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Chronique Livre :
LE MAGE DE L'HÔTEL ROYAL de Naïri Nahapétian

Chronique Livre : LE MAGE DE L'HÔTEL ROYAL de Naïri Nahapétian sur Quatre Sans Quatre

Illustration : L'Escamoteur (détail) - Jérôme Bosch (Wikipédia)


Le pitch

Le mage Farzadi est venu à Thonon-les-Bains pour une série de représentations. L'artiste iranien est retrouvé assassiné dans sa chambre d'un luxueux hôtel qui borde le lac Léman. Les suspects ne manquent pas, il avait eu de la visite juste avant son décès, un mystérieux journaliste et une jeune femme aux cuissardes qui ne sont pas passées inaperçues.

Farzadi n'était-il qu'un illusionniste de cabaret ? Les négociations sur le nucléaire iraniens sont entamées, il a peut-être été victime d'une des factions du régime ou des opposants réfugiés en Europe ou de la CIA ? Florence Nakash, plus tellement en odeur de sainteté depuis l'affaire.... (Un Agent nommé Parviz) va enquêter pour la DGSE. De Paris à Téhéran, elle essaiera de retracer le parcours du mage qui a laissé derrière lui un étrange traité d'alchimie qui recèle, pense-t-elle, une partie de la solution.

Le fantôme de Parviz parviendra-t-il à venir en aide à Florence qui va, à son habitude, se servir de ses connaissances de la culture iranienne pour poursuivre ses investigations entre Paris, Thonon-les-Bains et Téhéran ?


L'extrait

« Les caméras de vidéosurveillance révélèrent que l'Iranienne aux longues cuissardes s'était garée sur le parking, avant de se diriger d'un pas assuré vers le spa. D'après les membres du personnel, elle n'y avait bénéficié d'aucun soin, n'avait pas pris de rendez-vous, se contentant de se munir d'une brochure qu'elle fit mine de parcourir sur la pelouse. Puis elle était revenue dans le hall afin d'emprunter l'escalier avec naturel.
« Elle a quitté l'hôtel trois minutes à peine avant que le dénommé Hafez ne frappe à la porte de la suite 417 », remarque Godard.
La jeune femme portait alors un tout petit sac, très féminin, sur son épaule, qui n'était pas de taille à contenir un ordinateur portable. Elle paraissait pressée sur les images, nerveuse en prenant le volant de sa voiture sur le parking. Avait-elle refermé la porte en quittant la chambre ? Ou bien l'avait-elle laissée entrouverte ? Les images ne permettaient pas de le dire, tant elle manipulait celle-ci avec précaution. »


L'avis de Quatre Sans Quatre

Quel plaisir de retrouver Parviz, l'agent secret, mort, le plus présent de toute la littérature ! Toujours cette écriture agréable et souple qui peut entraîner le lecteur dans l'action ou dans le suspense, tout en distillant une forme de poésie aux subtils parfums d'Orient. Pourtant ce n'est pas simple d'introduire une touche de beauté dans ce récit où Florence Nakash tombe sur un panier de crabe nonchalamment mêlé à un nid de vipères sur les rives apaisantes du lac Léman. On a un peu l'impression de suivre un jeu de bonneteau où il faut en même temps trouver sous quel gobelet est la bille mais avec, en plus, une meneur de jeu qui changeant à chaque instant, un sacré exercice !

L'intrigue est de taille : pourquoi un mage iranien, passionné d'alchimie, ets-il invité en Europe, pile au moment de l'ouverture de négociations internationales capitales sur le nucléaire, est empoisonné ? Il a pu être tout bêtement victime d'un crime crapuleux, d'agents secrets aux origines indéterminées, de luttes obscures entre les dizaines de factions du pouvoir de Téhéran, autant dire une infinité de pistes à remonter. Des directions possibles pour l'enquête qui, en passant, nous apprennent une foule de choses sur un dossier éminemment complexe ne répondant pas, bien évidemment, au traditionnel et très réducteur manichéisme couramment utilisé pour traiter ce sujet. Et il y a, en toile de fond, l'Iran et la vie à Téhéran qui n'est pas aussi lisse que le laisse penser le peu d'images que nous en percevons. Le jeu entre les divers courants et l'esprit d'indépendance des Iraniens qui parviennent toujours à contourner la terrible loi islamique.

Parviz est partout et nulle part, une ombre dans les pas de Florence, une sorte d'ange gardien malicieux. Elle tente de penser comme lui, de se souvenir de ses leçons, de sa façon d'appréhender les enquêtes. Reléguée aux affaires relatives aux étrangers assassinés en France, Elle n'a plus le soutien des renseignements et doit être encore plus rusée que de coutume. Il n'y a pas que Farzadi qui pratique l'illusion, l'ensemble des acteurs de ce polar sont des maîtres de la dissimulation et des tours de passe-passe, de la trahison, du faux-semblant de compétition, il faut avoir l'oeil et garder la tête froide pour déjouer les pièges. Malheur aux pions, qui ne sont là que pour détourner l'attention, ils disparaissent dès qu'ils ne servent plus.

Un excellent roman d'espionnage et un très beau récit, tout en subtilité, maitrisé, sur les multiples jeux de dupes qui agitent le milieu du renseignement. À cela s'ajoute la belle découverte d'un pays au centre de l'actualité mais dont on sait finalement peu de choses. Une remarquable suite d'Un Agent Nommé Parviz (éditions de l'aube 2015).


Notice bio

Naïri Nahapétian est née en 1970 dans une famille arménienne à Téhéran, ville qu'elle a quittée en 1980 après la révolution islamique sans pouvoir y retourner durant quinze ans. Elle a ensuite fait de nombreux reportages en Iran (Politis, Charlie-Hebdo, Arabies...) avant de commencer à travailler il y a dix ans comme journaliste au sein de la rédaction d'Alternatives économiques. Elle est l'auteure de six ouvrages dont quatre polars, Qui a tué l'ayatollah Kanuni ? (Liana Levi 2009), Dernier refrain à Ispahan (Liana Levi, 2012), traduit en plusieurs langues et repris en Point-Policier et Un agent nommé Parviz (Éditions de l'aube 2015) ainsi donc que Le mage de l'hôtel Royal.


La musique du livre

Un seul titre, mais vous avez les paroles de la chanson dans le récit. Et il n'y a aucun rapport avec l'Iran, c'est Alexis HK, Le Ringard.

LE MAGE DE L'HÔTEL ROYAL – Naïri Nahapétian – Éditions de l'aube – 187 p. mars 2016

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