Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
HAINES de Pierre Pouchairet

Chronique Livre : HAINES de Pierre Pouchairet sur Quatre Sans Quatre

Le pitch

Après une longue période professionnelle dans les Stups à Nice, Léanne vient d'être nommée à la tête de la Police judiciaire finistérienne, quand le sauvage assassinat d'une vieille dame, Corentine Ledantec, trouble la quiétude de la commune de Combrit en Pays bigouden.

Qui pouvait en vouloir autant à cette nonagénaire, certes fielleuse ?

L'enquête est confiée à la commandant qui lance les investigations avec des méthodes déroutant parfois ses collègues, mais pour elle, nécessité fait loi. Épaulée par ses amies de jeunesse - Élodie, devenue médecin légiste, et Vanessa, psychologue dans la police nationale - Léanne devra démêler l'écheveau des haines larvées qui animent les malfrats les plus retors comme les gens sans histoires.


L'extrait

« Les circonstances de la mort n'étaient pas clairement définies, mais il s'agissait, sans aucun doute, d'un meurtre.
On ne peut pas savoir ce qui l'a tuée, mais tout laisse à penser qu'elle a été frappée avec un marteau. L'outil ensanglanté a été trouvé non loin du corps. L'autopsie confirmera s'il s'agit de l'arme du crime, précisa le gendarme.
- Le logement a été fouillé ? Demanda Léanne.
- Oui, répondit l'officier. Les militaires de Pont-l'Abbé sont intervenus les premiers, ils n'ont fait que des constatations sommaires et ils ont gardés les lieux en l'état. Vous verrez ça par vous-même.
- La fille ?
- Elle s'est présentée à la brigade en état de choc. Quand elle a vu que sa mère était morte, elle a pris peur et elle a fui pour foncer se réfugier chez nous. Elle n'a pas voulu retourner dans la maison. On l'a laissée rentrer chez elle. Un collègue a eu son mari au téléphone, ils vont revenir ensemble à la gendarmerie à quatorze heures trente.
Léanne regarda Lionel, petit signe de tête, il se tourna en direction qu'elle lui indiquait : le véhicule de la Police scientifique se garait. Ses adjoints réagirent aussitôt.
- Je vais m'occuper de ça, déclara le capitaine et il les abandonna.
La flic en revint à la partie représentation et diplomatie. Un truc qu'elle détestait et qu'elle pratiquait depuis peu. « Ça fera partie de votre nouveau job, et j'ai bien compris, en lisant vos appréciations, que ce n'était pas votre fort... », lui avait dit le directeur en la recevant. Il avait d'ailleurs cru bon d'insister avec un « Évitez de m'attirer des emmerdes si vous voulez garder votre place... » » (p. 20-21)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Pierrot et ses drôles de dames...

Trois copines de lycée qui se retrouvent, pas de quoi en faire une histoire, sauf si c'est autour d'un cadavre en partie décomposé et que, lesdites amies, sont respectivement flic, psy et médecin légiste. Là, ça sent carrément tout de suite le polar. Léanne, un des personnages de Mortels Trafics (prix du Quai des Orfèvres 2017), a quitté Nice et les Stups pour un poste de commandant à la tête d'une équipe de la PJ de Brest. Première affaire sérieuse, un meurtre à Combrit, proche de Quimper, enquête qu'elle souffle au nez et à la barbe des gendarmes : une vieille femme, découverte assassinée à son domicile par sa fille. Tout le monde pense à un cambriolage qui aurait mal tourné. Des Gitans ont été signalés dans la région, et, bien qu'acariâtre et venimeuse, Corentine Ledantec n'avait pas, à la connaissance de ses proches, d'ennemis assez motivés pour en arriver à de telles extrémités.

Léanne investigue, en compagnie de Vanessa, qui l'assiste de son expérience auprès des victimes de traumatisme, la fille est bouleversée, le gendre ne semble, lui, pas affecté outre mesure par la disparition de sa belle-mère. Il faut dire qu'elle leur en a fait voir de toutes les couleurs depuis tant d'années, réservant le -très- petit fond d'affection à sa disposition à son petit-fils, Julien Le Floch. Élodie, quant à elle, autopsie, conseille, file un coup de main lorsqu'il faut contacter un confrère sans le brusquer. Les trois copines sont bien affairées, ce qui ne les empêche nullement de partager restaurants et soirées, au point de songer à reformer un groupe de rock, comme du temps de leurs jeunes années.

La flic, de son côté, vieille habitude chez elle, use de méthodes peu orthodoxes, frôlant, puis dépassant la fameuse ligne jaune bordant le code de procédure, afin de dénicher des renseignements sur le petit-fils de la victime. Un toxico notoire, disparu de la circulation depuis le meurtre. Pour cela, il lui faudra côtoyer un indic sulfureux, frôler la mort, jouer sa carrière...

Sur un autre plan, Léanne s'emploie à développer la coopération entre les différents corps des forces de l'ordre, se rapprochant énormément du beau lieutenant-colonel de gendarmerie Erwan Caroff, à qui elle a piqué le dossier. Celui-ci ne lui en veut manifestement pas trop... Bref, enquête, actions, interventions, descentes de police, plomb qui siffle sur nos têtes et interrogatoires serrés, pas une seconde de répit dans Haines qui multiplie les fausses pistes et les rebondissements. Les clins d'oeil aussi, de l'auteur à ses amis écrivains. Ainsi, on trouve Jeanne-Oliviera Bosco (Jacques-Olivier dans le civil...) en juge d'instruction ou Jacques Bablon en secrétaire de préfet, Pierre Pouchairet s'est amusé, ça se voit, mais l'intrigue n'est pas un vaudeville, elle témoigne des haines ancrées loin dans l'individu, des rancoeurs ineffaçables, de la puissance des ressentiments.

Le quotidien des flics, l'auteur le connaît sur le bout des doigts pour l'avoir partagé pendant des décennies, ce polar entraîne le lecteur dans les rouages d'une procédure, la routine et les imprévus, les relations humaines, toujours délicates, entre policiers, entre enquêteurs et indics, enquêteurs et suspects, la vie d'un groupe de PJ qui fait son travail, long, répétitif, parfois violent et explosif. Comme le final laisse une porte béante, m'est avis qu'on va retrouver bien vite la triplette de Brest dans d'autres dossiers palpitants.

Un polar percutant, au beurre salé et aux embruns, rythmé comme un bon vieux rock, trois filles attachantes et motivées dans une intrigue menée de main de maître !


Notice bio

Pierre Pouchairet est né en 1957. Il a été commandant de la police nationale puis chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiants à Nice, Grenoble ou Versailles… Il fût également à plusieurs reprises en poste dans des ambassades, a représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure à Kaboul puis au Kazakhstan. Aujourd’hui à la retraite, il vit à l'Île-Tudy. Il a publié en 2013 un livre témoignage, Des Flics Français à Kaboul, puis Coke d’Azur en 2014. La même année sort son premier polar, Une Terre Pas Si Sainte, édité par Jigal Polar, suivi par La Filière Afghane (2015), À L'Ombre Des Patriarches (2016), La prophétie de Langley (2017) chez le même éditeur. Il obtient le très convoité Prix du Quai des Orfèvres 2017 pour Mortels Trafics publié comme tous les ans par les éditions Fayard en novembre 2016. En 2018, est sorti chez Plon, Tuez-les tous... mais pas ici, dans la collection Sang Neuf.


La musique du livre

The Clash – Tommy Gun

Blondie – Call Me

Elvis Costello – She

Public Image Limited - This Is Not A Love Song

Allen Toussaint – The Mississipi – Blue Drag

Louis Capart - La Ville que j'ai tant aimée


HAINES – Pierre Pouchairet – Palémon Éditions – 317 p. mai 2018

photo : Combrit - Le pont de Cornouaille - Wikipédia

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