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Chronique Livre :
ILS VONT TOUS MOURIR de Raphaël Grangier

Chronique Livre : ILS VONT TOUS MOURIR de Raphaël Grangier sur Quatre Sans Quatre

Le pitch

Juillet 86, dans le nord du Périgord. Une saison particulièrement chaude. La famille Rougier a quitté Revel en Haute‐Garonne pour se balader près du saut du Chalard et résider, le temps des vacances au camping du Château Le Verdoyer. Ces congés d’été iraient pour le mieux, si les enfants, adeptes de jeux près des bassins, ne disparaissaient pas tour à tour sans que nul ne s’en aperçoive.

Guillaume Dubreuil, jeune commandant du COB de Nontron prend l’enquête à bras le corps, mais les investigations, ici, dans ces terres de taiseux et de chasseurs, n’ont rien à envier à celles qu’il menait en région Parisienne. Pour autant, certains individus s’étaient tristement fait remarquer par le passé.

Des battues sont organisées ; des survols en hélico. Même les truffes des chiens de l’équipe cynophile ne détectent rien. Et plus les jours passent, plus les enfants s’évanouissent sans qu’aucun des gendarmes ne parvienne à trouver la moindre trace probante. Le contact surprenant de Raphaël Langlois, journaliste au quotidien Sud‐Ouest pourrait bien débloquer l’enquête. À moins que…


L'extrait

« « Le pire jour de ma vie n’aura pas été qu’un jour, mais plusieurs. »
La phrase a claqué dans l’air, captant dans l’instant son attention.
« C’était en juillet 1986. Nous étions un petit groupe de copains et passions nos vacances avec nos parents dans le camping du Château le Verdoyer, dans un coin isolé du Périgord. Le Nontronnais pour être précis.
Nicolas aimait les Dragibus. Julie, les berlingots. Thomas aimait ces barres chocolatées renfermant des noisettes entières. Il se léchait sans arrêt les doigts pour en effacer les traces de cacao fondu par le soleil plombant. Gaëlle et Matthieu aimaient tout. Surtout les fraises Tagada.
Ingrid a été la première à disparaître. Nicolas, le premier à être retrouvé. Il avait le corps bleuté, le crâne défoncé par un rocher. Puis ils ont trouvé Julie, le corps et le visage dépecés, les membres brisés.
Ils ont tous été assassinés. Tous sauf moi.
Je me rappelle l’odeur de la glaise contre mes joues, les hurlements glacés de Thomas, tapi dans un recoin du tunnel. Je me souviens du regard de Gaëlle ; de ce bref éclat algide qu’ont pris ses pupilles avant qu’elle ne lâche prise. Je n’ai jamais oublié l’odeur du sang, semblable à de l’acier, mais encore moins celle de cette sueur rance qui encombrait l’espace. » (p. 9-10)


L'avis de Quatre Sans Quatre

En cet été 86, rien ne prédispose la si jolie Dordogne à devenir un petit coin de cauchemar particulièrement tragique : les paysages y sont magnifiques, la nature généreuse, le soleil est au rendez-vous et tout semble réuni pour que la famille Rougier passe de merveilleuses vacances au camping installé dans le parc du Château de Verdoyer. Tout, ou presque, sauf que plusieurs adolescents séjournant sur le terrain se mettent à disparaître sans laisser de traces. Fugue ? Cette hypoyhèse ne tient que le temps de retrouver le premier cadavre mutilé. Le commandant Dubreuil doit vite se rendre à l’évidence, c’est de crimes en série dont il est question dans cette affaire et le gendarme va se trouver confronté aux silences pesants des habitants du cru et aux pièges tendus par le ou les coupables.

Toutes les pistes mènent à un jeune en difficulté, un ado aux troubles mentaux avérés, ayant déjà eu maille à partir avec les autorités pour des affaires de moeurs, Simon Gabin, dit Gabilou. Profondément traumatisé par le suicide de sa mère, il vit seul avec son père, Jean-Louis, un agriculteur-éleveur, taiseux et frustre, qui tente par tous les moyens de protéger son fils. Quitte à le séquestrer à la ferme. Mais il ne peut pas toujours être là, les travaux des champs n’attendent pas et le gamin parvient toujours à échapper à sa vigilance pour revenir dans des états lamentables, sans qu’il soit possible de savoir où il est allé traîner ni ce qu’il a bien pu faire. Violent, déséquilibré, Simon est aussi plusieurs fois aperçu non loin des tentes et de la piscine du camping.

Dans ce pays de légendes et de contes, rien n’est jamais simple et les apparences sont souvent trompeuses, la vérité doit toujours être arrachée aux non-dits, aux arcanes des lieux et de leur histoire que Raphaël Grangier connaît, à l’évidence, parfaitement. Le lecteur y est, il connaît chaque pierre, chaque sentier, il apprend les silences et les allusions, les anecdotes passées éclairant le présent. L’affaire est terrible, les enfants s’évaporent et aucune mesure de sécurité ne semble déranger le ou les ravisseurs. Les battues se succèdent, les chiens sont appelés, sans succès. La tension monte et Dubreuil ne se satisfait pas du coupable idéal que représente Simon. Il y a trop de détails qui clochent et des informations venues d’un journaliste, Langlois, semblent lui démontrer qu’une autre série de crimes assez identiques se sont déjà déroulés quelques années plus tôt, à près de mille kilomètres de la Dordogne, en Maurienne. Le Gabilou ne peut évidemment pas être soupçonné pour ceux-ci.

L’homme qui a commis les atrocités en Savoie, se trouve justement dans un institut psychiatrique fermé non loin du domaine de Verdoyer. S’en suit alors une série de visite entre Dubreuil et l’ex-docteur Steinz, un psychopathe de compétition, qui ne sont pas sans rappeler, évidemment, Le silence des agneaux ou même, Glacé de Bernard Minier (XO Éditions) avec ce criminel au QI impressionnant, distillant ses indices et énigmes à un gendarme désarmé, condamné à jouer son petit jeu morbide s’il veut en apprendre plus. Les disparitions continuent, les cadavres de gosses s’accumulent, le flic n’a pas le choix, il doit tout tenter.

Thriller rural, sauvage, brutal, Ils vont tous mourir ne laisse aucun répit à son lecteur, chaque début de solution s’effondre pour laisser place à un nouveau mystère, le suspense s’épaissit au fil des pages et ne trouve sa résolution qu’à l’ultime chapitre dans un dénouement savamment dissimulé. Des paysages à couper le souffle, des flics d’avant Internet, travaillant à l’ancienne, et des personnages attachants ou repoussants mais ne laissant jamais indifférent. Un livre qui a tout pour séduire, à emporter en vacances, histoire de ne pas oublier de fermer la tente le soir. Idéal pour un séjour de détente réussi au camping… ou pas...

La Dordogne et ses somptueux décors, théâtre d’un thriller percutant et particulièrement sombre, une intrigue tortueuse saisissante...


Notice bio

Né en 1978 à Bordeaux, et malgré des études en mécanique près d’Angoulême, Raphaël Grangier a toujours résidé en Périgord. Dans un premier temps technicien en sous‐traitance électronique et avionique, il lâche les vagues d’étain pour toucher du doigt à quelques métiers passionnants autour du monde de la Justice avant de se convertir vers l’enseignement technique une dizaine d’années plus tard. Quelques voyages, au Connemara notamment, lui attirent le regard vers des histoires possibles. Il publie son premier roman noir I.V. , en octobre 2014 aux éditions Paul&Mike, avant de rejoindre l’équipe des auteurs de polars des éditions Cairn.


La musique du livre

Julie Pietri – Ève, lève-toi

Madonna – Like a Virgin


ILS VONT TOUS MOURIR – Raphaël Grangier – Éditions du Cairn – collection Du Noir Au Sud -  295 p. mai 2018

photo : le saut du Chalard - Pixabay

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