Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
MAUVAISE PRISE de Eoin Colfer

Chronique Livre : MAUVAISE PRISE de Eoin Colfer sur Quatre Sans Quatre

photo : Pixabay


Le pitch

L'ancien militaire Daniel McEvoy s'apprête à quitter le monde sans foi ni loi de la pègre du New Jersey pour se concentrer sur sa nouvelle vie de patron de club. Mais lorsqu'il se retrouve au fond de l'Hudson, enfermé dans un taxi de la mort, après avoir été kidnappé par deux flics qui comptaient faire de lui le héros d'un snuff-movie, il comprend qu'il n'en a pas fini avec les manigances et les vengeances des barons du crime de Cloisters.

Si Dan veut survivre, il devra échapper à des malfrats qui se trouvent des deux côtés de la loi, et retrouver sa tante qui lui avait jadis tout appris sur l'art de caresser les filles.


L'extrait

« En général, je ne suis pas effondré en apprenant qu'une dame que je ne connais pas personnellement casse le grand ressort, même si c'est une Irlandaise. Mais ma propre sécurité dépend directement du fait que Mme Madden soit encore suffisamment vivante pour appeler son fils une fois par semaine.
Voilà de quoi il retourne : Mike Madden, le fils chéri, est le gros poisson de notre petite mare. Et par gros poisson, je veux vraiment parler du plus féroce enfoiré de gangster de notre calme bourgade. Mike gère les affaires courantes depuis un club appelé le Brass Ring, sur Cloisters' strip. Il a une douzaine de gros bras avec beaucoup trop d'armes et pas assez de diplômes, tous ravis de se fendre la poire en écoutant les blagues irlandaises de Mike et avides de coller une raclée à quiconque s'avise de mettre la pagaille dans la machine Madden. Il est vraiment à se tordre de rire ce stupide Celte de pacotille avec son accent « aïriche » directement sorti de L'homme tranquille. J'ai rencontré pas mal de types comme lui, des seigneurs de guerre locaux ivres de pouvoir qui confondaient lucidité et brutalité, mais qui ne gardaient jamais leur couronne bien longtemps. Le caïd suivant arrivait toujours avec de l'aigreur plein le ventre et un AK sous la veste. Mais Mike était tombé sur un chouette coin ici à Cloisters, trop insignifiant pour que des hors-la-loi qui se respectent viennent y faire pleuvoir des cadavres. Il ne brassait pas autant de billets que d'autres caïds, mais il n'avait pas à livrer une guerre de territoire toutes les deux semaines. En plus, il pouvait discourir du matin au soir sans que personne n'ose même murmurer : Mais tu vas fermer ta putain de gueule ? » (p. 14)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Un polar d'allumé peuplé de personnages disjonctés !

Ce roman est la suite de Prise directe (Série Noire 2012), il peut être lu sans aucun problème sans connaître le premier volume.

Daniel McEvoy a échappé à la mort lorsqu'il était militaire au Liban. Il en a vu de dures, des trucs abominables, même si cette partie de sa vie lui a appris à se battre, ce qui lui a été bien utile lorsqu'il a regagné le New-Jersey. Par contre, il n'a pas les armes nécessaire pour contrer l'humour déplorable de son ami, le docteur Zebulon Kronski, surtout quand ce que Zeb lui annonce n'est pas une plaisanterie mais une terrible réalité. La mère de Mike Madden, la caïd local, loin d'être une lumière, que Daniel était chargé de surveiller comme le lait sur le feu a avalé son bulletin de naissance et celui-ci risque fort de péter un fusible ! L'ex soldat sait que c'est le début pour lui d'un avalanche d'emmerdes carabinées et variées.

De là à imaginer être kidnappé par des flics ripoux et se retrouver à jouer les acteurs pornos dans un snuff, il y a tout de même un pas de géant. C'est la première fois, je l'avoue, que je vois une victime d'enlèvement se sortir de ce mauvais pas armé de godemichés, comme quoi tout arrive dans la vie ! McEvoy, c'est un brave type, sanguin et dangereux, mais pas méchant, faut juste pas le prendre pour une poire, ni pour un pigeon, fut-il voyageur, c'est l'erreur que va faire Madden. Ça et ses blagues irlandaises pourries qui rivalisent en médiocrité avec l'humour juif de Zebulon, c'en est trop. Il y a des limites à ce qu'un homme peut supporter. Je sais, tout cela peut paraître un peu fouillis, mais ce n'est rien par rapport au torrent qui dévale sur la tronche de Daniel dès le début du bouquin. Il s'y découvre même une grand-mère par alliance, particulièrement bien roulée, qui le charge de retrouver sa tante chérie pour une vague histoire d'héritage. Chérie, ô combien, cette tante qui lui a personnellement appris à caresser des seins, en l'occurence les siens, quand il était ado. Ça crée des liens indéfectibles ce genre d'apprentissage, même si la tantine en question a viré toxico, alcoolo et avale, sniffe ou autre, absolument tout ce qui peut passer comme produits psychotropes.

Mauvaise prise, vous serez au courant, c'est de l'humour de stand up de très grande qualité, du bien noir qui laisse des traces de suie là où il se dépose. Plus dans le style Louie C.K., du qui déménage sans laisser respirer. Ça part dans tous les sens comme dans un vaudeville, sauf que ce sont plutôt les baffes et les balles qui claquent au lieu des portes. Parce que oui, y a de la baston, de grosses intrigues bien glauques, tout l'arsenal du polar de base arrangé avec une fantaisie efficace et réjouissante. C'est la sauce répandue généreusement par Eoin Colfer qui fait la différence et elle est d'une très grande qualité. L'auteur s'amuse et nous aussi, il dézingue les codes, les reformate, les assaisonne de références cinématographies, télévisuelles ou musicales, dans une sarabande ébouriffante. Il frôle parfois la caricature, n'y tombe jamais, et ce n'est pas une mince affaire lorsqu'on maltraite ainsi tous les poncifs.

La trahison est la règle essentielle du livre, tout le monde s'y livre avec plus ou moins de bonheur ou de brio, et, bien évidemment, tombe le plus souvent sur plus traître ou plus habile que lui ou elle. Daniel, c'est l'archétype du mec qui pare les coups tombant de tous côtés sans omettre ses propres intérêts, le chevalier blanc filou s'amusant des faibles qualités intellectuelles de son adversaire irlandais tout en se méfiant de sa puissance de feu, la seconde mal contrôlée par les premières pouvant se révéler redoutables tout de même.

Des dialogues de haute précision, traversés de traits d'humour intelligent et de balles traçantes. Mauvaise prise, c'est de l'alternatif, action, stratégie, négociations, trahison, et on remet ça jusqu'à la résolution finale, dans un sens ou dans l'autre. McEvoy ne doit espérer aucun repos, même sa grand-mère au raccroc se révèlera redoutable. Un mot sur la traduction, remarquable, qui ne doit pas être une promenade de santé. C'est Sébastien Raizer qui s'y est collé, l'auteur de L'alignements des équinoxes et de Sagittarius – Série Noire tous les deux - dont j'attends avec impatience, s'il y a moyen de râler un peu, le troisième opus pour clore cette trilogie de L'alignement. (Fin du volet amicalement revendicatif), il a, à l'évidence, autant de talent pour la traduction de romans noirs iconoclastes que pour l'écriture de thrillers apocalyptiques.

Foncez sur Mauvaise prise, c'est un polar électrique qui va vous brancher !


Notice bio

Eoin (prononcer Owen) Colfer est né le 14 mai 1965 à Wexford, en Irlande et y vit toujours. Enseignant comme l'étaient ses parents, il vit avec sa femme Jackie et ses deux fils dans sa ville natale. Grand voyageur, il a travaillé en Arabie Saoudite, en Tunisie et en Italie, avant de revenir en Irlande. Avant la publication de la suite Artemis Fowl, Eoin Colfer avait déjà publié plusieurs livres pour les moins de dix ans et c'était un auteur pour la jeunesse reconnu dans son pays. Doté d'un grand sens de l'humour, il a également prouvé ses talents de comédien dans un one man show. Ses inspirations sont multiples et hétéroclites: de James Bond à la mythologie celte, en passant par Batman, Conan Doyle ou La Guerre des étoiles.


La musique du livre

Miami Sound Machine – Dr Beat

U2 – In the Name of Love

Billy Ocean - When the going gets tough, the thoug get going

Marilyn Manson - Tainted Love

50 Cents - In Da Club

Survivor - Eye of Tiger


MAUVAISE PRISE – Eoin Colfer – éditions Gallimard – collection Série Noire – 318 p. avril 2017
Traduit de l'anglais (Irlande) par Sébastien Raizer

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