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Chronique Livre :
MON AMIE ADÈLE de Sarah Pinborough

Chronique Livre : MON AMIE ADÈLE de Sarah Pinborough sur Quatre Sans Quatre

L'auteur :

Sarah Pinborough est une romancière anglaise, née en 1972, qui écrit habituellement des récits appartenant au genre de l'horreur et de la fantasy, pour la jeunesse aussi, sous le nom de Sarah Silverwood. "The Language of Dying" (2009) a obtenu le prix British Fantasy du meilleur roman court 2010.


En bref :

Louise, Adèle, David. Oui, voilà, c'est ça , le mari, la femme, la maîtresse. Une histoire banale en apparence, mais seulement en apparence ! Adèle, la femme de David, est extrêmement belle, extrêmement riche et extrêmement étrange. Elle fascine Louise, mère d'un petit garçon et séparée depuis peu, et fait tout pour devenir sa meilleure amie.

Par un hasard malencontreux, mais est-ce bien un hasard, l'amant est aussi l'employeur de Louise, qu'elle a rencontré en toute innocence dans un bar. Prise entre sa nouvelle amie et son amant, Louise s'approche dangereusement, très dangereusement, d'un couple qui cache un très vilain secret...


Un extrait :

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Adèle

«  J'avais oublié le goût du bonheur. Pendant si longtemps, tout tournait toujours autour de David – comment éviter qu'il déprime, comment l'empêcher de boire, comment faire pour qu'il m'aime -, si bien que quelque part au milieu de tout ça mon propre bien-être avait disparu. Même avoir David ne me comblait pas. Et c'est quelque chose que je n'aurais jamais cru possible.
Mais maintenant, il y a des feux d'artifice en moi. Des éclats de joie colorés. Maintenant, j'ai Louise. Un nouveau secret. Elle est drôle et intelligente. Un souffle d'air frais après les vents arides des sempiternelles femmes de médecins. Elle est plus mignonne qu'elle ne le croit et, sans ces quatre ou cinq kilos, elle aurait une silhouette fantastique. Pas sèche et garçonne comme la mienne, mais plantureuse et féminine. C'est aussi une fille coriace qui rigole d'événements qui, chez d'autres, auraient suscité des demandes larmoyantes de sympathie et de pitié. Franchement, elle est assez formidable. » (p. 77)


Ce que j'en dis :

« - Tout le monde a ses secrets, Lou. Tout le monde devrait avoir le droit de garder ses secrets. On ne peut pas tout connaître d'une personne. Ce serait de la folie d'essayer. »

Louise est une jeune femme de 34 ans, séparée du père de son fils qui vit avec une autre femme. Rien qu'une vie banale, avec un petit garçon adorable, un job à temps partiel agréable, un appartement un peu petit, quelques petits kilos en trop et une grande amie, Sophie, sophistiquée et un brin cynique, avec qui elle sort boire un verre et fumer un petit joint de temps à autre. La vie banale, pas inintéressante, pas sordide, pas désespérante.

Louise est plutôt jolie et enjouée. Elle est seule, c'est ça le problème. Elle est seule, sans mec, sans amour, alors que le monde entier semble s'être trouvé un partenaire, personne ne veut d'elle. Ou elle n'a pas bien cherché. Sophie, sa copine extravertie qui trompe son mari – pour le sexe, hein, c'est pas important selon elle - lui conseille de s'inscrire sur un site de rencontre mais Louise, c'est pas trop son genre, elle est plutôt un peu romantique et douce. Ce qu'elle voudrait, c'est tomber amoureuse !

Sa grande fierté, c'est Adam, son petit garçon dont elle aime s'occuper, à qui elle consacre tout son temps libre et avec qui elle a tissé une relation de confiance et de tendresse très forte.

Elle fait des cauchemars, Louise, et des crises de somnambulisme qui l'amènent elle ne sait comment devant le lit de son fils, à le regarder intensément. Lui s'y est habitué, ça ne l'effraie pas, mais elle, elle se fait peur. Et si elle faisait des bêtises, si elle se mettait en danger ou, pire, mettait en danger son fils Adam ? Ça, plus l'alcool qu'elle boit avec un peu trop de libéralité. Quand Adam est chez son père, quand elle est trop seule.

Une fois de temps en temps, elle s'octroie du temps avec son amie Sophie mais elle se sent toujours un peu dévalorisée par rapport à cette femme si libre et qui assume tout avec panache, y compris ses infidélités dont elle parle sans honte aucune.

Mais justement, Louise a fait un truc de folie qu'elle raconte à Sophie avec embarras  : elle a, aidée par un peu d'alcool, embrassé un inconnu, avant de s'apercevoir qu'il était marié. Là, toute confuse, elle est partie se réfugier dans les toilettes...

Louise, c'est ce mélange de candeur et d'honnêteté mêlé à un grand romantisme. L'amour, ça compte pour elle et l'amitié aussi. Justement, l'amitié.
Quand Louise va au travail, elle est secrétaire médicale dans un cabinet de psychiatres, elle se rend compte, à son grand embarras, que le nouveau psy, David, c'est précisément ce type avec qui elle a échangé un baiser...

On résume : il est marié, c'est son patron, il est super beau, super attirant, se pourrait-il que... Et, oui, il se peut.

Parallèlement, et sans qu'elle y soit pour quelque chose, Louise rencontre Adèle et devient très vite son amie : bien qu'opposées physiquement et sur bien des points, elles sont seules toutes les deux et s'aperçoivent rapidement qu'elles ont ce problème de somnambulisme en commun qui achève de les rapprocher. Adèle, sophistiquée, ultra mince, très belle, fait tout pour devenir l'amie de Louise, elle l'emmène à la gym, lui donne des conseils, l'écoute et se confie un peu, jamais beaucoup, toute en suggestions et en teasing. Et elle a fait jurer à Louise de tenir leur amitié secrète.

Elle en recèle des secrets, elle sait en dire juste assez pour intriguer Louise, l'alarmer parfois quand elle arrive à un rendez-vous avec un coquart mal maquillé (le placard), la scandaliser quand elle révèle qu'elle doit répondre au téléphone donné par son mari à heures fixes et qu'il l'a parfois enfermée chez eux... Elle est comme ça Adèle, elle sait doser, faire juste le geste qu'il faut pour faire penser que, avoir le mouvement de sourcil qui va faire naître un soupçon... le tout savamment distillé pour paraître parfaitement involontaire.

Louise est vite, coincée entre son amie et son amant, empêtrée dans ses mensonges. Elle compartimente totalement sa vie face à l'impossibilité à choisir entre David qu'elle commence à aimer tout de bon et Adèle pour qui elle ressent une intense amitié et qui paraît redouter son mari, mais pourquoi, en fait ? Que se passe-t-il entre eux ?

Fort opportunément, Adam s'en va passer un mois d'été avec son père et la compagne – enceinte – de celui-ci en France. Livrée à elle-même, triste sans son petit garçon et encore sous le choc de la nouvelle de la grossesse, Louise va se laisser dévorer par ce double amour, comme un étau dans lequel elle va se faire broyer lentement, jamais totalement inconsciente du danger mais très très loin de soupçonner la nature perverse et nocive du lien qui unit David et Adèle. Elle devient une vraie femme, Louise, elle se muscle, s'affine, embellit et commence, grâce aux conseils d'Adèle, à contrôler ses rêves et à reprendre sa vie en main. Une vraie métamorphose. Oui mais elle sait qu'elle fait des bêtises, qu'elle ment à tous et qu'elle est en train de s'immiscer dans quelque chose qui la dépasse et risque d'avoir des conséquences terribles. Cependant à peine elle reçoit un sms d'Adèle et la voilà qui fonce l'aider et, la nuit, l'air triste et penaud de David suffit à l'attendrir. Il boit, il souffre, il ne peut rien dire, quelque chose le ronge sans qu'il puisse en faire part à Louise qui ne sait jamais quoi penser, ballottée entre eux, manipulée comme une marionnette mais par lequel et dans quel but ?

Quand Adèle parle d'elle, quand elle s'ouvre enfin à la curiosité de son amie, elle parle de ce séjour dans une clinique psychiatrique, il y a longtemps, elle était à peine une jeune femme et elle venait de perdre ses deux richissimes parents dans un incendie. Elle-même n'en avait été sauvée que grâce à l'intervention fort opportune de David, brûlé très sévèrement sur les bras comme en attestent les cicatrices. David, c'est son amour d'enfance, une passion jamais démentie et pourtant rien ne va plus entre eux, leur mariage tourne à la catastrophe, Louise en est la preuve mais pas la cause. La cause ? Elle remonte loin dans le passé, très loin. Parler permettrait-il la délivrance ? Ou la condamnation définitive ? Louise est-elle un jouet ? Lequel des deux la manipule et pourquoi ?

Le roman est écrit du point de vue de chaque femme alternativement, on comprend vite qu'Adèle cache des choses et que rien de ce qui arrive à Louise n'est dû au hasard. Évidemment il y a un secret, un de ceux qu'on ne peut révéler et qui gangrène absolument tout. On suit les récits alternés avec l'impatience de connaître la vérité, pris au piège de ce couple dont on ne sait qui est le plus maléfique. Plus Louise s'ouvre aux autres et devient belle, sûre d'elle et désirable, plus elle fonce tête baissée dans tous les pièges tendus pour elle, c'en est presque trop facile. Les vrais/faux indices qui parsèment le roman sont autant de leurres et de chausse-trappes, aussi bien pour Louise que pour le lecteur, ou alors il faudrait envisager... Mais non, impossible...

La fin ? Non, non, ne comptez pas sur moi pour vous mettre sur la piste, même pas en rêve.


La musique :

Sting - If You Love Somebody Set them Free


MON AMIE ADÈLE - Sarah Pinborough – Éditions Préludes - 437 p. septembre 2017
Traduit de l'anglais par Paul Bénita.

photo : Pixabay

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