Quatre Sans Quatre

Chroniques Des Polars et des Notes Fiction Top 10 Recherche

Chronique Livre :
LE SEMEUR DE MORT de Patrick Guillain

Chronique Livre : LE SEMEUR DE MORT de Patrick Guillain sur Quatre Sans Quatre

Quatre Sans Quatrième... de couv...

"C'est la mort noire ! C'est la peste ! "

Sorti de nulle part, le fléau des civilisations se répand à nouveau dans les rues de Paris. Les malades, puis les morts, se multiplient dans la capitale.

La jeune médecin de l'InVS, l'atypique Maud Bordet, est en première ligne. Assistée du jeune chercheur Samuel Laveran et des experts du laboratoire de recherche sur la peste de l'institut Pasteur, elle mène une course vertigineuse contre l'épidémie mortelle. Mais rapidement, des difficultés inattendues et des incohérences font naître des doutes dans la cellule de crise dirigée par Maud.

Et si cette maladie incontrôlable cachait quelque chose d'autre ? Et si cette épidémie n'était pas naturelle ? Loin du registre apocalyptique, ce polar au rythme effréné nous plonge au coeur du terrorisme bactériologique.


L'extrait

«  Maintenant qu’il y fait un peu plus attention, Marc se rend compte que de nombreux habitants du camp semblent malades. Bien sûr, les gens qui vivent dans de telles conditions ont toujours mauvaise mine, mais là, une femme paraît fiévreuse, somnolente malgré l’air frais. Tout ce camp est beaucoup trop calme ; même les enfants sont amorphes.
« Adjudant Moron, dit Marc, je crois qu’il va falloir faire venir un médecin ici. Ces gens n’ont pas l’air en forme. »
L’adjudant conduit les deux ambulanciers vers la caravane que garde son collègue. Le second gendarme est plus jeune, et blême. Marc peut lire la peur dans son regard. En posant la main sur la poignée de la porte, l’ambulancier a un mauvais pressentiment. Finalement, il aurait peut-être dû se reconvertir comme chauffeur de taxi ; les horaires ne sont pas nécessairement pires et, à moins de malchance, il n’aurait plus à croiser de cadavre. En ouvrant la porte, l’odeur de décomposition et d’excréments le prend à la gorge, mais rien n’aurait pu le préparer à la vision de la scène. Une flaque de sang est répandue par terre et les mouches bourdonnent tout autour. En s’approchant du corps allongé sur le lit, une expression d’horreur et de dégoût se peint sur le visage de Marc. La langue sombre et gonflée du mort sort de la bouche d’un visage à moitié noir charbon. Les mains du cadavre sont d’un noir similaire, qui remonte jusqu’au coude. Marc se retourne vers son collègue, le coeur battant à cent à l’heure :
« Ramène les masques et mets tes gants ! Et préviens l’hôpital ! C’est la Mort Noire ! C’est la peste ! » » (p.13-14)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Après Pars vite et reviens tard de Fred Vargas, qui traitait déjà du sujet mais sur un mode un peu différent, voici le grand retour de la Mort noire dans un thriller, bien plus scientifique celui-là, et donc encore plus flippant. La peste se répand dans Paris, pas à la vitesse de l’éclair, mais suffisamment vite pour inquiéter les autorités. Un camp de Roms infecté, d’où part l’enquête, puis un jeune homme qui n’a aucun lien avec les personnes atteintes, puis, les moyens modernes de transport aidant, des villes de province... Petite particularité du bacille responsable de l’épidémie : il est résistant à tous les antibiotiques et autres méthodes de traitement connus. Pour sa première affaire d’importance, le docteur Maud Bordet n’est pas gâtée. Elle est enquêtrice à l’InVS, l’Institut national de Veille sanitaire, l’agence chargée des crises épidémiques en France.

Maud Bordet est atypique, cheveux rouges, aimant le metal - la musique, pas la ferraille -, elle met une énergie débordante au service de son travail, choisi parce qu’elle ne supportait plus d’exercer la médecine et d’être impuissante devant la perte de ses patients. En collaboration avec Samuel Laveran, un chercheur du laboratoire dédié à la peste au sein de l’institut Pasteur, elle va tenter de remonter la piste de la bactérie afin de connaître le patient zéro, le premier infecté, son mode de contamination et les raison de la résistance du bacille aux médicaments, sans oublier d’essayer de trouver une parade permettant de proposer une thérapeutique aux malades hospitalisés.

Du côté de la police, ce sera le capitaine Gérard Nicolle et son adjoint, le lieutenant Alimi, de la DCRI qui mèneront les investigations. La piste terroriste est de plus en plus plausible puisque la bactérie a été modifiée afin de devenir invulnérable aux antibiotiques. Le labo du professeur Bernard Guidot, surnommé le Dragon - non sans raison - par ses employés, va servir de centre opérationnel, c’est là que vont aboutir toutes les informations et les prélèvements pouvant mener à la source de l’épidémie. On pourrait croire que la lutte du bien contre le mal a débuté et que les rôles sont déjà définis. Sauf que tous les chercheurs possèdent leur propre zone d’ombre, sauf que des relations plus qu’amicales vont se nouer faisant perdre peut-être à Maud un peu de lucidité, ça, la fatigue des journées de vingt-quatre heures et les déplacement aux quatre coins du pays pour diagnostiquer de nouveaux cas suspects.

Sans rien omettre de l’aspect scientifique de son intrigue, Patrick Guillain livre pourtant un thriller survitaminé où la lutte contre l’ennemi quasi invisible, sauf pour les experts, insaisissable et rétif aux médications, se doublent d’une course-poursuite à l’aveugle contre celui, celle ou ceux qui le répandent. On fouille dans l’ADN, l’ARN, les souches connues, on envisage celles qui sont restées secrètes parce qu’utilisées dans des armes interdites, bref de quoi occuper à cent pour cent toutes les personnes mêlées à l’enquête et aux diverses tentatives de soins aux patients. Pour ne pas alourdir son récit de détails techniques, passionnants par ailleurs, l’auteur laisse le choix au lecteur de consulter les notes de bas de page explicitant les aspects scientifiques pointus de l’intrigue. Rien ne vous empêche de ne les consulter qu’après avoir achevé votre lecture afin de ne pas ralentir le rythme effréné des événements.

Maud s’acharne à sauver ceux qui peuvent l’être, fouine, travaille de son côté, Nicolle, après une attaque cardiaque qui l’a éloigné du terrain, retrouve avec bonheur les investigations et fait une nouvelle fois preuve de ses talents de chasseur, les chercheurs fouillent le monde complexe des gènes et des tripatouillages toxiques qu’il est désormais possible d’y effectuer. Les uns scrutent l’invisible, les autres arpentent le terrain, cherchent des connexions, un mobile, un schéma…

On entre dans l’univers impitoyable de la recherche, pire encore que celui de Dallas, où trahison, arnaques, manipulations, luttes de pouvoir, narcissisme, malveillance, un monde où tous les coups ou presque sont permis entraînant rancoeurs, haines et paranoïa. Une fois ce roman achevé, vous ne regarderez plus de la même manière celui qui tousse dans le métro ou le bus, croyez-moi !

À lire la fin du roman, il me semble bien que nous allons retrouver Maud, Samuel et Nicolle dans de prochaines aventures, ce sera avec un très grand plaisir !

Le semeur de mort, un thriller absolument passionnant, des personnages originaux et solides dans une intrigue intelligente et édifiante. Un parfait dosage entre la vulgarisation scientifique et le rythme d’une enquête captivante.


Notice bio

Patrick Guillain est un jeune microbiologiste spécialisé dans les maladies infectieuses. Son engagement dans la lutte contre les microbes les plus dangereux l'a amené à voyager à travers le monde. Le semeur de mort est son premier roman.


La musique du livre

Paradise Lost - Blood and Chaos

Theatre of Tragedy - Désintégration

The Lumineers - Sleep On The Floor


LE SEMEUR DE MORT – Patrick Guillain – Éditions de l'aube – collection l'aube Noire – 339 p. septembre 2018

photo : Un groupe de Yersina pestis au microscope - Wilipédia

Chronique Livre : AU COEUR DE LA FOLIE de Luca d’Andrea Chronique Livre : INEXORABLE de Claire Favan Quatre Sans Quatre : Actu #8 Août-septembre 2018