Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
MALICIA de Leandro Ávalos Blacha

Chronique Livre : MALICIA de Leandro Ávalos Blacha sur Quatre Sans Quatre

photo : le Joker (Wikipédia)


Le pitch

Juan Carlos et Perla viennent de se marier. Accompagnés de Mauricio, « meilleur ami » mais surtout souffre-douleur de Juan Carlos, ils comptent passer leur lune de miel dans la station balnéaire de Carlos Paz, connue pour ses casinos et ses cabarets. Mais un tueur psychopathe sévit sur place, s'attaquant aux stars et aux danseuses. Perla, qui n'est ni l'une ni l'autre, sera sa prochaine cible...

Contre toute attente, elle survit à l'agression et, suite à cette expérience, décide de se lancer dans le showbiz. Mais c'est sans compter une troupe de nonnes satanistes qui ont de tout autres projets pour elle et son mari.

Le séjour à Carlos Paz ne sera décidément pas de tout repos !


L'extrait

« Le rideau se lève sur un nouveau décor. Des panneaux écaillés annoncent : « PARC AQUATIQUE », et des posters jaunis vantent des attractions démodées. Le lieu a pourtant un certain cachet, malgré son air abandonné. Certains aquariums contiennent des squelettes fluorescents, d'autres des piranhas, des carpes géantes et des anguilles électriques, le tout est bordé de lampes au néon.
Le Joker joué par Vilma Menta fait son entrée en riant aux éclats.
« Cette fois, je t'aurai, Batman ! crie-t-il en se frottant les mains. Aucune chance que tu t'en sortes, ni que tu sauves qui que ce soit. »
Sans cesser de rire, il traverse la scène et soulève un tissu, faisant apparaître Perla, bâillonnée par un foulard. La foule lâche un cri de surprise. La femme est couverte de chaînes et de gros cadenas que le Joker, en ricanant, s'emploie à fixer sur un câble relié à une scie circulaire menaçante.
« Et toi, qui va bien pouvoir te sauver, chérie ? Hein ? Qu'est-ce que tu en dis ? Ah, c'est vrai, tu ne peux pas parler ! Tant pis, je ferai les questions et les réponses : PERSONNE ! Personne, ma jolie, parce que si tu penses à Batman, pas de chance : regarde ! » »


L'avis de Quatre Sans Quatre

Malicia, c'est bien sûr l'histoire totalement hallucinée de cette lune de miel à Carlos Paz, où Perla et Juan Carlos se rendent en compagnie de Mauricio pour fêter dignement leur union et aller voir des comédies musicales dans les cabarets, sans oublier de tenter leur chances dans les divers casinos locaux. Mais c'est aussi une critique virulente de la société du spectacle permanent où nous vivons. Le tueur en série se transforme en attraction de foire, tout le monde veut en être, les victimes sont remplaçables à l'envie et importe assez peu. Show must go on et doit rapporter un max de fric, l'adage, un peu modifié mais à peine, justifie toutes les outrances, tous les cynismes, d'une satire qui les collectionne.

Voyage de noce complètement dingue dans une ville qui ne vit que pour le spectacle et le jeu, où tout n'est qu'illusion et masque, sauf le sang, bien réel, qui se répand en taches sombres autour des cadavres semés par le serial killer. Le cabaret où vont le jeune couple et Mauricio propose le show sur mesure pour la démesure, une comédie musicale ayant pour thème L'asile d'Arkham et son célèbre pensionnaire, le Joker.

Malicia pousse au bout les loufoqueries de notre société de l'information prête à se jeter sur tout ce qui bouge, pour peu qu'il y ait de l'audience à gratter sur le fumier des événements tragiques. Une experte médium, une gamine manipulée, un savant Cosinus pensant déceler l'origine extraterrestre de Perla, des bonnes sœurs diaboliques façon Rosemary's Baby... tout est dingue dans ce roman, mais tout fait sens aussi. Le lecteur attentif y retrouve son quotidien. C'est du pulp, du vrai, drôle, outré, mais l'original n'est jamais loin sous la caricature.

L'écriture est brillante, à paillettes, virevoltante, urgente, comme un torrent de montagne qui dévale un à-pic. Elle est stimulée par une musique de fête, de celle qui donne envie de bouger, jouée dans un décor kitch et clinquant, sous des sunlights éblouissants et les clameurs d'un public digne des jeux du cirque, excité par l'odeur du sang et les lames qui tranchent les chairs des jeunes danseuses, immédiatement remplaçables d'ailleurs. Blacha immerge son lecteur dans un univers de dessin animé, un monde où rien n'est vraiment impossible ni inconcevable, et il le fait avec un sacré talent !

Le rythme du récit rend à merveille la panique, la terreur suscitée par ce tueur qui rôde et frappe, mais la fascination morbide aussi qui transparaît dans l'intérêt des spectateurs et téléspectateurs. ET si tout cela n'était qu'un jeu ? Mais il y a le sang tout de même, et le reste... Quelle histoire !


Notice bio

Né à Quilmes en 1980, Leandro Ávalos Blacha a étudié la littérature à Buenos Aires. Ses inspirations sont l'écrivain Alberto Laiseca, qui l'a formé, et la culture pulp et pop. César Aira, Daniel Link et Alan Pauls ont attribué à l'unanimité le prix Indio Rico 2007 à son roman Berazachussett (Asphalte – 201), repris chez Folio SF en 2012. Leandro Ávalos Blachia a également publié Côté cour en 2014 et a participé au recueil Buenos Aires Noir en 2016.


La musique du livre

Même s'il y a largement de quoi se construire une excellente collection de musiques diverses dans le roman, la traditionnelle playlsit Asphalte est bien présente en fin d'ouvrage. On ouvre avec un de ces titres, présent dans le récit, Kiss - Detroit Rock City, et on poursuit par un échantillon de la sélection de l'auteur...

daniel melingo - Jack The Ripper

Babasónicos – Camarín

Los Espíritus - Vamos a la Luna -

Miss Bolivia - Ya Probé

Mater Suspiria Vision - Seduction of the Armageddon Witches


MALICIA – Leandro Ávalos Blachia – Asphalte Éditions – 198 p. novembre 2016
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Hélène Serrano

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