Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
LE CRI de Nicolas Beuglet

Chronique Livre : LE CRI de Nicolas Beuglet sur Quatre Sans Quatre

photo : hôpital psychiatrique et barbelés (Pixabay)


Le pitch

De nos jours, à Oslo, la police est appelée en pleine nuit par le gardien de l'hôpital psychiatrique de Gaustad. Un des patients semble tout d'abord s'être suicidé en s'étranglant, puis est déclaré mort d'une crise cardiaque. L'inspectrice Sarah Geringën, fragilisée par une crise dans son couple, arrive dans une véritable cacophonie de témoignages contradictoires et sent que ce décès sera une énigme particulièrement retorse.

Personne ne connaît l'identité du patient, uniquement appelé 488 en raison de cicatrices formant de chiffre sur son front. Il était là depuis plus de trente ans sans, semble-t-il avoir laissé la moindre trace de son passé. Quelle est l'origine de cette cicatrice ? Pourquoi le patient a-t-il dessiné des milliers de symboles itératifs sur les murs de sa chambre ? Pourquoi un tel malaise dans l'équipe soignante à l'évocation de ce malade ? Chaque question en soulève d'autres, encore plus troublantes et inquiétantes...

Aidé d'un ex reporter de guerre, Christopher, Sarah, distante et secrète, va mener une enquête hallucinante qui la conduira de Paris à Londres, des mines du Minnesota à la lointaine île de l'Ascension jusqu'au hauteur du vieux Nice.

Des morts en pagaille, des prises d'otages, Sarah et Christopher vont courir après le temps, sous la menace d'individus sans pitié qui éliminent tous ceux qui ne leur sont pas utiles. EN fouillant des les dossiers de l'inévitable CIA, toujours là quand il y a une machination abominable, Sarah et le journaliste vont s'apercevoir qu'ils sont au prise avec un dossier totalement fou traitant de la vie après la mort !

Eux deux contre le reste du monde ou presque, les puissances de l'argent, la terrible agence de renseignement américaine, la mafia, les secrets d'état, Sarah et Christopher ont bien peu de chance de parvenir à sauver leurs peaux et celles de leurs proches. Chaque seconde compte !


L'extrait

« Sarah le salua d'un mouvement de tête et attendit qu'il poursuive. L'officier connaissait la réputation de l'inspectrice et ne fut pas étonné de son silence. Il savait aussi qu'elle ne s'embarrassait pas de politesses et attendait qu'on aille droit au but.
Il jeta un coup d'oeil en direction de l'hôtesse derrière l'accueil et parla à voix basse. À leurs côtés, le légiste tendit l'oreille.
- Donc, à 5h23 ce matin, on a reçu un appel d'Aymeric Grost, le gardien de nuit de l'hôpital. Il avait l'air nerveux et parlait de manière confuse. Il nous a expliqué qu'un de ses patients de l'asile s'était suicidé. Son directeur était injoignable, alors il avait pris la responsabilité de nous appeler. Quand on est arrivés, il avait l'air désolé. Il nous a expliqué qu'on était certainement venus pour rien. Que le patient était mort d'une simple crise cardiaque...
Sarah fronça les sourcils.
- Pourquoi avoir parlé de suicide alors ?
- En fait, il était dans la salle vidéo en train de surveiller les écrans. Et puis tout d'un coup, il a vu un des patients s'agripper le cou et se tortiller dans tous les sens jusqu'à ce qu'il arrête de bouger. Il a cherché à joindre les deux infirmiers de garde qui n'ont pas répondu, puis le directeur, injoignable lui aussi. Alors il appelé au commissariat et a décrit ce qu'il avait vu en disant qu'un patient venait de se suicider sous ses yeux. »


L'avis de Quatre Sans Quatre

Nicolas Beuglet est scénariste et cela se sent ! Ce roman est taillé comme un blockbuster, scène après scène, le film se déroule, implacable, et le lecteur ne peut que tourner la page pour voir la suite d'un scénario qui ne le laisse pas respirer une seconde. Une héroïne, apparemment froide et tout en contrôle, confrontée, loin de chez elle et sans son équipe, à une énigme qui la dépasse, se voit obligée de prendre sous son aile un Christopher, lequel va, en quelques jours, voir s'écrouler tout ce en quoi il croyait.

Sur un rythme de dingue, paragraphe après paragraphe, sans un temps mort ni une pause, l'auteur tisse son histoire autour d'un véritable fait historique : le projet MK Ultra, conduit par la CIA entre les années cinquante et soixante-dix. Le but de ces recherches ? Prendre le contrôle de l'esprit humain par diverses drogues, manipulations et artifices répugnants. En partie officiel et ouvert à la participation de volontaires, MK Ultra a eu des faces bien plus sombres et fit dépenser des centaines de millions de dollars de budget, dilapidés en pure perte. À l'arrêt du projet, avec l'arrivée de la commission d'enquête, certaines archives, les plus illégales sans doute, ont été détruites. C'est sur cette partie des arcanes enfouies du projet que ce thriller est bâti. Sur le plus sombre versant d'une réalité historique en elle-même glaçante.

Autant dire tout de suite que nos deux personnages principaux ne vont pas avoir des enfants de choeur à manoeuvrer. Ce patient anonyme, sans passé, sans famille va très vite se révéler le centre d'une intrigue hallucinante où Sarah et Christopher sont propulsés à la vitesse du son dans un labyrinthe d'énigmes aux parois infranchissables. Il va leur falloir pourtant chercher, et trouver, malgré toutes les embûches, rien ne leur sera épargné. Le journaliste va découvrir des vérités terrifiantes sur sa propre famille, l'inspectrice le secondera au péril de sa vie.

Un style survitaminé pour amener de la puissance aux images, des dialogues qui cartonnent, c'est du Die Hard genre road-movie avec un turbo en plus ! Mais la réflexion sur les pouvoirs démentiels accordés à des agences n'ayant pratiquement de comptes à rendre à personne n'est pas absente, loin de là. La guerre froide a eu bon dos dans ces années d'après-guerre, comme le terrorisme aujourd'hui qui permet de faire passer les lois les plus liberticides. À cette époque, où les deux parties jouaient tout de même avec de quoi faire sauter des dizaines de fois la planète, il n'est pas surprenant que les agents des deux camps se soient crus autorisés à ne plus tenir compte d'aucune éthique ni morale. Les apprentis-sorciers de tous bords ont profité de l'opportunité pour faire financer les projets les plus fous et les plus inquiétants, souvent pour le plus grands bénéfices de compagnies privées.

Bien sûr, qui dit CIA, dit États-Unis et les dingues de dieu ne sont jamais très loin. Ils rôdent, associent sans vergogne profits démentiels et « recherches scientifiques » dans le plus parfait mépris de la vie humaine puisque l'objectif est divin. Le Cri parle des ces hommes qui ont dépassé toutes les limites admissibles dans une quête métaphysique. Des scientifiques qui pensaient trouver le graal, l'alpha et l'omega de la vie.

Il n'y a donc pas que l'aspect thriller ébouriffant, le hurlement du patient 488 dépasse le simple effroi et se prolonge d'une véritable pensée sur l'origine de la vie, de la pensée, des différentes évolutions du cerveau humain et de sa formidable puissance. En partant du Big Bang, de la naissance des bactéries à la survie de l'esprit après la mort, il n'y a pas à dire, la palette est large, Le Cri s'emploie à la présenter sur un tempo trépidant et un suspense qui ne se délite pas.

Un thriller intelligent sur une intrigue ahurissante basée sur un fait historique et terrifiant, la CIA n'a pas fini de nous surprendre dans l'abominable...et Nicolas Beuglet non plus s'il continue à écrire de la sorte, mais pour le meilleur, lui !


Notice bio

Nicolas Beuglet a 42 ans. Après quinze ans passés chez M6, il a choisi de se consacrer à l'écriture de scénarios et de romans. Il vit à Boulogne-Billancourt avec sa femme et ses deux filles.


La musique du livre

Les techniciens qui montent les installations secrètes écoutent de la musique, d'époque, évidement. La radio passe Les Beatles, Lucy in the Sky with Diamonds, ou bien Led Zeppelin, Whole Lotta Love, Deep Purple, Child in Time.

Ou les Doors, seul titre identifié du livre, Waiting fot the Sun, avec la Nocturne N°1 en si bémol mineur de Frédéric Chopin entendu sur sa chaîne hi-fi par un puissant personnage...

LE CRI – Nicolas Beuglet – XO Éditions – 491 p. septembre 2016

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