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Chronique Livre :
PRENEUR D'OTAGES de Stefanie Pintoff

Chronique Livre : PRENEUR D'OTAGES de Stefanie Pintoff sur Quatre Sans Quatre

photo : Cathédrale Saint-Patrick (Wikipédia)


Le pitch

Un matin, au cœur de Manhattan, sous la pluie, une jeune femme postée sur le parvis de l’église Saint-Patrick rompt la frénésie de Noël. Figée, elle porte une pancarte sur laquelle on peut lire « Aidez-moi ».

Une prise d’otage a lieu à l’intérieur de la cathédrale, et une victime a déjà été tuée. Le preneur d’otages exige de négocier avec l’agent du FBI Eve Rossi. Récalcitrante à traiter l’affaire, cette dernière comprend rapidement que le preneur d’otages connaît certains secrets de sa vie.

Ses motivations sont obscures, mais la question qu’il pose aux cinq otages est toujours la même : « De quoi êtes-vous coupable ? ». Déclenchant une autre série de crises, auxquelles l’équipe d’Eve Rossi, composée d’ex-détenus et de vétérans aux tempéraments extrêmes, devra faire face.

Pour l’agent du FBI s’engage alors une course contre la montre haletante...


L'extrait

« Les portes de bronze massif se refermèrent derrière elle dans un grand bruit sourd. Plusieurs tonnes de métal – ainsi que les représentations d'une demi-douzaine de saints – la séparaient à présent des autres. Les autres, ces pauvres idiots qui, comme elle, s'étaient rendus à la chapelle de la Vierge tôt ce matin, dès l'ouverture de la cathédrale.
Ensuite, elle avait été choisie – pour quelle raison, elle n'aurait su le dire.
Où était-il ?
Sous l'effet de la panique, son sang bourdonnait dans ses tempes, emplissant son crâne d'un vacarme torrentiel. On aurait dit le rugissement de l'océan, mais en plus fort – et ce bruit étourdissait Cristina davantage encore qye les bourrasques et les rafales de pluie qui fouettaient ses joues.
Un passant trempé apparut. Il longeait la Cinquième Avenue au pas de course, caché sous un grand parapluie vert.
Cristina ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit.
Au secours ! implora-t-elle en silence
Le passant ne se retourna pas. Sous cette pluie battante, il n'allait pas prendre la peine de lever les yeux vers les flèches gothiques et les façades de marbre richement sculptées. Et tant pis si une femme au ciré jaune tenait un écriteau en bois sur lequel les mots À L'AIDE étaient peints en rouge vif. » (p.15)


L'avis de Quatre Sans Quatre

« De quoi êtes-vous coupable ? »

Quoi de plus naturel en une cathédrale que d'y venir en confession ? Là où l'affaire se corse, c'est que les pénitents ne sont pas vraiment volontaires, que les issues de l'édifice sont piégées et menace d'exploser à tout moment ou à toute intrusion et que le confesseur est un preneur d'otage vraiment particulier faisant porter ses revendications au-dehors par ses prisonniers qu'il n'hésite pas à abattre d'un tir de précision implacable si celles-ci ne sont pas satisfaites dans un délai plus que restreint. Sa première requête ? Ne négocier qu'avec Evangeline Rossi, Eve, du FBI. C'est clair, net, précis. Il y a bien entendu un chef qui ne l'entend pas de cette oreille, ce n'est pas le protocole, Henry Ma entend bien ne pas laisser ce cinglé lui dicter les règles du jeu. Deux macchabées plus tard, ce sera bien Eve qui sera négociatrice. On ne tergiverse pas du côté du forcené.

« Je ne fais aucun mal à ceux qui font ce que je leur demande. »

Le duel va être terrible entre l'agent du FBI et le preneur d'otages. Celui-ci a des réclamations hors normes, pas d'argent, pas d'hélicoptère ou de voiture blindée, il veut des témoins ! Des individus bien précis, cinq, qu'Eve va devoir dénicher sans pour autant savoir ce que l'homme retranché a pour objectif final. Elle va devoir mobiliser son ancienne équipe, des agents très très spéciaux. Une bande de malfaiteurs, incapables de travailler ensemble, tous particulièrement doués dans un domaine particulier. Le temps presse, elle ne peut faire la fine bouche devant les moyens, les otages tombent un par un et elle ne parvient pas à trouver d'autre solution que de reformer le fameux groupe Vidocq qui était sous sa responsabilité et qui a été dissout par le FBI, ses membres n'étant pas la meilleure des vitrines pour l'agence fédérale. Ils sont cinq et vont se démener sans relâche pour aider Eve et, surtout, pour s'aider eux-mêmes puisqu'il y a toujours une amnistie, une libération ou un effacement de dettes pour prix de leur participation.

« Je ne tuerai personne qui ne mérite pas d'être tué. »

Tout est en place pour un thriller terriblement efficace aux multiples énigmes : les réelles volontés du preneur d'otages, comment entrer dans l'église sans faire disparaître ce monument historique, des intrigues et histoires annexes – dont la présentation de tous les membres du groupe Vidocq – et les entretiens toujours terriblement tendue entre la négociatrice et le forcené. Stefanie Pintoff surprend par sa maîtrise dans un récit fourmillant de détails et de rebondissements, elle sait tenir son lecteur de bout en bout de ce pavé où il n'y a pas une seconde de pause. Tout doit aller vite, tout est urgent et rien n'est évident. Elle a l'art de la surprise, de prendre celui qui entre dans son roman à contre-pied. Bien sûr, les personnages sont quelque peu archétypaux, c'est le lot du genre, ici, c'est réalisé avec talent. Baroudeur, dealer, escroc, voleur, geek, les étranges équipiers de Rossi ressembleraient diablement aux sept mercenaires - s'il n'en manquait deux - en aucun cas au Club des Cinq. Les différentes pressions subies par le groupe, politique, hiérarchique, ecclésiastique, médiatique, s'ajoutent au tempo trop rapide du chronomètre indiquant presque systématiquement une nouvelle victime à venir.

«  Si vous obéissez à mes ordres, je protégerai ce qui est précieux à vos yeux. »

Des phrases courtes comme le souffle de ceux qui courent après le temps, des fausses pistes et des questions aux réponses complexes et multiples. Le style est nerveux à l'instar des forces de l'ordre et de celui qui est retranché, le ton monte vite pour ne redescendre que peu avant un nouvelle flambée de violence ou un nouveau coup tordu de l'un ou de l'autre bord. La météo tourmentée ajoute au drame, le froid, la pluie, le vent, les otages présentés un à un à chaque nouvelle revendication comme envoyés au sacrifice, chacun égrenant un compte à rebours mortel. Chapitre après chapitre, le suspens grandit, s'étoffe, se nourrit de nouveaux éléments, les différents suspenses liés aux diverses actions en cours s'emmêlent et le lecteur ne sait jamais de quel côté va venir le coup, une seule certitude, il va y en avoir un dans les toutes prochaines lignes.

L'imposante cathédrale d'hier, dominant la ville, enserrée désormais entre les gratte-ciel, les humains trop petits pour occuper tout l'espace qui s'échinent à trouver tunnels où ramper et interstices pour y glisser quelque caméra espionne. Infiniment grand du décor et infiniment petit des détails, ce thriller couvre également l'ensemble de la palette des émotions paroxystiques possibles. L’intrigue principale en elle-même est originale et bâtie aussi solidement que l'église qui l'abrite. Celle-ci est en pleine restauration et les échafaudages fournissent mille autres caches et pièges, occasions de se poster pour le tireur ou de tenter une approche pour les flics.

Pourquoi des témoins, pourquoi le sniper veut-il absolument que ce soit Eve son interlocutrice, pourquoi cette église et cette mise en scène à grand spectacle, combien y a-t-il d'otages, où sont-ils gardés ? Autant d'énigmes qu'il va falloir prendre le temps de disséquer avec les enquêteurs, ligne après ligne, et c'est un vrai plaisir de lecture.

Le preneur d'otages est un excellent thriller, un monument de suspense, du gothique flamboyant dans lequel les tensions ne font que s'exacerber sur plus de cinq cent pages.


Notice bio

Stefanie Pintoff vit à New York. Elle a remporté le prix « Edgar Award » pour son premier roman, In the Shadow of Gotham. Preneurs d’otages a été nominé aux « Barry Awards » dans la catégorie meilleur thriller. Les œuvres de Stefanie Pintoff sont traduites en italien et en japonais.


La musique du livre

Cette prise d'otages se déroule la semaine de Noël, ce qui explique les différents titres en référence à cette période...

Led Zeppelin – Black Dog

Tenth Avenue North - Deck The Halls

Bobby Helms - Jingle Bell Rock

Franck Sinatra - I'll Be Home For Christmas

Twisted Sister - Silver Bells


PRENEUR D'OTAGES -Stefanie Pintoff – Mercure de France – collection Mercure Noir – 524 p. mars 2017
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Maxime Shelledy

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