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Chronique Livre : La mort du scorpion de Maurice Gouiran

Chronique Livre : La mort du scorpion de Maurice Gouiran sur Quatre Sans Quatre

illustration : Port de Marseille (détail) par Albert Marquet (Wikipédia)

L'extrait

« J'ai passé trente ans de ma vie à dénicher et à raconter les saloperies que les hommes inventent pour faire chier leurs voisins ou tous ceux qui ne sont pas – ou qui ne pense pas – exactement comme eux. Pourtant, le spectacle de ces jeunes gens froidement exécutés dans une clairière paisible m'a refilé la gerbe. Emma prétend que je suis trop sensible, mais elle aussi, malgré son look un peu satanique et sa froideur affichée, n'en menait pas large lorsque les dernières images ont disparu de l'écran. » (Clovis)


Le pitch

Tout commence par une vidéo bien immonde qu'Emma, sa maîtresse à temps partiel et flic de son état, vient faire visionner à Clovis Narigou, journaliste à la retraite dans un mas proche de Marseille. Une suite insoutenable de tortures s'y déroule et le corps du supplicié a été retrouvé dans une calanque proche du domicile de Clovis.

Joignant l'utile à l'agréable, l'ex journaliste et la jeune policière vont se lancer sur la piste du ou des bourreaux et pénétrer une suite d'univers apparemment très éloignés et sans rapport entre eux mais qui vont vite se révéler étroitement imbriqués. Des univers générant des sommes monstrueuses servant des buts du même tonneau

De la somptueuse demeure inquiétante d'un ancien de la french connection servant d'atelier à Jad, peintre à la cote ascendante et ami de Clovis à l'ignoble guerre des Balkans, il n'y a finalement qu'un pas ou qu'un coup de pinceau. De troubles personnages, comtesse hongroise ou faussaire de génie peuplent les salons feutrés de Christie's ou les superbes calanques de Marseille, il va falloir que Clovis risque sa peau plus d'une fois pour dénouer cette intrigue et faire cesser un juteux trafic mortel.


L'avis de Quatre Sans Quatre

C'est un grand plaisir de retrouver Clovis dont j'avais déjà suivi les aventures passionnantes dans L'hiver des enfants volés (Jigal Polar). Les ressorts sont les mêmes, ils sont ici tout aussi efficaces. Une femme aimée vient chercher son aide et entraîne l'ancien journaliste dans une enquête aux apparences banales qui va révéler des horreurs bien dégueulasses comme seuls les hommes aux certitudes absolues sont capables d'en commettre.

Maurice Gouiran a l'art des histoires gigognes, il nous amène du particulier au général comme on suit un raisonnement compliqué, par étape, par l'enclenchement d'engrenages obscurs qui révèlent, sous sa plume, des mécanismes lumineux. Il en faut du talent pour, sans en avoir l'air, dénoncer avec tant de force les turpitudes de nos sociétés et des hommes avides de pouvoir qui les peuplent sous les dehors divertissants d'une aventure policière.

La mort du Scorpion détricote les arcanes du marché de l'art - surtout l'art et la manière de faire grimper artificiellement la cote d'un peintre médiocre - et du trafic d'armes, les tartufferies de la chasse aux criminels de guerre en Serbie ou en Bosnie. Précis, argumenté, justifié et réellement agréable à lire, les polars de Gouiran expliquent le monde et ce n'est pas brillant !


Notice bio

Maurice Gouiran est né au Rove, près de Marseille, dans une famille de bergers. Il en a gardé une passion totale pour la rude nature des collines arides de son enfance, le respect de la culture populaire et de l'authenticité. Tombé amoureux de Marseille depuis le lycée, il obtiendra un doctorat en mathématiques et se lance dans l'aventure balbutiante de l'informatique début des années 70 après avoir vécu intensément les sixties. Il est devenu un des grands spécialistes des systèmes d'information sur les incendies de forêts et devient consultant pour l'ONU. Outre son activité d'auteur, ce roman est son 21ème, il enseigne à la fac de journalisme, se passionne pour la peinture, la poésie, le sport et l'histoire taboue du XXème siècle qu'il relate dans ses polars engagés et documentés.


La musique du livre

Les p'tits bruns et les grands blonds de Claude Nougaro qui vient à l'esprit de Clovis dans un des moments particulièrement dangereux pour lui en ouverture suivi des Bateliers de la Volga par les Choeurs de l'Armée Rouge évoqués par Monsieur Sacha, un faux russe très dangereux.

Carole Samaha dont Houdoudy el sama passe au Jingle, un bistrot important dans l'enquête et on termine avec Mon p'tit loup de Pierre Perret qui arrive dans un moment particulièrement dramatique à la toute fin du livre...

La mort du scorpion – Maurice Gouiran – Jigal Polar poche – 270 p. septembre 2014

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