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Chronique Livre : HORRORA BOREALIS de Nicolas Feuz

Chronique Livre : HORRORA BOREALIS de Nicolas Feuz sur Quatre Sans Quatre

photo : aurore boréale (Pixabay)


Le pitch

disparitions chez le Père Noël...

C'est la fête à Neuchâtel en Suisse. Le festival Festi'Neuch bat son plein et les groupes se succèdent sur scène. Dans le déferlement de décibels, personne ne prête attention à deux hommes qui s'affrontent ni aux coups de feu qui claquent. Sauf quand le chanteur du rap s'effondre, une belle en pleine tête.

Walker, le tireur, prend un otage et se réfugie en backstage. La police suisse dépêche une équipe de ses meilleurs éléments pour tenter d'éviter un carnage. Une négociation s'engage mais Walker ne veut parler qu'au commissaire Marc Boileau. Pourtant celui-ci n'a pas la tête à cela, il attend anxieusement des nouvelles de l'hôpital où son épouse subit une très délicate opération potentiellement fatale.

Les racines de cette affaire semblent venir d'un voyage que Walker a fait avec sa famille bien des années plus tôt en Laponie. Mais tout est flou. Que s'est-il donc passé de si épouvantable dans les neiges polaires ? Marc Boileau va-t-il réussir une nouvelle fois à désamorcer la crise ?


L'extrait

« Elle sentit monter en elle une vague de panique à l'idée que leur fils cadet ait pu se perdre dans la forêt environnante, sans aucun point de repère.
Dans ce maudit pays, tout était similaire. Le paysage était le même ici su'à des hectares à la ronde et la tempête de neige ne faisait qu'amplifier le risque de confusion.
- Il a mis ses raquettes, quand il est allé jouer dehors ? Demanda Rolf.
- Non, répondit Sandra. Je crois qu'il a pris la luge en bois.
Elle jeta un rapide coup d'oeil au thermomètre vissé sur l'un des rondins de leur cabane. Il affichait moins dix-sept degrés. Dans une heure, la température descendrait assurément en-dessous de moins vingt degrés et la nuit gagnerait le cercle polaire.
- Il n'a que huit ans, chéri... murmura-t-elle, inquiète. On n'aurait jamais dû le laisser jouer dehors tout seul. C'était complètement irresponsable.
- À son âge, on doit apprendre à lâcher la bride et lui faire confiance, tenta de se convaincre son mari.
À vrai dire, lui-même ne paraissait guère plus rassuré, même s'il était d'avis que Sandra était trop mère poule avec leur petit dernier. Elle ne l'avait jamais été à ce point avec leurs deux ainés. »


L'avis de Quatre Sans Quatre

La musique à fond, les battements de basses, le public qui fait la fête et l'affrontement soudain paroxystique de deux ombres semant la mort dans ce qui devait être une soirée de réjouissances. Le point d'orgue d'une affaire qui a débuté dans le froid extrême, la nuit polaire et le silence de la neige , qui explose soudain en rafales mortelles, dans la fureur du rap et des applaudissements. En contrepoint, un commissaire visité par ses morts, ceux qu'il a ramassé, sur lesquels il a enquêté, attendant anxieusement le verdict médical au terme de l'opération de la dernière chance sur la cancer de son épouse. C'est lui, pris dans tous ces cadavres passés qui va devoir négocier le cessez-le-feu, sauver la vie de l'otage, reprendre la main alors qu'il ne contrôle plus rien sur lui-même.

Horrora Borealis est de ces polars où chaque personnage principal rencontre sa vérité ultime, celle qu'il traîne avec lui comme une ombre depuis des lustres et qui soudain apparaît dans le déchaînement de violence. Walker cherche dans les recoins de sa mémoire et le témoignage de celui qu'il tient pour responsable de la destruction de sa famille. Boileau rencontre les morts qui ont jalonné sa carrière et attend le verdict médical concernant son épouse.

Ces deux-là vont s'affronter, se défier, se jauger, le commissaire va s'affranchir des règles élémentaires de prudence pour aller au plus près et empêcher un nouveau cadavre qui viendrait hanter encore un peu plus ses nuits surchargées de corps meurtris. Le récit des vacances en Laponie, bien des années auparavant, s'entremêle au suspense de la prise d'otage, scène après scène l'affaire commence apparaît en filigrane. Et elle ne se dévoilera qu'à la toute fin dans toute son horreur et sa complexité.

Nicolas Feuz fait monter le suspense et la tension sur les deux récits, pratiquement au même rythme, chaque morceau d'histoire donnant l'envie empressée de lire la suivante, la recette parfaite du page turner. Le lecteur ne sait plus quelle suite il attend le plus, quelle péripétie le tient le plus en haleine. Certes, l'une explique l'autre, en découle, mais elles sont suffisamment éloignée dans le temps pour paraître presque indépendantes jusqu'à l'explication finale, assez surprenante d'ailleurs !

Un bon thriller d'hiver, de la neige et du gel à revendre, des forêts lapones, la chaleur d'un festival, deux intrigues, presque trois, une ou deux nuits blanches assurées pour ceux ou celles qui vont s'y aventurer.


Notice bio

Né en 1971, Nicolas Feuz a exercé les professions d'avocat et de juge d'instruction. Il est actuellement procureur de la République et canton de Neuchâtel, en Suisse. Il s'est lancé dans l'écriture en 2010. Après Les Bouches, Horrora Borealis est son septième roman noir.


La musique du livre

Une prise d'otage dans un festival de musique, ça laisse de la place à quelques titres, le temps que le public se rendent compte de ce qu'il se passe. Même si le chanteur du groupe de rap est raide mort sur scène, même si le temps n'est plus à la fête...

Les deux groupes complices de Nicoles Feuz pour commencer Michigang – Ludo 7000 et Murmures Barbares – Pirate Catalyseur.

Puis des morceaux glanés au fil de la lecture Genesis – Seven Stones et Rammstein – Feuer Frei !


Horrora Borealis – Nicolas Feuz – The BookEDITION – 306 p. novembre 2016

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