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Chronique Livre :
LA DISPARUE DU VENEZUELA de Diane Kanbalz

Chronique Livre : LA DISPARUE DU VENEZUELA de Diane Kanbalz sur Quatre Sans Quatre

Le pitch

Philippe Larcœur, policier attaché à l’ambassade de France à Caracas, est appelé sur une affaire d’enlèvement. Une ressor­tissante française a disparu dans l’une des zones les plus dangereuses d’Amérique latine…

Faisant progres­sivement de cette enquête une affaire personnelle, Larcœur n’hésitera pas à braver le danger dans un pays où la ­corruption, la mort et la trahison sont monnaie courante.

Il finira par tenter le tout pour le tout pour sauver la jeune femme en même temps que son âme, quitte à se mettre à dos tant sa hiérarchie que la pègre locale !


L’extrait

« « Bouge pas, gringo ! »
Un souffle chaud balaye sa nuque, le contact métallique d’une lame tressaute sur sa gorge. L’étreinte se resserre. La torche tombe. Dans l’excitation, il a laissé son pétard dans la boîte à gants. Il n’a pas le choix. Larcoeur rassemble ses forces, balance un violent coup de coude en arrière. Quatre pieds s’emmêlent dans le faisceau de sa lampe, les deux hommes vacillent.
« Hijo de puta ! »
Larcoeur s’est retourné. Il encaisse un violent coup de tête à l’abdomen, retrouve son équilibre. Un filet de sang chaud coule le long de son cou. Une bouffée de rage le submerge subitement et ses poings, hors de contrôle, se mettent à aller et venir comme des ressorts. De toutes ses forces, il cogne, cogne, et cogne encore. Le couteau se perd dans la poussière. Très vite, l’homme tombe à genoux. Il se résume bientôt à une boule de cheveux noirs qui va et vient au rythme de cette danse macabre. Larcoeur ne sent plus la chair s’enfoncer sous ses poings, il n’entend plus le bruit mat des coups qui résonnent dans la nuit. Il n’entend plus que sa haine, son désespoir, sa hargne qu’il hurle au monde entier. La hargne d’un homme à bout.
Soudain, l’aboiement d’un chien. Larcoeur relève la tête, hors d’haleine, scrute l’obscurité. Sous son T-shirt trempé de sueur, tout son corps tremble. Un courant d’air glacial effleure sa nuque en nage. Il baisse les yeux vers la masse inanimée qui gît devant lui. Ses poings sont rouges de sang. D’un bond; il se relève. Il essuie grossièrement ses mains sur son jean, attrape la lampe torche et cherche fébrilement les clés de la voiture perdues dans la poussière. Puis il monte dans le 4X4 et démarre. » (p. 15-16)


L’avis de Quatre Sans Quatre

Larcoeur est un homme brisé, un type en colère qui n’en a plus grand chose à foutre de la marche du monde et des ordres de sa hiérarchie. Flic à l’ambassade de France à Caracas, il assure son service comme bon lui chante et va jusqu’à cogner sur son supérieur le jour où celui-ci le chatouille là où il ne faut pas. La seule chose qui le tient debout, c’est de rentrer à Paris dans les quatre jours afin d’être là pour l’anniversaire de sa fille, rien ne peut l’en faire démordre, il est prêt à sacrifier sa carrière et tout ce qui va avec pour tenir cet objectif.

L’ambassadeur l’estime suffisamment pour essayer de calmer le jeu et le charge d’une mission de deux jours à Mérida où il doit rassurer une famille française dont la fille, Cécile, a été enlevée depuis une semaine. Deux jours, trois maximum, des négociateurs d’élite envoyés par le ministère de l’intérieur doivent atterrir rapidement à Caracas et prendre sa relève, promis, juré, craché. Cécile était serveuse dans le restaurant que son frère a ouvert à Mérida, ville gangrénée par les gangs et la corruption, plateforme de tous les trafics avec la Colombie où tout se vend et s’achète, tout a un prix, sauf la vie humaine qui n’est pas cotée sur le marché.

Sur place, outre le tableau classique des parents débarqués en urgence de France, affolés, déprimés, fous d’angoisse et de hargne contre les autorités qui ne semblent pas beaucoup se bouger pour retrouver leur fille, Larcoeur prend contact avec le chef de police locale, le commissaire Lazares. Un homme gros et gras, plus proche d’une caricature de Marlon Brando dans le Parrain que de Jules Maigret, qui semble contrôler entièrement la ville et ses zones les plus sombres, les barrios, ces bidonvilles accrochés au flanc des collines entourant la cité.

Le Venezuela est en attente, Chavez est à Cuba pour une énième opération de son cancer, le vice-président Maduro continue de passer à la télévision nationale pour y lire des communiqués rassurants qui ne trompent personne. Tout est désorganisé, l’économie, la police, la justice sont en lambeaux, les flocs français ne peuvent pas compter sur les autorités locales pour avancer, et l’absence de commission rogatoire internationale leur interdit de mener des actions de police dans un pays étranger.

Bien entendu, Larcoeur ne partira pas à temps, évidemment il va voir l’enquête reposer sur ses épaules et devoir employer les méthodes les moins compatibles avec la procédure pour avancer dans ses investigations et déjouer tous les pièges qui vont être posés un par un sur sa route. Lui, le père qui ne sera pas là pour cet anniversaire si important de sa fille - pourquoi donc ? - va s'impliquer plus que de raison pour aider cet autre père qui a perdu la sienne, à coup sûr violée et torturée dans la forêt amazonienne toute proche de Mérida.

Il ne peut se fier à personne, les deux flics envoyés par Paris sont trop à cheval sur le règlement pour le suivre dans ses intuitions limites et la police locale n’est pas plus rassurante que les trafiquants. Il est d’ailleurs bien difficile de les différencier parfois. À côté des façons d’agir de Lazares et ses sbires, Larcoeur est un flic modèle, il va vite comprendre qu’il lui faudra adopter les moeurs locales pour avancer ou simplement ne pas se faire balader comme un débutant. L’espérance de vie des gringos à Mérida est extrêmement courte, surtout s’ils fouillent un peu trop les poubelles.

Entre le stress des appels des ravisseurs où la moindre erreur peut se payer cash par la mort de l’otage, les difficultés d’obtenir une preuve de vie de Cécile, les actions spectaculaires dans les bas-fonds de Mérida et la placidité apparente de Lazares, les nerfs de Larcoeur sont mis à rude épreuve tout au long d’un roman sans temps mort à l’atmosphère étouffante où le danger rôde en permanence.

La disparue du Venezuela est un polar nerveux, rapide, à vif. Diane Kanbalz connaît manifestement bien le pays et ses turpitudes, elle les retranscrit parfaitement, elle signe là un excellent premier roman. Le lecteur se faufile avec Larcoeur dans les ruelles sordides des barrios, la peur ou la rage au ventre, partage ses doutes et ses fausses certitudes.

À découvrir, et pas seulement pour l’exotisme, je parierai que nous entendrons à nouveau parler de Larcoeur...


Notice bio

Diane Kanbalz travaille pour différents organismes non gouver­nementaux. La disparue du Venezuela est son premier roman.


La musique du livre

Pas réellement de titres cités dans le roman mais des références au reggaeton que l'on entend partout à Mérida et Caracas, et bien évidemment du tango...

- Jowell y Randy feat. Bimbo - En Venezuela

- Carlos Gardel - La Cumparsita


LA DISPARUE DU VENEZUELA - Diane Kanbalz - Édtitions de l’aube - Collection l’aube Noire - 266 p. octobre 2017

photo : Pixabay

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