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Chronique Livre :
LA FILIÈRE AFGHANE de Pierre Pouchairet

Chronique Livre : LA FILIÈRE AFGHANE de Pierre Pouchairet sur Quatre Sans Quatre

photo : des hommes de la DEA détruisant 262 tonnes de hashich en Afghanistan (Wikipédia)


L'extrait

« La première explosion retentit au second coup de cloche et la seconde au troisième. C'est avec plaisir qu'il ressentit un vent chaud balayer son visage, signe de la bonne marche et de la puissance de ses engins. Il arracha les batteries des deux appareils, fit disparaître le tout dans ses poches de pantalon et se saisit des jumelles, comme s'il s'agissait de vérifier les résultats d'un tir lointain effectué au stand. Ce qu'il aperçut ne lui déplut pas.

La place principale était à moitié dévastée, des corps démembrés par le souffle, d'autres grièvement blessés jonchaient le sol. Les toiles protégeant les étals avaient disparues et la plupart des vitres des maisons n'avaient pas résisté à la vague destructrice. Dans le prolongement, le spectacle du jardin public était à peu près similaire. Il grimaça en regrettant qu'une partie de la scène lui soit cachée par les branches d'arbres, car même dépourvues de leurs feuilles, elles lui obstruaient la vue. En revanche, il constata que la façade du Bar de la Mairie avait disparu et que ses clients, morts ou vivants, gisaient au sol, au milieu des débris de verre et de bois. »


Le pitch

Une opération de grande envergure est en cours dans le quartier de l'Ariane à Nice où l'équipe du commandant Gabin Mounier et de sa collègue/amante Marie, surveille une bande de petits dealers en espérant remonter le courant jusqu'à de plus grosses proies et lancer une série d'arrestations. Quelques ennuis plus tard, ils réussissent à appréhender un grossiste et Gabin met le doigt sur un réseau islamo-mafieux comptant, entre autres, un responsable d'ONG plus que trouble, un imam proche d'Al Qaïda et des arrivées soudaines de grandes quantités d'héroïne correspondant à des départs de jeunes niçois au jihad afghan.

La France profonde est simultanément victime d'attentats aussi spectaculaires que meurtriers. Loin de toutes grandes agglomérations, les villages se mettent à trembler et, par voie de conséquence, le pouvoir également. Il semble à l'équipe de la PJ de Nice que son affaire de stups et ces explosions ont des points communs et qu'il faudra aller chercher des réponses en Afghanistan.

Gabin y part, il y retrouve son vieux copain flic Serge qui forme la police locale. À la poursuite de Bachir Hamdani, le fondateur de l'ONG suspecte, il va courir bien des risques, un périple où chaque centimètre peut être mortel.


L'avis de Quatre Sans Quatre

Comme dans Une terre pas si sainte, Pierre Pouchairet fait voyager son héros sur des lieux qu'il connait bien lui-même et ça se sent. La planque dans la banlieue niçoise, l'indic moins que fiable ou la complexité de la situation à Kaboul, tout respire le vécu. Un polar qui ne se permet aucun temps mort, les intrigues se superposant et les nombreux protagonistes donnent un rythme vertigineux à l'histoire. Chaque pas, chaque coin de rue et chaque geste peut être le dernier pour tout le monde à Kaboul, et même à Nice, il est quasi naturel que le pire arrive pratiquement toujours et, sinon le pire, le moins attendu.

Il n'y a pas que le suspense et la parano épidémique dans cette Filière Afghane, y est également une découverte de la réalité multiple, des haines ancestrales et des jeux de pouvoir en Afghanistan. Le travail des formateurs, des militaires mais aussi les complots sordides, les trahisons, l'accablante et presque impossible mission de surveillance de la production et l'exportation d'héroïne. Enquêtes chorales de l'équipe de la PJ, de la DGSE, de Gabin en Afghanistan, il faut également compter sur la guerre des services, les renseignements qui se perdent un peu dans la nature, tout ces aléas rendent ce polar passionnant d'un bout à l'autre.

Une autre vision de la complexité de terrain où les ONG ne sont pas toujours ce qu'elles prétendent être, où l'ennemi peut difficilement être désigné clairement, la corruption et les ambitions brouillant un peu plus encore des cartes déjà bien mélangées. Intéressant aussi l'analyse plaçant Al Qaïda du côté des has-been et Daesh plus branché pour les apprentis djihadistes. La foi se mesure à l'aune des techniques de communication sur les médias et le bruit que l'on y fait, ces deux structures se tirant la bourre pour attirer du personnel, c'est admirablement décrit et raconté.

Écrit bien évidemment bien avant les attentats de janvier dernier, La Filière Afghane a un côté prémonitoire dont l'auteur s'explique en préambule. Pierre Pouchairet a certainement l'expérience nécessaire pour sentir les coups et avoir la prescience du possible, jusque dans la coopération inédite du GIGN et du RAID qui aura bien lieu. Les malfrats sont moins caractérisés qu'avant, plus rien ne sépare vraiment jihadistes et dealers, réseaux terroristes et mafias de la came, les affaires n'en sont que plus intéressantes, pour nous lecteurs s'entend...

Une fin digne d'un blockbuster, indécise, tragique et un roman qui vous tiendra en haleine à chaque ligne, le tout saupoudré de bien des informations essentielles à la compréhension de ce qui se joue aux confins des zones tribales, pour son deuxième polar Pierre Pouchairet a fait très fort


Notice bio

Pierre POUCHAIRET est né en 1957. Il a été commandant de la police nationale puis chef d’un groupe luttant contre le trafic de stupéfiant à Nice, Grenoble ou Versailles… Il fût également à plusieurs reprises en poste dans des ambassades, a représenté la police française au Liban, en Turquie, a été attaché de sécurité intérieure à Kaboul puis au Kazakhstan. Aujourd’hui à la retraite, il vit à Jérusalem. Il a publié en 2013 un livre témoignage Des flics français à Kaboul et Coke d’Azur en 2014, la même année que son premier polar, UNE TERRE PAS SI SAINTE éditée également par Jigal Polar et dont je vous avais dit tout le bien que j'en pensais.


La musique du livre

Pas mal de musique pop/rock, en tête de partie ou dans le cours du livre, c'est une très bonne chose.
Le Boss pour commencer, Bruce Springsteen et Empty Sky, histoire de mettre le ton, suivi par Bob Dylan et With God on our Side.

Gabin écoute Robert Plant pendant que son avion se pose à Kaboul, Rainbow. Pour finir, un train tient la vedette involontairement de cette histoire de fous, le même Gabin se passe Blue Train de John Coltrane.

La Filière Afghane – Pierre Pouchairet – Jigal Polar – 267 p. mai 2015

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