Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
L'ASSASSIN QUI AIMAIT PAUL BLOAS de Pierre Pouchairet

Chronique Livre : L'ASSASSIN QUI AIMAIT PAUL BLOAS de Pierre Pouchairet sur Quatre Sans Quatre

Quatre Sans... Quatrième de couv...

La commandant Léanne Vallauri a beau engranger les succès à la tête de la Police judiciaire de Brest, elle se retrouve engluée dans une méchante affaire. L’informateur qu’elle protégeait a été la cible de deux tueurs et elle encourt des sanctions disciplinaires et pénales. Alors que le moral est en berne, elle accueille avec soulagement l’occasion d’oublier ses ennuis en travaillant sur un nouveau dossier.

La découverte d’un cadavre lardé de coups de couteau et abandonné à proximité de l’ancienne base des sous-marins allemands va l’entraîner dans une nouvelle aventure à hauts risques et lui faire découvrir des lieux dont elle n’imaginait pas l’existence.

Les tunnels et les souterrains de Brest, vestiges de la guerre, recèlent bien des mystères et des dangers. Ils vont cette fois être le théâtre d’une impitoyable chasse à l’homme dont Léanne et son équipe ne ressortiront pas indemnes…


L'extrait

« Léanne approche son canon à bout presque touchant d'un maillon de la chaîne, et tire. Le résultat n'est pas aussi convaincant qu'escompté. Seconde détonation. Le morceau de métal ne tient plus que par un fil. Elle pousse violemment la porte.Ça lâche. Ils entrent. Garçon plein de ressources, Isaac fait apparaître une mini Maglite. Le rayon lumineux transperce l'obscurité sur plusieurs dizaines de mètres pour se perdre dans le néant. Léanne n'est pas du genre à s'arrêter.
Elle prend la tête, Isaac l'éclaire.
- Ça va où ?
- On en sait rien, il y a tout un réseau de galeries, la plupart ont été détruites.
- Ils ont bien dû passer quelque...
Elle hurle et disparaît. Isaac s'immobilise, à la limite de tomber dans ce qui doit être un puits destiné à l'évacuation des eaux. Un trou, un putain de trou ! Et le visage terrorisé de Léanne, accrochée au rebord par les phalanges. Elle est pétrifiée. Durant un bref instant, le rayon de lumière a éclairé le fond et elle pense y avoir vu un autre cadavre.
L'horreur !
- Je glisse, merde !
- Ne bouge pas !
Isaac saute de l'autre côté, Lionel le suit et ils se couchent à même le sol pour agripper leur collègue leur collègue et la remonter. Elle finit haletante, à plat ventre sur le ciment et la terre humide.
- Putain... J'ai eu chaud.
La voix est cassée par l'émotion. C'est là qu'ils sentent une puanteur horrible.
- Regardez, je crois qu'il y a un mort.
Isaac se relève et balaye le fond du puits avec sa lampe. Il se recule, manque de laisser tomber sa torche. Son visage a perdu toute couleur.
- T'as raison, il y a un cadavre et des rats...
Il n'arrive pas à terminer sa phrase et vomit de dégoût.
C'est trop pour Lionel.
- On arrête les conneries. On appelle le GIPN, ils vont venir visiter les galeries. » (p. 46-47)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Après Mortels Trafics, où elle traque les passeurs de came entre la France et l'Espagne, puis Haines et La cage de l'albatros, dans lesquels elle officie dans le Finistère en compagnie de ses amies Vanessa, la psy, et Élodie, médecin légiste, autrement dit La triplette de Brest, voici enfin la suite des enquêtes de la cheffe de la PJ de Brest, Léanne Vallaury. Rien en va plus pour la flique que l'on retrouve en garde à vue au début de cet épisode. Pire encore, elle a été placée en détention par son amant, le colonel de gendarmerie Erwan Caroff. Peu importe pour la jeune femme que celui-ci n'y soit pas pour grand-chose, qu'un de ses hommes avait outrepassé ses ordres, il faut bien en vouloir à quelqu'un. Sinon elle serait obligée d'admettre que sa relation avec Guénolé Le Gall, dealer notoire, indic à temps partiel, victime d'une tentative d'assassinat à la fin du précédent opus,était tout sauf conforme à la procédure, et qu'elle a ignoré sottement les mises en garde de son collègue Lionel. Mais l'auto-critique n'est pas vraiment sa tasse de thé...

Une garde à vue, ce n'est pas la perpétuité, Léanne finit par sortir de son trou nauséabond et se colle aussitôt au boulot, en attente des conclusions de l'enquête de l'IGPN : un cadavre découvert dans le réseau de tunnels et souterrains de la ville de Brest, un réseau tentaculaire qui semble refermer bien des secrets et commerces inavouables. Il en existe de toutes les époques et de toutes les tailles, de l'antiquité à la dernière guerre. Les Allemands voulant se protéger des bombardements alliés, particulièrement intensif sur la cité portuaire, ont beaucoup participé à son développement, l'agrémentant même de quelques bunkers, autant de recoins discrets aptes à dissimuler tout et n'importe quoi, dont seuls quelques initiés connaissent les passages masqués par le temps. Beaucoup ne sont pas répertoriés ou cartographiés, pratique pour les aventuriers, les amateurs de solitude silencieuse, mais aussi pour les cambriolages et tous les types de transactions non officielles...

Fâchée à mort contre le gendarme, Léanne va se jeter tête la première dans cette affaire, comme à son habitude, n'écoutant pas plus que de coutume les conseils de prudence de son adjoint et risquer plus d'une fois sa peau dans des acrobaties spéléologiques à haut potentiel de suspense. Le cliffhanger, dans ce roman, n'est pas qu'une astuce de scénariste. On trouve de tout, je l'ai dit, dans ces tunnels : drogues, sexe sous toutes les formes, jeunes nostalgiques du Reich éternel, QI en berne et tatouage svastika, mafieux balkaniques (non, non, aucun rapport avec Patrick) et macchabées à la pelle. La PJ brestoise se voit bien vite travailler sur cinq dossiers différents, dans lesquels il n'est pas évident de trouver un fil conducteur, voire une quelconque cohérence dans le mode opératoire. Dire que tout cette affaire a débuté par une bien pacifique représentation artistique mêlant peinture et musique...

Comme dans chaque roman de Pierre Pouchairet, les mécanismes de la machine policière sont parfaitement décrits, sur un rythme, bien sûr, supérieur aux interminables enquêtes réelles, mais il n'y a pas un faux pli. En fin connaisseur des procédures, il sait faire jouer ses personnages avec les lignes jaunes ou rouges, nous guider dans les méandres des relations entre les différents intervenants, ou, encore, transcrire la finesse des luttes de pouvoir entre services lorsqu'une affaire se médiatise. L'assassin qui aimait Paul Bloas vous laisse à peine le temps de respirer, hard rock en sous-sol, entre libertins chics et fanatiques liberticides, un amoureux pathologique de la peinture de Paul Bloas semble mener le bal mais c'est sans compter sur des combinards sans scrupules pour brouiller un peu plus les cartes.

Les lieux de l'intrigue collent parfaitement au présent du personnage principal : Léanne Vallaury est dans le trente-sixième dessous, au bord du gouffre professionnel, au fond du puits sentimental. Cet version underground de Brest lui convient à merveille à ce moment de sa vie. Si elle réussit à triompher des multiples embûches, peut-être parviendra-t-elle à apercevoir le bout du tunnel ? Enfin si elle ne se précipite pas vers de nouveaux ennuis, ce qui est une de ses principales occupations. Ses deux amies et ses collègues ont beau essayer de la protéger d'elle-même, elle met une application maniaque à accumuler les prises de risque.

Cette affaire, ces affaires puisqu'il y a plusieurs dossiers qui vont venir squatter le bureau de la PJ de Brest, outre les avanies de Léanne, passent également en revue divers aspects de la criminalité aujourd'hui, trafics d'armes, de stupéfiants, d'êtres humains, prostitution, marché parallèle des œuvres d'art volées, et constituent une visite guidée de la ville portuaire, de ses recoins les plus enfouis et de la faune les fréquentant. À partir d'une performance artistique publique du peintre Paul Bloas et de Serge Teyssot-Gay (ancien guitariste de Noir Désir) sur le port de Brest, Pierre Pouchairet développe une vaste toile d'araignée d'énigmes criminelles sur laquelle vont s'engluer les enquêteurs. Pas une minute de répit au lecteur, le danger est partout, le suspense omniprésent et les filatures, poursuites et interpellations musclées se succèdent jusqu'à un dénouement en forme d'ouverture pour une nouvelle aventure de Léanne Vallaury et de ses copines.

Un polar à l'atmosphère irrespirable, spécial claustrophobe, la Triplette de Brest a trouvé son rythme de croisière, pied au plancher, et ne semble pas près de ralentir, pour notre plus grand plaisir !


Notice bio

Pierre Pouchairet est né en 1957. Il a été commandant de la police nationale puis chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiants à Nice, Grenoble ou Versailles… Il fût également à plusieurs reprises en poste dans des ambassades, a représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure à Kaboul puis au Kazakhstan. Aujourd’hui à la retraite, il vit à l'Île-Tudy. Il a publié en 2013 un livre témoignage, Des Flics Français à Kaboul, puis Coke d’Azur en 2014. La même année sort son premier polar, Une Terre Pas Si Sainte, édité par Jigal Polar, suivi par La Filière Afghane (2015), À L'ombre Des Patriarches (2016), La prophétie de Langley (2017) chez le même éditeur. Il obtient le très convoité Prix du Quai des Orfèvres 2017 pour Mortels Trafics publié, c'est une tradition, par les éditions Fayard en novembre 2016. En 2018, est sorti chez Plon, Tuez-les tous... mais pas ici, dans la collection Sang Neuf, fi,naliste du prix Landerneau du Polar, puis Mort en eaux grises publié par Jigal Polar. Sa série consacrée à la « Triplette de Brest » comprend déjà deux romans édité par Palémon Éditions, Haines et La cage de l'albatros.


La musique du livre

Miossec – Brest

The Doors - The Changeling

Marilyn Manson - The Beautiful People

Rory Gallagher - Bullfrog Blues

The Beatles – Let It Be

The Beatles - The End


L'ASSASSIN QUI AIMAIT PAUL BLOAS – Pierre Pouchairet – Palémon Éditions – 346 p. juin 2019

photo : Pixabay

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