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Chronique Livre : NU COUCHÉ SUR FOND VERT de Jacques Bablon

Chronique Livre : NU COUCHÉ SUR FOND VERT de Jacques Bablon sur Quatre Sans Quatre

photo : Pixabay


Le pitch

Margot et Romain. Deux flics d’une même brigade. Ont en commun l’habitude de sortir du cadre autorisé pour régler à leur manière les affaires criminelles qui leur tiennent à cœur.

Margot veut retrouver l’assassin du père de Romain, tué par balle, il y a vingt-cinq ans. Une famille au destin tragique… Romain ne lui a rien demandé. Mais Margot ne supporte pas que des tueurs cavalent librement dans la nature.

Romain, lui, traque les auteurs du carambolage meurtrier qui a coûté la vie à l’inspecteur Ivo, son coéquipier.

Leurs armes ? Acharnement et patience sans bornes pour Margot… Beretta et fusil à lunette pour Romain !

Une plongée dévastatrice où le hasard n’a pas sa place…


L'extrait

« Il y eut des silences au début. La conversation ne démarra pas avant les feuilletés de chèvre chaud. Ils trouvèrent un sujet : les malheurs du lieutenant Pergaud. Furent conscient de son peu d'intérêt. Firent avec. Un collègue de boulot en plein dans les affres du divorce. Famille en capilotade, crises de nerfs, fugue. On aurait jamais deviné. Romain sortit trois banalités et se tut. Margot développa le thème du divorce en recyclant un article de magazine lu chez un coiffeur : l'époque tendait à privilégier la vie affective des parents, à valoriser les coups de cœur, légitimer les séparations au détriment de l'équilibre des enfants. Les adultes faisaient leurs affaires, laissant à leur progéniture le soin de se relever de l'épreuve.
Il avait trop poivré la selle d'agneau, elle lui dit que c'était très bien comme ça, mais quand ils quittèrent la table à la demande de Margot pour aller admirer la vue sur la ville qu'on avait de la baie vitrée du salon, il remarqua qu'elle avait terminé l'écrasée de pomme de terre qu'il avait servie en garniture, mais à peine touché à son morceau de viande. Il la laissa passer devant, je ta un coup d'oeil sur ses fesses serrées dans une jupe noire, sans en tirer d'autre conclusion que c'était des fesses. » (p. 8)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Comme toujours avec Jacques Bablon, ça rigole pas, on entre directement dans le vif du sujet sans tergiversations inutiles. Deux enquêtes au menu, normal, on a deux flics. Chacun la sienne, chacun ses méthodes et aucun des deux dans la dentelle de Calais ou d'ailleurs. Ils se sont bien tournés un peu autour, mais Margot est encore mariée à son époux volage et Romain trop dans sa tête pour entamer une relation.

Romain peine à se remettre de la mort de son père quand il est victime d'un traquenard monté par des truands. Il s'en sort miraculeusement, couvert de plaies et brûlures, marqué à jamais par ce qu'il vient de vivre. Son coéquipier, qu'il ne pouvait pas blairer y laisse sa peau, ce qui laisse à penser que la vendetta que Romain va déclencher n'est pas que la stricte vengeance par rapport au préjudice subi, certains vont payer cher pour d'autres qu'il n'a pas pu punir. Plus vraiment flic depuis le terrible piège dans lequel il est tombé, toujours en arrêt maladie, feignant le handicap, Roman s'engage dans une guerre sans pitié, il a besoin de sang, ne croit plus aux vertus de la justice hors la sienne, définitive et sans appel. Romain est riche mais orphelin, il a hérité d'un splendide chalet, celui où son père a été assassiné bien des années auparavant et dispose d'une fortune considérable qui lui permet bien des fantaisies.

Margot se fixe une mission : retrouver les assassins du père de Romain même s'il ne lui a rien demandé. En solo, comme une grande, elle va traquer les maigres indices qui subsistent après toutes ces années et tenter de remonter une piste que les enquêteurs de l'époque ont abandonné depuis longtemps. Cette affaire, c'est sa bouée, elle s'y accroche à la désespérée, pour ne pas sombrer face à l'échec de son couple et son sentiment d'impuissance vis à vis de l'évolution de ses trois filles qui grandissent et changent à vue d'oeil.

Bien évidemment, les deux héros vont se croiser, leurs enquêtes respectives mèneront à un final d'anthologie façon blockbuster, effets spéciaux à la Die Hard et phénomènes météorologiques dantesques.. Romain, le riche héritier possède plus d'une face cachée, Margot, la femme délaissée est une policière obstinée qui va au bout de ses investigations sans jamais se décourager, et elle a un sacré talent pour mettre le doigt sur des détails révélateurs.

Ça rafale côté style, des phrases courtes, sèches, qui ciblent et touchent. Des descriptions lapidaires justes et fines, il n'y a rien à jeter dans les polars très sombres de Jacques Bablon, il va à l'essentiel, trace la route dans son récit sans l'encombrer, tout est en courant continu dans son écriture électrique, si vous y touchez, vous êtes cuits, vous irez jusqu'au bout parce que l'histoire est passionnante et diablement bien racontée.

Encore un excellent polar de Jacques Bablon qui continue son exploration du spectre des couleurs, après le Trait Bleu, le Rouge Écarlate, voici donc le vert de ce nu couché qui n'a rien à envier à ses prédécesseurs. Un roman qui secoue sévère, turbulences et chocs à répétition !


Notice bio

Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, lui à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages et a publié, en 2015, un premier polar sauce piquante Trait Bleu, puis un second, Rouge écarlate, toujours chez Jigal Polar en février 2016. Il a toujours eu besoin de voir loin pour survivre, c’est pourquoi il habite en haut d’une tour. Mais le pire, c’est que des années après, il ne sait toujours pas où est passé son Teppaz…


NU COUCHÉ SUR FOND VERT – Jacques Bablon – Éditions Jigal Polar – 212 p. février 2017

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