la nature ?

Tandis que Barga doit faire face à de perturbantes révélations et se retrouve dans une tourmente personnelle qui le met K.O., les pistes s’entremêlent jusqu’au sommet de l’État, où le président de la République n’est peut-être pas seulement une cible.


L'extrait

« La silhouette s’arrêta. Sa main gauche enserrée dans un gant Topshot compétition se saisit de son récepteur audio calé sur les fréquences de la police. La droite ajusta la réception grâce à la molette, et le grésillement perçu dans l’oreille cessa.
Sa bouche entrouverte laissait échapper des volutes nacrées ; l’immeuble, en fin de construction, n’était pas chauffé. L’attente avant l’heure H engourdirait probablement ses membres. Le tireur peaufinerait plus tard un programme de réchauffement.
Parvenu sur le palier du douzième étage, il força la porte d’un bureau désert. Il était arrivé à destination.
Le chantier interrompu pour d’obscures raisons de sécurité lui laissait le champ libre. Les ouvriers qui installaient les faux plafonds avaient laissé un capharnaüm inextricable à même le sol. La démarche du semeur de mort s’en trouva bouleversée. Évitant tout bruit, il enjambait, contournait, esquivait les morceaux de profilés, les chevilles et les plaques d’isolant. Une palette de dalles de faux plafond était posée au beau milieu de la pièce, tout près d’une énorme bobine de fils électriques enroulé comme un anaconda digérant.
La fenêtre fraîchement posée, repérée lors de ses investigations préliminaires, fut rapidement découpée à l’aide d’une ventouse et d’un diamant.
Calme, serein, précis, sans mouvement superflu, l’officier de la grande faucheuse ouvrit son sac. Le fusil PGM Hécate II calibre 12,7 modèle F1 libéré de sa housse de transport affichait ses ambitions velléitaires.
Le chargeur, pourtant conçu pour accueillir sept balles, n’en contenait qu’une. » (p.14-15)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Florent Bargamon, le super flic du Quai des Orfèvres, sa compagne et collègue Emmanuelle de Quezac, EDQ, et le capitaine Loïc Gerbaud sont de retour après leurs aventures mouvementées à la poursuite du tueur de Charade. Et ce ne va pas être pour une promenade de santé puisque cette affaire débute par l’assassinat d’un ministre de la République par un tireur d’élite comme il en existe peu en ce bas-monde. Un type capable de dégommer d’une seule balle, enduite de cyanure, un politicien, hyper protégé, à 1200 mètres de sa position, ça ne court pas les rues. Le ministre de l’intérieur se trouvant être le parrain d’EDQ, l’équipe de Bargamon hérite du dossier et commence à chercher l’aiguille dans la meule de foin, si possible sans y foutre le feu, les médias sont déjà assez excités comme ça sans en rajouter. Mais Bargamon ne sait pas vraiment faire dans la dentelle et la discrétion, la hiérarchie va avoir des aigreurs d’estomac rapidement et il ne va rien faire pour les calmer, bien au contraire.

Aidés par une de ses connaissances, ancien légionnaire, sniper lui-même, le commissaire et son groupe vont passer au tamis le moindre renseignement, fouiller tout ce qui peut ressembler à un début de piste sous la pression des plus hautes sphères de l’état. Bref, le big pataquès qui conduit inévitablement à des embrouilles grandes tailles pour les flics qui doivent gérer leur travail et les états d’âme des hauts fonctionnaires les serinant du matin au soir. Surtout que le ministre n’est pas la seule victime, et que le tueur s’attaque aussi bien au grand banditisme qu’à des petites vieilles sans histoire, apparemment, avec des modes opératoires, faisant tous appel à une grande précision, mais divers. Pas simple, donc.

Laurent Loison va faire ainsi monter la tension tout au long de son roman, sans pause, faisant franchir un à un les cercles de l’enfer à son lecteur éberlué. Bargamon, au caractère pour le moins difficile, est tantôt encensé, tantôt mis à pied, ses prises de position et ses décisions tranchées et sans discussion amenant des réactions en retour tout aussi violentes. Le champ d’investigation est large, l’équipe va être dispersée et multiplier ainsi les possibilités d’erreurs, de mauvaises communications ou de manipulations par un assassin qui semble être partout à la fois et possède toujours un coup d’avance sur les enquêteurs comme dans tout bon roman du genre.

L’histoire fourmille de détails, l’auteur est hyper précis dans ses descriptions et chaque chapitre s’ouvre sur une citation censée mettre le lecteur sur une piste, elles sont toutes relatives à la notion de jugement et l’on comprend vite que ce sera le thème du récit. En attendant, ce que Barga, Loïc et EDQ découvrent les met sur la piste d’un tueur sachant utiliser en professionnel toutes les ficelles des nouvelles technologies ne laissant que guère de traces sur la darkweb. Ce qui ne l’empêche pas de semer quelques énigmes sous forme d’images ou de messages sibyllins adressés au Président de la République lui-même, Clarrk, qui surfe sur le succès depuis son accession au pouvoir. Barga pressent qu’il sera à un moment ou un autre impliqué et les données de l’enquête vont en être chamboulées. Seulement, personne ne le croit, il est considéré comme un excellent flic, le meilleur, mais là, il va un peu loin. Il faut dire que le flic d’exception lutte contre son addiction à la vodka et que son humeur s’en ressent ainsi que son attitude envers ses chefs, même la protection du ministre de l’intérieur va être mise à rude épreuve.

Le commissaire et ses collègues vont prendre tous les risques, jusqu’à oser défier, en tentant de le piéger, celui qui les manipule et les balade depuis le début. L’enquête monte constamment en intensité dramatique, chaque piste, chaque indice, chaque énigme apporte son lot d’indices mais le temps presse, les têtes risquent de tomber au prochain assassinat, surtout s’il s’agit du plus haut personnage de l’État. L’atmosphère devient de plus en plus étouffante et tragique.

Une construction magistrale et une maîtrise du suspense parfaite, Laurent Loison tient son lecteur de bout en bout et ne le lâche pas, même une fois la dernière ligne lue puisque le final est tout à fait singulier. Accrochez-vous, c’est le dénouement le plus étonnant que j’ai vu dans un bouquin. Une trouvaille tout à fait surprenante et il ne faut pas compter sur moi pour vous en révéler davantage, ce serait réellement dommage.

Ce thriller, hyper balisé, est fait pour que vous vous y perdiez avant de vous indiquer peu à peu la lumière qui vous aidera à en sortir, par contre, il va falloir vous mouiller un peu pour en extraire l’ultime vérité...


Notice bio

Laurent Loison est né en 1968. Entrepreneur depuis 25 ans, il a exercé des métiers très divers : société de traduction, fournisseur d'accès internet, importateur en horlogerie, gérant d'une boite de nuit, d'une société de services à la personne, agent immobilier, une vraie diversité d'expériences de vie. Cyanure est son deuxième thriller après Charade, paru chez France Loisir en 2015.


La musique du livre

Pierre Bachelet – Emmanuelle

Toto - Africa


CYANURE -Laurent Loison – Éditions Hugo et Cie – Collection Thriller – 438 p. septembre 2017

photo : Pixabay

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