Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
Meurtres à la pause-déjeuner de Viola Veloce

Chronique Livre : Meurtres à la pause-déjeuner de Viola Veloce sur Quatre Sans Quatre

photo : Piazza del Duomo Milan ( Wikipédia)


L'extrait

« Ma collègue de bureau est vraiment un intolérable poids mort, elle ne peut parler que des recettes répugnantes qu'elle fait avaler tous les soirs à son fils et du fait qu'elle est impatiente de partir en vacances dans la maison qu'elle et son mari ont achetée il y a deux ans en Romagne, au milieu des marais et des moustiques.
Personne n'a envie d'écouter ses histoires sur ses modestes entreprises culinaires et sa maisonnette romagnole, sauf, semble-t-il, le malheureux à moustache, qui doit être plus malchanceux qu'elle s'il ne réussit pas à trouver de meilleure compagnie pour le déjeuner.
Je vois Serena plisser ses yeux de myope en direction du tableau noir pour vérifier s'il y a vraiment des fusillis à la jardinière et des escalopes. Son dada est le « pari-menu » : telle une Sybille des fourneaux, elle aime deviner les plats du jour. Elle pense être entrée dans la tête du cuisinier et avoir découvert les biorythmes obscurs qui règlent le cycle des menus, le temps du steak au romarin ou celui où le chef a décidé de décongeler du merlu. Et tous les matins à onze heures, ponctuelle comme la mort, elle annonce sa prophétie. »


Le pitch

Grand émoi pour Francesca Zanardelli, employée modèle d'une grande entreprise milanaise, elle découvre au retour de sa pause-déjeuner le cadavre de sa collègue Marinella Sereni dans les toilettes de son lieu de travail. Non pas que Marinella soit une amie, elle était incapable d'assumer la moindre tâche et d'un inintérêt parfait, mais elle occupait le bureau juste en face de Francesca. C'est un choc ! Et ce n'est que le début.

D'autres morts vont suivre, tous employés dans le même service que Francesca, Planification et Contrôle, la panique commence à gagner les rangs du personnel de « l'entreprise homicide » comme la surnomme les journaux. Son directeur, le terrible Vernini, essaie de reprendre en main ses chères « ressources », ainsi nomme-t-il ses subordonnés, en réorganisant les bureaux, minimisant les événements et organisant des stages d'optimisation bidons.

Le syndicat maison commence à donner de la voix et à demander une plus grande sécutité pour le personnel et des primes de risques. Francesca tente d'enquêter de son côté, infiltre le syndicat, fouine à droite et à gauche dans les méandres des services au grand agacement de la police.

Le plus grand défi de Francesca reste tout de même d'échapper à une mère hystérique exploitant le crime pour jouer la grande scène du deux et un père surprotecteur au petits soins pour son épouse et qui intrigue avec elle afin de trouver un mari à sa fille, presque de gré ou de force...


L'avis de Quatre Sans Quatre

Ce roman pourrait de prime abord n'être qu'une comédie italienne, bien écrite, vive, alerte avec une bonne intrigue de polar pour toile de fond. De prime abord seulement. Il contient en fait une réelle analyse des rapports sociaux dans une entreprise, du poids des traditions sur les femmes italiennes et des pressions patronales sur les travailleurs. Saint CDI et délocalisations, syndicats à la ramasse et directeur cynique, la panoplie de l'employé du XXIème siècle sous le regard bienveillant de la sociale-démocratie dominante en Europe.

Hors cet aspect, ce constat social qui prend forme à coups de portraits féroces de réalisme, de petits riens et de grands discours syndicaux et patronaux, Meurtres à la pause-déjeuner est drôle, un rythme effréné, des dialogues caustiques et incisifs servent une histoire haletante où le lecteur se demande bien qui peut tant vouloir assassiner les employés de ce service légèrement absurde où personne ne semble vraiment contrôler la situation et maitriser les comptes. L'ambiance est loin d'être idyllique, les coups bas, les petites mesquineries, comme partout, fleurissent et Francesca ne sait plus où donner de la tête pour trouver un suspect.

D'autant plus qu'il lui faut veiller à éviter les multiples pièges tendus par ses parents pour lui fourguer à n'importe quel prix un mari. Elle a subi un terrible outrage quand son ex l'a laissée tomber la veille du mariage et n'est plus prête à succomber au premier speed-dating venu. Quelques descriptions bien acides du mâle moyen italien de 35 à 40 ans ponctuent un chapitre à l'humour décapant. La tragi-comédie maternelle et les complots de son père ajoutés à l'affaire du serial-killer, Viola Veloce assomme sa pauvre héroïne, explose ses repères et l'oblige à tout remettre en cause, à jouer avec son image et l'idée qu'elle avait d'elle-même pour retrouver un peu de calme.

Un polar fluide, agréable, à lire le sourire aux lèvres. Fort bien écrit et traduit, le succès de cette histoire sur internet n'a rien d'étonnant, il a tout pour conquérir un large public et plusieurs étages de lecture. Le découpage quasi cinématographique donne vie à des personnages, parfois caricaturaux, mais on se laisse toujours aller à y reconnaître quelqu'un croisé ici ou là sur son lieu de travail.


Notice bio

Viola Veloce travaille réellement dans une grande entreprise à Milan et se cache derière un pseudonyme. Meurtres à la pause-déjeuner a d'abord connu un grand succès sur Internet avant de très rapidement trouver un éditeur et un producteur souhaitant l'adapter au cinéma.


La musique du livre

Du beau crooner italien, à la voix un peu rauque, what else ?

C'est au cours de la journée de formation organisée par le directeur de l'entreprise Varnini pour remobiliser ses troupes et dépasser l'épisode du meurtre de Marinella Sereni que les-dites troupes écoutent Ho ancora la forza de Luciano Ligabue et Strada Facendo de Claudio Baglioni.

Meurtres à la pause-déjeuner – Viola Veloce – Liana Levi – 248 p. 4 mai 2015
Traduit de l'italien par Fanchita Gonzalez Batlle

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