Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
L'ÉQUATION DU CHAT de Christine Adamo

Chronique Livre : L'ÉQUATION DU CHAT de Christine Adamo sur Quatre Sans Quatre

illustration : le paradoxe de Schrödinger (Wikipédia)


Le pitch

Une journée, à peine. Au moment même où la perception du temps qui passe est la plus forte : le premier janvier. À l'université de Cambridge, trois scientifiques doivent absolument boucler un dossier afin de réunir un budget leur permettant de réaliser un nouvel ordinateur, encore plus performant et rapide, grâce à leurs différentes spécialités.

Sont présents sur le campus : Hammond McLeod, jeune loup arrogant, doyen du département de biologie moléculaire à Saint Andrews, Noreen Hartwick d'origine pakistanaise, brillante, de Cambridge et Doug Shermann, nouveau responsable du département informatique de l'université. Ils doivent se mettre d'accord sur les termes et signer un partenariat qui scellera la demande de subventions. Sauf que Shermann veut y associer Laurel Brunner, physicienne, spécialiste du monde quantique, une associé non prévue au départ. Pendant ce temps, un corps flotte dans la rivière et les chats de la bibliothécaire disparaissent...

Au même moment, en Écosse, dans un pub, Martha, l'assistante de McLeod doit recueillir tout ce qu'elle peut sur la physique quantique pour son boss, aidée en cela par le patron du lieu, ancien enseignant en histoire des sciences. Bosser un jour de congé, ce n'est jamais drôle mais c'est ça ou se taper sa belle-famille ignoble ou son mari crétin, fainéant, abruti de mauvais alcool et de parties de cartes.

Parallèlement, les jeunes années d'un petit garçon, terrifié par sa grand-mère acariâtre et psycho-rigide dans l'Autriche des années 30 ponctue chaque chapitre/découpage de cette journée de dupes et de fous où le temps devient quasi palpable, allié ET ennemi...

La course contre la montre est lancée, les trois scientifiques ne s'aiment guère (encore que...), le consensus n'est pas gagné d'avance et l'arrivée de la falote Laurel Brunner et de ses particules protéiformes va complètement perturber le jeu des alliances. Sans compter que les chats peuvent, comme le démontrait Schrödinger, être vivants ET morts...à moins qu'un observateur ne perturbe ce beau paradoxe.


L'extrait

« Hammond s'arrête net, juste à temps pour laisser passer un cycliste emmitouflé des pieds à la tête. Et merde.
Il souffle par le nez. Comme à chaque fois qu'il s'énerve vraiment. L'envie de taper sur quelque chose le prend. Le problème est que, d'expérience il sait que cela fait rarement avancer les choses. Au mieux, ce la défoule. Et ce matin, dans cette purée de pois, il n'a même pas Shermann sous la main. Shermann, celui par qui les emmerdements arrivent et ce, sous une forme tellement trouble que Hammond n'a pu les anticiper. Pas davantage que le cycliste il y a un instant.
Shermann. Le nom revient, lancinant, dans la tête du jeune doyen. Il regarde autour de lui, histoire de se focaliser sur les alentours immédiats. Et il plisse les yeux, pour distinguer autre chose que des vagues contours qui se désagrègent sous la pluie. Mais là non plus, rien. Hormis une guirlande qui clignote sur un auvent couleur olive, de l'autre côté du carrefour, et un poteau qui ressemble à un passant – ou inversement. Rien.
Soudain il sent des crampes lui broyer le ventre. S'il se loupe sur le coup du REF, les investisseurs privés ne considèreront même pas le projet. L'allocation de l'État n'est pas grasse. Mais elle représente malgré tout la validation que tout le monde attend avant d'aller chercher davantage, ailleurs. Donc sans REF, pas de fonds public...ni de fonds privés. Sans fonds, pas d'ordinateur moléculaire./... »


L'avis de Quatre Sans Quatre

Coopération ? Vous avez dit coopération ? Si, si, je vous assure, c'est l'objet de cette réunion de sommités un jour férié. Sauf que les ego surdimensionnés s’accommodent mal du partage et que la peur de céder un pouce de notoriété ou le fait de composer avec les idées des autres sont très difficilement supportables pour ces génies surexcités par l'enjeu. Et puis il y a le sexisme de base, le mépris des femmes, encore plus marqué pour celles aussi brillantes, voire plus qu'eux. Bref, l'accord est loin d'être une promenade de santé, la journée sera peut-être bien trop courte pour résoudre tous les désaccords. Surtout qu'il y a l'épineuse question de Laurel Brunner et des ses particules aux comportements étranges, qui peuvent être ondes ou matières, qui surprennent toujours et laissent dubitatif quand à l'exploitation possible de leurs propriétés.

Vous l'aurez compris, ce polar enquête sur la matière dans ce qu'elle a de plus intime, l'infiniment petit et ses fascinantes propriétés. Avec des allégories simples, Christine Adamo reprend l'histoire de la physique quantique depuis son origine jusqu'à nos jours, ses paradoxes, ses énigmes et ses explications sont limpides. J'ai eu l'impression de maîtriser un sujet qui m'est en très grande part tout à fait étranger. Les échanges d'énergie, les convergences constructives ou destructives, les particularités de la lumière, tout est évoqué et mêlé à l'intrigue.

Parce qu'il y a intrigue, n'oublions pas que nous sommes dans un polar. Il enquête donc également du côté des hommes qui s'agitent tels des particules, sans avoir plus parfois de sens et de compréhension possible, semblant trouver une cohérence pour aussitôt la renier. Finalement, les lois de la physique s'appliquent également à tout ce petit monde, les collisions s'enchaînent et les résultats sont souvent étranges. Seule Martha, accompagnée son ami Bob, à l'abri du monde, fiévreux dans l'étude mais hors du combat, tente de mettre en ordre toutes les informations glanées sur internet. Elle y mêle poésie et musique, trouve des ponts où il est impensable d'en voir, c'est une artiste.

Christine Adamo nous fait toucher un univers abscons par le biais d'un suspense permanent, d'images judicieuses et de personnages, qui pour être loin de notre quotidien, nous ressemblent diablement. Une écriture recherchée, simple mais visant juste, et un style qui manie humour, poésie parfois, et codes du suspense fait de L'Équation du Chat l'OVNI de cette rentrée. Un polar, oui, mais édifiant et passionnant.


Notice bio

Christine Adamo a été enseignant-chercheur spécialisée dans la gestion de l'information environnementale. Elle fait dorénavant du conseil, notamment dans ce domaine. Elle est l'auteur, entre autres, de trois romans mêlant science et suspense : Requiem pour un poisson (Liana Levi 2005 et Folio), Noir Austral (Liana Levi 2006 et Folio) et Web Mortem (Albin Michel 2009)


La musique du livre

Au commencement était Pitbull et son titre Give Me Everything qui « beugle » dans la sono du pub au moment où Martha en arrive aux travaux de Max Planck.

Le Paradoxe de Schrödinger oblige, il est évidemment question de la comédie musicale Cats et de la chanson Memory en particulier. Susan Boyle aussi évoquée et son I Dreamed A Dream

Pour finir, place à la star musicale du roman, Barbra Streisand, The Way We Were

L'ÉQUATION DU CHAT – Christine Adamo – Liana Levi – 375 p. octobre 2015

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