Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
L'ART DU MEURTRE de Chrystel Duchamp

Chronique Livre : L'ART DU MEURTRE de Chrystel Duchamp sur Quatre Sans Quatre

Quatre Sans... Quatrième de couv...

Quatre victimes. Et aucun coupable.

Des relations amoureuses sans lendemain. Une mère possessive et intrusive. Des nuits entières à errer. La vie d’Audrey, 34 ans, pourrait se résumer à une succession d’échecs. Seul son métier de lieutenant à la PJ lui permet de garder la tête hors de l’eau.

En ce jour caniculaire de juillet, Audrey et son équipe sont appelés sur une scène de crime. Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Son corps a été torturé, mutilé, partiellement écorché, puis mis en scène sur une table dressée pour un banquet. Pour compléter cette vanité, un crâne humain lui fait face : celui de sa défunte épouse, dont la tombe a été profanée quelques jours auparavant.

Audrey et son équipe découvrent rapidement que l’homme est un habitué des clubs sadomasochistes parisiens et que, richissime, il a dépensé sa fortune en achetant des œuvres d’art. Au point de finir ruiné.

Quand un deuxième meurtre est commis dans des conditions similaires, Audrey sait qu’elle fait face à un psychopathe. À elle de plonger dans les milieux interlopes parisiens, des maisons de vente aux clubs SM, pour débusquer ce tueur, dont les méthodes extrêmes n’ont d’égale que son appétit meurtrier.


L'extrait

« Être torturé pendant des heures, puis entravé à sa propre table comme un vulgaire pantin... Quel homme, quelle femme, quelle chose peut être assez dégénéré pour assassiner quelqu'un de la sorte ? J'envisage tous les mobiles possibles et imaginables pour essayer de répondre à la question : qui voulait la peau de Franck Tardy ?
Mains sur les hanches, je déambule dans l'immense appartement de la victime et tente d'estimer sa fortune. Les œuvres sur les murs représentent un patrimoine de plusieurs dizaines de millions d'euros. Liechtenstein, Picasso, Matisse... Un vrai musée de poche. Une peinture de Basquiat, décédé à vingt-sept ans d'une overdose et dont les prix atteignent des sommets, attire mon attention.
- Ce sont des originaux? me demande Patricia.
- A priori, oui. Je n'imagine pas la victime collectionner des copies. L'idéal serait de retrouver les certificats d'authenticité. Tardy les a forcément. Ils sont aussi précieux que l'oeuvre en elle-même/
- Et cette toile, c'est de qui ?
- D'Andy Warhol.
- Il a peint autre chose que Marilyn Monroe ?
- Bien sûr ! Mao, Grace Kelly, les trente-deux boîtes de soupe Campbell...
- Ah...
- Si le Warhol sur ce mur est un original alors je peux t'assurer que Tardy avait un sacré paquet de pognon. Je ne savais même pas que les particuliers possédaient des oxydations à l'urine.
- Des quoi ?
Médusée, Patricia me dévisage. Je poursuis.
Cette toile est une Oxidation Painting.
Traduction s'il te plaît ? Je n'ai pas fait d'études d'art, moi.
Une Oxidation Painting est une toile recouverte de peinture à base de cuivre sur laquelle l'artiste a uriné. Les taches verdâtres au centre sont les résultat de l'acidité de l'urine qui a engendré des motifs aléatoires.
Patricia semble consternée. Je poursuis mon explication, fasciné de me trouver devant un tableau si célèbre de Warhol.
- Au siècle dernier, de nombreux artistes ont voulu transgresser les règles établies par l'art.
- Alors ils se sont mis à pisser sur des toiles ? » (p. 26-27)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Le lieutenant Audrey Durand n'est pas un modèle d'équilibre. La jeune femme, traumatisée par une rupture plus que douloureuse, glisse peu à peu dans la toxicomanie, l'alcoolisme et comble son vide existentiel par une suite ininterrompue d'amants de passage. Fragilisée par un passé difficile, elle ne se maintient à flot qu'avec l'aide de sa capitaine, Patricia, sorte de figure maternelle et mentor. Le meurtre qui survient lui donne l'occasion de se servir de son érudition artistique puisque l'assassin a organisé sa scène de meurtre à l'image d'un tableau célèbre.

Au cours de la perquisition et des investigations, Audrey va s'apercevoir que Franck Tardy, la victime, outre qu'il était collectionneur d'art, fréquentait avec assiduité les boîtes BDSM de la région, et était sujet à des déchaînements de violence le faisant redouter par les prostituées. Tout à ses passions, l'ancien avocat s'était ruiné et laisse de nombreuses dettes derrière lui, dont une ardoise importante chez un marchand d'art, ce qui pourrait constituer un mobile sérieux. Deux facettes de la personnalité du défunt qui ouvrent des portes, surtout qu'une jeune femme mystérieuse apparaît dans ses relevés téléphoniques...

Deux pistes donc émergent, l'art et la possible vengeance d'une fille ou d'un souteneur mécontent. Audrey et Patricia, ainsi que Ludo, autre membre de l'équipe, se lancent dans toutes les directions afin de ne rien négliger. Le lieutenant Durand a bien du mal à rester dans les clous et sa tendance naturelle à se comporter en électron libre agace chaque jour un peu plus sa supérieure, inquiète également de la voir replonger dans ses addictions.

Un autre meurtre survient, avec toujours cette référence à des peintres ou des tableaux célèbres, d'autres suivent, des mutilations identiques sur les corps, à chaque fois une oeuvre ou un peintre à identifier. Le deuxième, un autre collectionneur, mouillé lui dans une sale histoire de toute autre nature, ce qui va encore un peu plus compliquer le travail des enquêteurs. L'oeil et les connaissances d'Audrey sont précieux pour établir des liens, découvrir les messages du tueur dissimulés dans les scènes. Elle est secondé dans cette tâche, non officiellement, Patricia n'apprécierait pas, par Joel Dunière, le marchand d'art à qui Tardy devait de l'argent. Celui-ci ne tarde pas à intéresser la policière pour un tout autre motif que l'enquête...

Audrey, narratrice, accompagne le lecteur tout au long de l'affaire, excellent moyen de le placer au cœur de l'affaire, en témoin des doutes, des prises de bec avec Patricia qui tente de cadrer sa subordonnée, et aussi de lui redonner le goût de vire et une estime d'elle-même perdue depuis son abandon, et de suivre le cheminement de ses réflexions. Les particularités du dossier, revenant sans cesse au marché des œuvres d'art, au trafics parallèles également, mettent en lumière cet aspect peu connu de ce domaine, l'envie du toujours plus, de l'inédit macabre, du sulfureux permettant de réaliser de solides bénéfices.

Le dénouement n'est pas réellement une surprise, le plus intéressant est le chemin qui y mène et la psychologie des personnages, même si ceux-ci peinent parfois à s'éloigner des clichés du polar, malgré un sujet intéressant et une belle idée de départ.

Du meurtre comme matière artistique, une flique tourmentée dans une enquête complexe, riche en rebondissements et en suspense...


Notice bio

Née en 1985, Chrystel Duchamp se passionne très tôt pour la littérature de genre, notamment le fantastique et le noir. Graphiste, elle vit près de Saint-Étienne et a écrit plusieurs thrillers.


La musique du livre

Nine Inch Nail – Happyness in Slavery

Édith Piaf et Théo Sarapo – À Quoi ça Sert l'Amour


L'ART DU MEURTRE - Chrystel Duchamp – Éditions de L'Archipel – 262 p. janvier 2020

illustration : détail d'une toile de Jackson Pollock - Visual Hunt

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