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Chronique Livre : NUIT de Bernard Minier

Chronique Livre : NUIT de Bernard Minier sur Quatre Sans Quatre

photo : Pixabay


Le pitch

Nuit de tempête en mer du Nord. Secoué par des vents violents, l’hélicoptère dépose Kirsten Nigaard sur la plate-forme pétrolière. L’inspectrice norvégienne enquête sur le meurtre d’une technicienne de la base off-shore.

Un homme manque à l’appel. En fouillant sa cabine, Kirsten découvre une série de photos. Quelques jours plus tard, elle est dans le bureau de Martin Servaz.

L’absent s’appelle Julian Hirtmann, le tueur retors et insaisissable que le policier poursuit depuis des années. Étrangement, sur plusieurs clichés, Martin Servaz apparaît. Suivi, épié.

Kirsten lui tend alors une autre photo. Celle d’un enfant.
Au dos, juste un prénom : GUSTAV

Pour Kirsten et Martin, c’est le début d’un voyage terrifiant. Avec, au bout de la nuit, le plus redoutable des ennemis.


L'extrait

« Elle entrevit les vagues gigantesques au-dessous d'elle, frangées d'écume, à travers le sol grillagé. Qu'est-ce que tu fous ? À quoi tu joues ? Elle courut à toutes jambes, l'arme à la main, vers l'autre côté de la plate-forme, lequel semblait particulièrement noir et désert.
Un labyrinthe, voilà ce que c'était. Un dédale de poutrelles d'acier, d'escaliers et de barrières. Oui, elle savait qu'elle n'aurait pas dû y aller, mais après tout ce type avec son sourire à la con était engoncé dans une combinaison qui devait peser vachement lourd et le handicaper grandement, et il n'était pas armé, contrairement à elle. C'est ce qu'elle leur répondrait, quand ils lui demanderaient pourquoi elle avait pris un tel risque. C'est ce qu'elle prétendrait avoir pensé à ce moment-là.
Au moment où elle prenait pied de l'autre côté (elle pensa aux tours d'angles d'un château reliées par un chemin de ronde), une vague encore plus haute que les autres frappa l'une des piles au-dessous et des embruns glacés lui fouettèrent le visage. Elle le chercha des yeux. En vain. Cependant, il aurait pu être n'importe laquelle des ombres qui l'entouraient. Il lui suffisait pour ça de ne pas bouger. » (p.50)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Nuit. Enfin. La suite tant attendue de Glacé, l'affrontement tellement espéré entre le commandant Martin Servaz et le génie assassin, Julian Hirtmann. Ils ne se sont jamais vraiment perdus de vue, le tueur se rappelant sans cesse au bon souvenir de Martin dans Le Cercle ou N'éteins pas la lumière. Mais les comptes ne sont pas soldés, le flic ne sait toujours pas ce qu'il est advenu de son amie Marianne kidnappée par Hirtmann et il n'a pas renoncé à coffrer une bonne fois pour toute ce démon malfaisant.

Nuit débute sur une plate-forme pétrolière norvégienne. Le vent, la tempête même, l'angoisse des personnels. Une des employées de l'entreprise a été retrouvée massacrée dans une église, tout porte à croire en la culpabilité d'un de ses collègues. Kirsten Nigaard est chargée de l'enquête et le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'a pas froid aux yeux. Elle se lance à bord de l'énorme structure dans une poursuite dans des conditions dantesques. La même poursuite un peu folle d'ailleurs que celle qui a mené Servaz au bord de la mort peu de temps auparavant dans des conditions atmosphériques à peu près équivalentes et une environnement aussi dangereux. Ces deux-là sont fait pour se retrouver, ça saute aux yeux dès les premiers paragraphes. La même détermination légèrement inconsciente, l'envie absolue de mener à bien leur mission, une grande sensibilité sous des dehors glacés.

La Norvégienne poursuit jusqu'en France l'homme de la plate-forme qu'elle a identifié comme étant Julian Hirtmann et elle vient tout naturellement rencontrer le grand spécialiste du machiavélique Suisse, Martin Servaz. Le flic est diminué par de graves blessures, il n'est sorti du coma que depuis peu, et c'est un Servaz handicapé et serré de près par l'inspection des services. Commence alors une drôle de pantomime, conduite de main de maître par Hirtmann, plus machiavélique que jamais, ne laissant rien au hasard, tenant fermement les ficelles de ses marionnettes qui dansent à son gré au son des symphonies de Gustav Mahler.

Comme toujours chez Bernard Minier, tout est élégant et millimétré, pas un instant pour reprendre souffle, chaque anecdote est prétexte à nourrir l'intrigue ou le suspense, enfonce un peu plus les héros dans le marasme soigneusement préparé par le Suisse démoniaque. Mais Martin et Kristen ne sont plus les seuls à vouloir mettre fin à sa carrière brillante de tueur en série, le nombre de joueurs grandit, la partie devient de plus en plus intéressante. L'enjeu également a considérablement augmenté pour Servaz, il y a un enfant dans la balance, Gustav, et Julian Hirtmann va pousser ce pion à son maximum pour contraindre son adversaire préféré à suivre le chemin qu'il a lui-même tracé.

Entre la Norvège, l'Autriche et les Pyrénées s'ouvre un gigantesque échiquier. Bernard Minier y conduit ses protagonistes à la baguette, en chef d'orchestre dirigeant un philharmonique, précis et résolu, qui ne tolère aucune fausse note, organise le tempo et la montée des émotions. Un peu de sexe pimente ici et là, du BDSM aussi, évidemment, il y a Julian Hirtmann dans les parage, et puis il faut que le corps exulte et c'est une activité révélatrice de la psychologie des personnages, la froide Kristen se révélant bouillante dans certaines scènes. L'angoisse qui va crescendo, un enfant en jeu, la vengeance de vieillards à bout de haine, le police des polices qui s'active sur le dos de Martin, les manœuvres démoniaques de Julian, un tueur, des viols, ce roman déborde d'éléments palpitants . Les différentes intrigues, policières, amoureuses, familiales, se répondent tels des instruments dans la fosse d'orchestre, l'auteur crée l'harmonie sans brider ses personnages ni les faits. Attention, ne vous fiez à rien ni personne, ce thriller vous emmène dans le monde de l'illusion, tout ce qui vous est montré l'est fait pour mieux dissimuler l'essentiel, vous allez aller de surprise en surprise au fur et à mesure de l'avancée du récit.

Le final est étourdissant, une petite touche de dernier épisode façon Six Feet Under, tout à fait inattendu, à la mesure des deux héros yin et yang de cette suite d'enquêtes extraordinaires, Serbaz et Hirtmann ne pouvaient pas se quitter comme n'importe quels bretteurs de cape et d'épée où le méchant se fait embrocher, il fallait clore sur un coup de théâtre exceptionnel, mission remplie !

Une lutte épique, tragique, sans répit ni pour les personnages ni pour le lecteur, à dévorer !


Notice bio

Bernard Minier est né en 1960 à Béziers. Il travaille un temps dans l'administration des douanes tout en participant à plusieurs concours de nouvelles.
Glacé paraît en 2011chez XO éditions et rencontre un très grand succès couronné de nombreux prix littéraires dont le prix Polar du Festival de Cognac. Son deuxième roman, Le Cercle, est publié en 2012 et met de nouveau en scène Servaz et Ziegler dans une nouvelle intrigue tout aussi passionnante, suivra l’étincelant N'éteins pas la lumière en 2014, tous chez le même éditeur. Une putain d'histoire, publié en avril 2015, a été une première incursion sur le territoire américain et son premier thriller sans Servaz et son équipe qui reprennent leur droit dans Nuit.


La musique du livre

Pas mal de musique, classique, Bernard Minier évoque le destin cruel des grands compositeurs n'ayant pas pu dépasser les neufs symphonies, même malédictions que les 27 ans des rock stars, Beethoven, Bruckner, Schubert..
Gustav Mahler est également omniprésent, c'est le compositeur préféré de Martin et de Julian, les poèmes symphoniques de Smetana sont cités

et quelques autres titres dont :

Mahler – Kindertotenlieder

Claude Debussy – Trois Nocturnes

M 83 - Wait

Sweet Child of Mine – Guns N' Roses

Airplane Man – We Are On Fire

The Doors – The End


NUIT – Bernard Minier – XO Éditions – 517 p. février 2017

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