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Chronique Livre :
LA DISPARUE DE LA CABINE N°10 de Ruth Ware

Chronique Livre : LA DISPARUE DE LA CABINE N°10 de Ruth Ware sur Quatre Sans Quatre

Le pitch

Une semaine à bord d’un yacht luxueux, à sillonner les eaux du Grand Nord avec seulement une poignée de passagers.

Pour Laura Blacklock, journaliste pour un magazine de voyage, difficile de rêver d’une meilleure occasion de s’éloigner au plus vite de la capitale anglaise.

D’ailleurs, le départ tient toutes ses promesses : le ciel est clair, la mer est calme et les invités très sélects de l’Aurora rivalisent de jovialité. Le champagne coule à flot, les conversations ne manquent pas de piquant et la cabine est un véritable paradis sur l’eau.

Mais dès le premier soir, le vent tourne. Laura, réveillée en pleine nuit, voit la passagère de la cabine adjacente être passée par-dessus bord.

Le problème ? Aucun voyageur, aucun membre de l’équipage ne manque à l’appel. L’Aurora poursuit sa route comme si de rien n’était.

Le drame ? Laura sait qu’elle ne s’est pas trompée. Ce qui fait d’elle l’unique témoin d’un meurtre, dont l’auteur se trouve toujours à bord…


L’extrait

« Je me suis réveillée au son des hurlements d'une femme, avec la sensation d'n corps au-dessus du mien, qui me maintenait ; quelqu'un tentait de bloquer mes bras pour m'empêcher de me débattre.
Une main a agrippé mon poignet, une main bien plus puissante que la mienne. Aveugle, folle de panique, j'ai tâtonné dans l'obscurité en quête d'une arme potentielle, et mes doigts se sont refermés sur la lampe de chevet.
La main de l'homme était sur ma bouche à présent, elle m'étouffait, le poids de son corps me coupait le souffle, quand de toutes mes forces j'ai soulevé la lourde lampe et l'ai violemment abattue sur sa tête.
Il y a eu un cri de douleur et, à travers le brouillard de terreur, j'ai entendu une voix, des mots balbutiés, déformés.
- Lo, c'est moi ! C'est moi, bordel, arrête !
Quoi ?
Mes mains tremblaient si fort que, lorsque j'ai essayé d'allumer la lumière, je n'ai réussi qu'à renverser quelque chose.
À côté de moi, j'entendais Judah qui haletait, et un gargouillement qui me terrifiait. Elle était où, cette foutue lampe ? Puis j'ai compris : je venais de l'abattre sur le visage de Judah. » (p.39)


L’avis de Quatre Sans Quatre

Pas de bol pour Laura Blacklock, Lo, la chance de sa carrière professionnelle survient juste après une traumatisme dont elle peine à se remettre. Son appartement a été cambriolé et elle a été blessée par l'intrus qui lui a refermé une porte au visage. Côté sentimental, c'est pas le top non plus, Judah, son amant voudrait qu'ils emménage ensemble mais elle ne semble pas encore prête à franchir ce pas et risque de le perdre par ses atermoiements. Journaliste à Velocity, une revue de voyages, elle a l'opportunité de remplacer au pied levé sa patronne qui est enceinte et ne pourra pas participer à la croisière inaugurale de L'Aurora dans les fjords de Norvège.

Un périple de rêve à la rencontre des aurores boréales, en compagnie de riches investisseurs qui peuvent venir agrémenter son carnet d'adresses et du gratin des journalistes spécialisés dans le genre. Dix ans qu'elle en rêve, impossible de ne pas répondre favorablement, Lo, qui tourne un peu au gin qu'à l'accoutumée, embarque avec la dizaine de privilégiés conviés au premier voyage du navire. La jeune femme n'est pas un modèle d'équilibre, elle prend, depuis l'adolescence des anti-dépresseurs et sa récente mésaventure la pousse à boire parfois un peu plus que de raison. Particulièrement lors du premier dîner à bord. Après avoir emprunté du mascara à la passagère de la cabine voisine de la sienne, la N°10, elle lève copieusement le coude à table, en compagnie d'un autre journaliste qui se trouve être un de ses ex, Ben. Un plouf sinistre au milieu de la nuit la réveille de son sommeil d'ivresse et elle découvre des taches de sang sur la rambarde brodant la petite terrasse de la cabine à côté de la sienne. La terrasse de la cabine N°10.

L'officier en charge de la sécurité est prévenu, il la prend en charge gentiment, bien que la cabine N°10 soit officiellement vide, personne n'y est logé, la jeune femme, brune et un peu renfrognée à qui Lo a eu affaire la veille semble ne pas exister tant dans les passagers que dans le personnel de bord du luxueux bateau. Blacklock se lance alors dans une enquête éperdue pour retrouver celle qui lui a prêté du maquillage le premier soir, elle est de plus en plus persuadée qu'un meurtre a été commis sur L'Aurora et cherche par tous les moyens à le prouver. Mais, bien entendu, ses alcoolisations et ses prises médicamenteuses ne font pas pencher la balance en sa faveur, surtout qu'il n'y a plus trace ni de sang ni du passage d'une femme dans la fameuse cabine et que personne ne manque à l'appel...

Ruth Ware immerge son héroïne dans un cauchemar sans fin, un huis-clos étouffant d'où elle ne peut sortir, perdue sans aucun lien avec le monde extérieur – la connexion internet ne fonctionne pas -au milieu de la Baltique, avec des passagers doutant de sa santé mentale, un personnel de bord qui s'agace de ses idées fixes, elle sent rapidement que ses recherches vaines peuvent tout de même se révéler dangereuses et que quelqu'un commence à ne plus apprécier de la voir parcourir les ponts et les cales en tous sens pour dénicher une passagère fantôme ou un meurtre encore plus illusoire.

Lo, c'est prévisible, sombre dans la paranoïa aigüe, doute de tous, soupçonne large et ne peut plus se fier à quiconque. Le suspense et l'épaisseur de l'intrigue vont monter crescendo tout au long du roman, savamment relancés de temps à autre par des éléments nouveaux toujours sujets à interprétation, confortant Lo dans ses conclusions ou rendant encore plus dubitatifs les autres participants à la croisière. La journaliste fouille autant dans sa propre mémoire que dans les coursives, ne peut se fier à ses souvenirs souvent embrumés par une consommation excessive de gin, une situation et un enchaînement de circonstances qui ne sont pas sans rappeler La fille du train, l'excellent thriller de Paula Hawkins (Sonatine Éditions – 2015).

Pas question ici de vous en dire plus, il va bien évidemment arriver mille autres mésaventures à Lo qui vous feront réfléchir à deux fois avant de vous embarquer pour une croisière de luxe en quête des aurores boréales ou autres merveilles naturelles. Bien écrit et traduit, La disparue de la cabine N°10 est un excellent thriller psychologique, aussi glaçant que les températures du cercle polaire, destination de L'Aurora !


Notice bio

Ruth Ware est née en 1977 dans le Sussex et vit aujourd’hui à Londres. Dès son premier roman, Promenez-vous dans les bois… pendant que vous êtes encore en vie (Fleuve Éditions, 2016 - Pocket, 2017) – traduit dans plus de quarante langues et en cours d’adaptation cinématographique –, elle s’impose parmi les reines du suspense psychologique, ce que confirme son deuxième livre, déjà n°1 sur la liste des meilleures ventes du New York Times.


LA DISPARUE DE LA CABINE N° 10 - Ruth Ware - Fleuve Éditions - collection Fleuve Noir – 426 p. janvier 2018
Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Héloïse Esquié

photo : croisière dans les fjords norvégiens - Pixabay

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