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Chronique Livre :
LES ASSASSINS de R.J. Ellory

Chronique Livre : LES ASSASSINS de R.J. Ellory sur Quatre Sans Quatre

 photo : une scène de crime en 1941 (Wikipédia)


Le pitch

Quatre meurtres en quinze jours, il n'y a pas là de quoi affoler la police de New-York. L'inspecteur Ray Irving hérite de deux de ces assassinats qui n'ont réellement rien qui puisse faire penser qu'un même individu se cache derrière. Certes, ce sont des morts particulièrement brutales mais la ressemblance s'arrête là.

C'est John Costello, enquêteur au City Herald pour la journaliste Karen Langley, qui va lever le lièvre. Il a lui-même échappé de peu à un serial killer à l'adolescence et est devenu une véritable encyclopédie criminelle, il sait tout des dates, des psychopathes et des victimes. L'article qu'il a permis à Karen d'écrire fait le lien entre les quatre événements : chacun a été commis à la date anniversaire d'un meurtre perpétré par un tueur en série célèbre avec un modus operandi similaire.

Irving et Costello vont ainsi parcourir toute l'histoire des grands assassins, des États-unis et d'ailleurs, afin d'espérer trouver quel sera le prochain meurtre et les caractéristiques possibles de la ou des victimes. Il va falloir faire vite, les cadavres s'accumulent, les pressions de la hiérarchie augmente et la multiplicité des pistes oblige à éparpiller les pauvres moyens mis à dispositon.

Les rues de New-York vont être le théâtre d'un duel tragique entre le tueur et ses chasseurs...


L'extrait

« « /.../ Je suis un inspecteur de la police de New-York. Je travaille dans cette maison depuis vingt ans. Je suis devenu inspecteur en 1997, monsieur Costello, je suis passé par les Mœurs, les Stups et à la Criminelle. J'ai vu plus de cadavres que vous ne pourriez l'imaginer, et je ne vous parle pas de sites Internet ou de photos dans le journal. Je ne vous parle pas d'un passe-temps qui donne aux gens l'impression de savoir ce qu'est le travail d'un policier...Non, je vous parle d'avoir vu, de très près, en chair et en os, ce que les gens peuvent faire de pire aux autres. Vous comprenez ? »
Costello voulut répondre.
« Je n'ai pas terminé, monsieur Costello. Vous avez écrit un article. D'accord, il n'a pas été publié par le journal mais il aurait pu l'être. Vous avez compris des choses concernant certains meurtres qui se sont déroulés au cours de ces dernières semaines. Vous avez reconstitué le puzzle. Vous avez fait passer les policiers de New-York pour une bande de connards demeurés tout juste capable de faire leurs lacets. J'arrive à mon bureau et vous avez la gentillesse de me refiler quelques pages sur une affaire dont je ne connaissais même pas l'existence, et on se retrouve ici à faire les malins. On boit un café ensemble en faisant les malins à propos de ce que je sais peut-être et de ce que vous pourriez éventuellement me dire. Je vous parle de la vraie vie, monsieur Costello. On est dans le réel ; tout ça est très, très réel. Et ces derniers temps ma patience est assez limitée... »


L'avis de Quatre Sans Quatre

Et de deux cette année pour RJ Ellory, un sacré millésime ! Après Papillon de Nuit, Les Assassins nous replonge dans son grand œuvre, la fresque d'une Amérique dans tous ses états, surtout les plus sanglants et sombres.

Paradoxalement, le coupable n'a que peu d'importance, il est là, il tue, il est malin et donne le prétexte à reprendre la vie des assassins célèbres. La grande affaire, ce sont les deux héros, Irving et Costello, si semblables, qui s'entraident comme ils peuvent, se soupçonnent et se reconnaissent l'un l'autre. Costello est un personnage énigmatique, secret, obsessionnel – il compte tout – sans aucune vie sociale. Ray Irving ne peut pas se vanter d'avoir beaucoup mieux de son côté. Ellory va s'amuser tout au long du roman de ce jeu de miroir, de la vacuité relationnelle de ses personnages, pour ciseler au final une fabuleux portrait de ces hommes. Ils tournent tous deux, à leur façon, autour de la journaliste qui sert d'axe à leur relation, le point fixe qui les ancre au réel, qui les rend vivants.

L'intrigue est forte, intelligente, un prétexte judicieux à passer en revue ces hommes qui suscitent autant d'horreur qu'ils se créent d'admirateurs. Perdu dans les dizaines de milliers de meurtres commis sur une année, les victimes de tueurs en série ne sont qu'une goutte d'eau dans un étang. Elles frappent pourtant beaucoup plus, médiatiquement, c'est sur ce paradoxe que ce polar est bâti. Plus dans la veine des Anonymes que des Neuf Cercles, c'est un excellent cru, une facette passionnante de cet auteur prolixe et talentueux.

Une ville fascinante pour décor, des personnages travaillés jusqu'à leurs limites, souvent même franchies, R.J. Ellory réussit le tour de force, sans renchérir dans l'horreur, ou requérir aux effets faciles, à livrer un fantastique portrait noir de l'Amérique et à disséquer minutieusement les ressorts qui animent ses personnages principaux. Une totale réussite ! John Costello restera dans la légende des grands héros de thrillers. L'apothéose finale est tissée depuis le tout début, elle en est la suite logique et, pourtant...

Un tour d'horizon du meurtre en série avec Mister Ellory, ça ne se refuse pas !


Notice bio

Roger Jon Ellory est né en 1965 à Birmingham. Il n'a pas connu son père, qui aurait été un voleur hollandais, et sa mère est décédée alors qu'il n'avait que 8 ans. Confié à sa grand-mère, celle-ci, de santé précaire, décide de le confier à l'orphelinat. C'est dans la bibliothèque de cette institution qu'il fera connaissance avec la littérature, il apprend également la trompette classique et jazz.

Après un bref séjour en prison pour vol, il monte un groupe de rock, The Manta Rays, où il jouera de la guitare. Vivant dans des conditions déplorables dans un studio qu'ils ont construit dans la maison de sa grand-mère, le batteur y décède d'une crise d'asthme. R. J. Ellory se tourne alors vers la littérature et publie son premier roman après plus de 120 refus.

Depuis 2008, avec Seul le Silence et Vendetta, tous les deux chez Sonatines, il enchaine des thrillers magnifiques au style unique qui font de lui un des plus grands écrivains du genre actuellement. À noter particulièrement, LES NEUF CERCLES et PAPILLON DE NUIT, premier roman de RJ Ellory publié qui vient d'être édité en France par la toute nouvelle collection Sonatine +.


La musique du livre

Retour au jazz pour l'auteur, un clin d'oeil aux grands classiques du noir ou pour l'atmosphère feutrée et un peu envoutante de cette musique...

Sauf une petite allusion à Chostakovitch et Mahler ainsi qu'à un groupe baptisé The Slut Killers dont je n'ai trouvé trace ???

Donc, jazz, et du bon : Miles Davis et Dave Brubeck pour So What, Dizzy Gillepsie et Slew Foot, Wynton Marsalis dans Jungle Blues...

Un clin d'oeil pour finir, Charlie Mingus, génial contrebassiste, The Clown, il y en a un dans l'histoire, particulièrement triste...

LES ASSASSINS – Roger Jon Ellory – Sonatines Éditions – 566 p. août 2015
Traduit de l'anglais par Clément Baude

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