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Chronique Livre :
LA PROMESSE de Tony Cavanaugh

Chronique Livre : LA PROMESSE de Tony Cavanaugh sur Quatre Sans Quatre

Le pitch

Ex-flic des homicides à Melbourne, Darian Richards a laissé derrière lui un cortège de vies anéanties, de familles en deuil, de réponses impossibles à donner. Épuisé par cette litanie de souffrances, il a pris une retraite solitaire dans le Queensland, loin des villes et de leurs turpitudes.

Mais les démons sont partout. Et dans la région, depuis quelques mois, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces. La police locale parle de fugues. C’est en général ce qu’on dit quand on ne retrouve pas les corps, Darian le sait, mais il ne veut plus s’en mêler.

Ce n’est plus son histoire. Et pourtant… malgré la promesse qu’il s’est faite de se tenir éloigné des tragédies, l’idée de laisser toutes ces familles sans réponses le hante. Aussi décide-t-il de prendre les choses en main. Mais à sa façon cette fois, sans s’encombrer du protocole. Il est loin d’imaginer ce qui l’attend.


L'extrait

« Ce n'était pas cool. Je ne restais jamais dîner ; c'était même devenu une constante dans notre amitié : « Reste dîner », et invariablement ma réponse : « La prochaine fois. » Ça se passait comme ça entre nous. Il n'était pas tout à fait sincère parce que sa petite amie ne m'apprécie pas trop, et je ne l'étais pas parce que je n'aime pas dîner chez les gens.
Je préfère que ma vie soit simple et discrète, sans distraction. Ce qui me conduit, à ma plus grande joie, à l'exclusion des autres. Dans la région, on aime bien parler des habitudes des poissons dans la rivière, de la forme des nuages ou, le pire du pire, des bébés qui grandissent et à quel point c'est merveilleux. Ne vous méprenez pas ; j'ai consacré ma vie à la protection de mes contemporains. Je n'ai simplement pas envie de devoir leur parler. J'apprécie les écrits, les chansons, les poèmes et les pensées de certains humains – morts pour la plupart -, mais pas la fréquentation assidue de mes congénères. Casey était une des rares exceptions.
Il reprit la parole avec prudence.
- Maria rentre à 6 heures.
Maria était sa copine, brigadier rattachée au service d'enquête criminelle de Noosa. Sa beauté sidérante n'avait d'égale que sa popularité au sein du poste de police ; elle était aussi très intelligente. Les garçons lui disaient des trucs. Pour impressionner la jolie fille. D'une manière générale, les flics masculins sont cons. Certains sont lourds, d'autres, vous rongent l'existence. La plupart sont juste cons. Les femmes flics, elles, ne sont pas connes du tout. » (p. 20-21)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Darian Richards, retenez bien ce nom, tous les assassins d'Australie vont en faire autant, avant de disparaître... Après avoir résolu L'affaire Isobel Vine (Sonatine 2017), ce ex chef des Homicides de Melbourne, a quitté son poste et coule des jours tranquilles sur la Sunshine Coast à Noosa. Il y vit en ermite, misanthrope par expérience et par goût, l'absence de voisin ou d'amis le ravit. Par contre, les six jeunes filles disparues dans la région, en peu de temps, retiennent son attention et le pousse à sortir de sa retraite pour mener sa propre enquête. Le sort de ces jeunes filles mais également, surtout, la promesse qu'il a faite à une mère de victime, et il ne renie jamais un engagement. Pas dans le but d'arrêter le ou les coupables, Darian n'en est plus là, il élimine purement et simplement les criminels du tableau une bonne fois pour toute.

La comparaison avec le Harry Bosch de Michael Connelly est frappante, la même conviction que chaque victime mérite une attention identique, la même obstination et le même talent pour remonter des pistes froides comme la glace, mais il faudrait ajouter au flic de Los Angeles quelques gènes de Dexter Morgan pour avoir une idée de qui est Darian Richards. De flic intègre, il s'est mué en justicier, se chargeant de combler les failles du système judiciaire australien. Les criminels échappant à un procès ou une lourde condamnation pour vice de forme, ou grâce à la rouerie de leurs avocats, les récidivistes impénitents ? C'est pour lui. Ceux que la police ne parvient pas à coincer ? Pour lui aussi. Une seule sentence, la mort !

Darian enquête dans l'ombre, dans les zones troubles du Net, aidé en cela par Isoceles, un geek de génie, et doit se garder autant des flics de Noosa que de ceux qu'il traque. En plus de son informaticien hors norme, Darian peut compter sur Casey, son seul ami, ancien patron de boîte de strip-tease, et il va, peu à peu, convaincre la compagne de celui-ci, Maria, une policière du comté de se joindre à lui dans ses investigations. Parce que Richards est contagieux, il a senti en Maria une part d'ombre et une volonté de punir semblables aux siennes. Fin connaisseur de l'espèce humaine, il ne s'est pas trompé et la jeune femme s'engage à ses côtés, malgré les risques que cela représente pour elle qui travaille au quotidien dans un commissariat corrompu.

Les flics locaux ne se cassent pas trop la tête : pas de corps retrouvé, pas de victime. Les disparitions signalées par les familles sont classées au rayon fugue et l'on en parle plus. Leurs petits trafics les importent plus que des gamines voulant fuir la paisible Noosa. Avant de vous embarquer avec Darian Richards, sachez que vous partez pour un voyage dans le plus noir de l'âme humaine, celle des bourreaux, bien sûr, mais également de Darian qui ne fait plus de cadeau à quiconque depuis longtemps. Un brin manipulateur, il n'hésitera pas à utiliser Maria pour parvenir à ses fins dans une enquête à hauts risques, truffée des pièges d'un assassin maléfique, de courses-poursuites de fous - en bateaux dans l'obscurité -, des mille ruses nécessaires pour tromper les forces de l'ordre officielles qui gênent autant qu'elles le peuvent Darian et tente de contrôler Maria... Bref, du très grand polar d'action et un anti-héros aussi sombre que les criminels qu'il poursuit.

Pour faire vivre ce scénario, l'auteur, en plus de Richards, met en scène un psychopathe de compétition, un de ces êtres dépourvu d'empathie, s'imaginant supérieur à la moyenne et multipliant les provocations, enfermé dans la certitude absolue de son invincibilité. Remarquablement bien incarné et décrit dans sa redoutable déraison et ses fantasmes les plus secrets. L'irruption de Darian dans son paysage le conduit rapidement à transformer cette affaire en un duel délirant avec celui qu'il considère comme son seul adversaire. Un choc terrible qui ne pourra s'achever que sur une erreur de l'un ou de l'autre, après d'innombrables péripéties propres à faire monter la tension artérielle d'un agonisant.

Maria, quant à elle, flirte avec les ténèbres, Darian sent qu'elle est faite pour, et manœuvre afin de l'encourager à y pénétrer. Isolée dans son commissariat, où son chef, Adam Cross, dit le Gros, est bien décidé à en faire le moins possible. Excepté pour couvrir certains de ses hommes et lui-même, coupables de bien vilaines choses ayant nuit à l'enquête et de les avoir dissimuler...

Tony Cavanaugh avait fait une entrée fracassante dans le monde du polar avec L'affaire Isobel Vine, il confirme avec La promesse qu'il est un très grand écrivain, un talent rare pour mener une intrigue par les chemins les plus tortueux et faire vibrer son lecteur au gré des nombreux rebondissements. Darian Richards rejoint les très grands, Hole et Bosch, mais sait s'en démarquer en franchissant les dernières lignes jaunes qui font de ses illustres collègues encore des policiers.

Un remarquable polar hard boiled, noir de noir, sans quartier, fait pas bon d'être un assassin au pays des kangourous...


Notice bio

Tony Cavanaugh est romancier et scénariste, il a plus de trente ans d'expérience dans l'industrie du cinéma. Il vit à Melbourne. Après L’Affaire Isobel Vine (Sonatine Éditions, 2017), La Promesse est son deuxième roman publié en France.


La musique du livre

Outre la sélection ci-dessous : Jimi Hendrix – Hey Joe, Purple Haze, Linkin Park, Noël Coward, Erik Satie, The Doors – L.A. Woman...

Led Zeppelin – Stairway to Heaven

Steevie Ray Vaughan - Life By The Drop

Bob Dylan - Gotta Serve Somebody

R.E.M. - What's the Frequency, Kenneth ?

Jimi Hendrix – The Wind Cries mary

Neil Youg – Cortez the Killer


LA PROMESSE – Tony Cavanaugh – Sonatine Éditions – 421 p. avril 2018
Traduit de l'anglais (Australie) par Paul Benita

photo : Noosa (Australie)

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