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Chronique Livre :
FERMÉ POUR L'HIVER de Jørn Lier Horst

Chronique Livre : FERMÉ POUR L'HIVER de Jørn Lier Horst sur Quatre Sans Quatre

photo : Pixabay


Le pitch

Les chalets du comté de Vestfold, qui servent de résidence estivale aux Norvégiens aisés, sont fermés pour la morte saison, et ont été la cible d’une série de cambriolages… Lorsqu’un homme cagoulé est retrouvé assassiné dans le chalet d’un célèbre présentateur de télévision, William Wisting, inspecteur de la police criminelle de Larvik, une ville moyenne située à une centaine de kilomètres au sud-ouest d’Oslo, est chargé de l’enquête. Mais la disparition du corps avant son autopsie et l’incendie d’un appartement, détruisant des indices essentiels, risquent d'anéantir tous ses efforts.

La situation se complique encore puisque la propre fille de Wisting se voit mêlée malgré elle à cette affaire. Après s’être séparée de son petit ami, la jeune journaliste se réfugie dans le chalet que son père a hérité d’un oncle, à quelques kilomètres du lieu du crime. Lors d’une promenade, elle découvre un corps sans vie dérivant dans un bateau, les yeux dévorés par les oiseaux…


L'extrait

« Wisting baissa la tête face au vent âpre et poursuivit son chemin. Il avait été appelé pour des missions similaires d'innombrables fois. Et pourtant, la rencontre avec une scène d'infraction n'avait jamais pris un aspect de routine. Et il n'avait jamais développé d'immunité au spectacle de la peau détruite, des gens morts, du désespoir abyssal des proches. Il avait vu bien trop souvent le résultat de la violence insensée, chaque fois plus brutale et plus impitoyable. Ces pensées récurrentes l'emplissaient d'une mélancolie qui le rendait irritable et renfermé.
Sur le chemin des lieux du crime, il rencontra deux ambulanciers. Ils marchaient dans sa direction les mains vides. Leurs visages étaient empreints de gravité, et ils se contentèrent d'un bref salut de la tête alors qu'ils se croisaient.
Le policier désigné responsable de l'opération souleva la bande de gel des lieux pour le laisser passer. La porte d'entrée du chalet était ouverte. L'effraction avait fait éclater une partie du montant. Il pouvait voir les jambes du défunt juste de l'autre côté. De grandes bottes avec des mottes d'argile sous les semelles.
On lui fit un bref rapport, qui ne contenait rien de neuf par rapport à ce qu'il avait appris au téléphone vingt-cinq minutes auparavant. » (p.20)


L'avis de Quatre Sans Quatre

De jolis chalets, désertés pour la mauvaise saison, au bord de l'eau dans une région boisée de Norvège, voilà de quoi attirer les cambrioleurs ! Surtout que ces demeures sont des résidences secondaires de (souvent) riches urbains et qu'elles sont relativement isolées les unes des autres. D'ailleurs, William Wisting, le policier chargé de l'enquête sur une série de vols avec effraction possède lui-même une cabane non loin de la scène de crime. Surprise ! Un cadavre cagoulé, tué par balle, l'attend sagement dans une des demeures visitées. L'affaire se complique lorsque la dépouille du voleur ainsi qu'un bon nombre des indices accumulés lors de premières constatations, disparaissent lors de son transfert. Sale tuile qui ne va pas aider les investigations.

Wisting n'avait pas réellement besoin de ça, les investigations s'annoncent déjà bien compliquées, les témoins peu nombreux en cette saison et il est inquiet pour Line, sa fille journaliste, qui partage la vie d'un type fréquentant des individus plus que louches. Certes il a trouvé un équilibre affectif auprès de sa nouvelle compagne, Suzanne, qui, peu à peu, lui permet de dépasser le chagrin de son veuvage. William Wisting est un être complexe, sensible aux atmosphères, doté d'un instinct de flic qu'il suit avec raison la plupart du temps. Même s'il se refuse à intervenir trop directement dans la vie de Line, il est soulagé lorsqu'elle lui demande si elle peut venir loger dans son chalet parce qu'elle a quitté son compagnon. Soulagé mais inquiet par la proximité avec les lieux du crime et la profession de sa fille qui va la porter à enquêter de son côté.

Le récit permet au lecteur des suivre le plus fidèlement possible les méandres d'une enquête policière, des pressions des médias et des autorités. La venue de bandes criminelles des ex pays de l'est attirées par l'opulence à portée de ferry des riches côtés norvégiennes et les difficultés à poursuivre les suspects de l'autre côté de la frontière où les investigations dépendent du bon vouloir d'une police parfois corrompue aux procédures très différentes. Wisting va se suivre la piste jusqu'à Vilnius, y découvrir que l'économie de la Lituanie repose en partie sur un immense marché aux voleurs pudiquement baptisé foire du matériel d'occasion par les pouvoirs locaux qui ne souhaitent pas trop y mettre leur nez.

Jørn Lier Horst internationalise son intrigue, l'enquête devient européenne et se poursuit tout au long du livre, parallèlement aux errements sentimentaux de Line qui, bien évidemment, fouinera tout de même sur l'affaire qui occupe son père. Les morts se succèdent sans pour autant éclairer les mobiles ou le déroulement du drame initial. Il faudra attendre les dernières pages et deux rebondissements majeurs pour venir à bout de toutes ces énigmes, et, encore une fois, se dire qu'il faut se méfier des apparences...

Excellent polar scandinave aux personnages forts, intégrant les réalités d'aujourd'hui des zones frontalières. La criminalité passe d'un côté à l'autre très facilement, ici un billet de ferry, mais les policier sont contraints de stopper leurs investigations dès la barrière franchie et compter sur leurs collègues étrangers afin de poursuivre les enquêtes selon les procédures locales. Horst s'intéresse à la complexité des êtres tout en maîtrisant parfaitement la construction d'une histoire aux ramifications multiples et passionnantes. Faux alibis, fausses pistes, faux témoignages, faux papiers, pur hasard, nouveaux trafics, Wisting ne va pas chômer, son enquête le poussera à côtoyer la misère de Vilnius et les secrets des riches norvégiens. Un très bon style, sobre, évocateur, de belles images et une traduction comme toujours excellente de Céline Romand-Monnier à qui l'on doit quelques beaux Jo Nesbø, comme Soleil de minuit ou Du sang sur la glace.

Un des très bons polars de ce début d'année !


Notice bio

Né en 1970, Jørn Lier Horst est un ancien officier de police. Avec Fermé pour l'hiver (distingué en 2011 par le Norwegian Booksellers' Prize), il met sa connaissance des méthodes d'investigation au service d'un thriller qui nous plonge en plein cœur de l'hiver norvégien. Il est désormais considéré comme l'un des plus importants auteurs de roman noir scandinave.


FERMÉ POUR L'HIVER - Jørn Lier Horst – Éditions Gallimard – Collection Série Noire – 365 p. avril 2017
Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

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