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Chronique Livre :
Quand les anges tombent de Jacques-Olivier Bosco

Chronique Livre : Quand les anges tombent de Jacques-Olivier Bosco sur Quatre Sans Quatre

photo : le port de Dunkerque où se passe une partie de l'intrigue (Wikipédia)


L'extrait

« Salomé se réveillait tout doucement. Elle se sentait nauséeuse, des bribes des derniers événements lui revenaient en mémoire. On l'avait gardée enfermée dans une camionnette, attachée avec du scotch, la bouche et les yeux recouverts. Elle se souvenait être restée des heures et des heures dans cette camionnette. La préadolescente pensait se trouver dans un entrepôt. À l'extérieur du véhicule, les voix des hommes résonnaient, ainsi que les moteurs des voitures arrivant et repartant. Les portières avaient claquées et un gamin s'était retrouvé près d'elle. À ses grognements, elle pensa reconnaître un garçon. D'autres les avaient rejoints, ils s'étaient cognés les uns aux autres, en couinant à travers leur bâillon, aveugles et maladroits tels des chatons d'à peine quelques heures. Salomé avait senti une toute petite fille sur sa droite. Instinctivement, elle s'était rapprochée d'elle. »


Le pitch

Le battement d'aile de papillon : un russe ivre mort provoque le crash d'un avion de ligne sur une prison où Vigo, dit Le Noir, purge une peine pour le meurtre d'un enfant. Braqueur multi récidiviste, gangster accompli, il est tombé au grand étonnement de ceux qui le connaissent pour l'agression sexuelle et l'assassinat d'un jeune dans une piscine.

Les conséquences : Quelques mois plus tard, Cinq adolescents ou enfants disparaissent pratiquement au même moment à Paris. Leurs parents, tous plus ou moins impliqués dans la condamnation de Vigo, simple témoin, flics, avocate, juge, ils ont tous été acteurs de l'enquête ou du procès bâclé qui a suivi.

La revendication des ravisseurs est simple : Il faut que tous ces gens avouent publiquement avoir menti et volontairement truqué le dossier. Le préfet de police de Paris Rollin, dont le fils Maxime fait partie des victime des rapts, prend l'affaire en main et tente de retenir les initiatives individuelles. De leur côté, les enfants, passé le premier moment de sidération, s'organisent et commencent à résister...


L'avis de Quatre Sans Quatre

Deux romans pour le prix d'un ou presque, les recherches des parents, des autorités et les aventures tragiques des enfants se mêlent tout au long du récit et le lecteur passe d'un suspense à l'autre, d'une situation d'espoir pour les uns à la détresse des autres. Les scènes d'action se succèdent à un rythme dingue sans pour autant laisser de côté les moments de tendresse et d'amitié qui vont peu à peu unir ces gosses tirer de leur environnement, heureux ou malheureux mais qui démontrent tous d'extraordinaires facultés d'adaptation et de courage.

Même s'ils reproduisent les stéréotypes parentaux, il y a une fureur de vivre, une solidarité et une volonté qui habitent ces jeunes en grand danger qui n'ont pas encore appris à calculer et réagissent plus à l'instinct bien qu'avec brio à une situation catastrophique.

Le fond du récit, ces arrangements avec les valeurs, avec l'éthique de la justice qu'il va bien falloir solder, n'est pas qu'un scénario. Certes, Vigo est un sinistre personnage, certes, il mérite cent fois d'être emprisonné, mais, la conduite totalement immorale des protagonistes de l'affaire, par intérêt personnel, ambition ou lâcheté, n'est pas excusable. Un déni de justice reste un déni de justice quelque soit l'accusé qui en est victime.

Chacun des parents va réagir selon sa personnalité et ses capacités. Ils sont pour la plupart eux aussi victimes, bien que consentante, ils vont devoir essayer de trouver le chemin de la rédemption et c'est loin d'être simple. Là encore, l'action est agréablement entrecoupée de larges parts de réflexions intimes, de retours sur ce passé honteux qui leur est projeté violemment au visage.

Ce thriller est magnifique, une écriture fluide et rapide qui sait se faire intime lorsqu'il le faut. Bosco parvient à nous captiver pareillement sur les deux plans de son histoire et peindre de longs passages d'espoir dans le sombre d'un scénario tragique. S'il faut faire une comparaison, c'est du côté du fabuleux roman de Patrick Bauwen, Les fantômes d'Eden, (Albin Michel) dont je vous ai parlé il y a peu, qu'il faut chercher. Aussi passionnant, mêlant tous deux aventures d'ados et enquête d'adultes avec cette même faculté à passer d'un univers à l'autre en restant parfaitement crédible.

Quand les anges tombent, encore une belle publication de Jimmy Gallier et de ses éditions Jigal Polar, un roman impossible à quitter qui tienr le lecteur en haleine du premier au dernier mot !


Notice bio

Jacques-Olivier Bosco est né en 1967. Son grand-père, originaire de Sicile était arrivé en France en 1930 avant de partir en Algérie. La famille reviendra en métropole à l'indépendance de ce pays. Après de nombreux petits boulots, dont scénariste de courts métrages dans les années 90), Jacques-Olivier ouvre un restaurant sur une plage près de Gruissan.

Après quelques polars et nouvelles restés dans ses tiroirs, il publie chez Jigal Polar, avant Quand les anges tombent, quatre romans policiers, dont Loupo, Prix Coup de Coeur Blues et Polar 2014.


La musique du livre

Quand il y a des ados, il y a de la musique, c'est quasiment un théorème, et cela nous permet d'attaquer avec Play Ball de AC/DC parce que Erwan Lauterbach, le flic de la BRB, a le cœur qui cogne au rythme de ce groupe de rock lors d'une intervention délicate.

Lady Gaga et Bad Romance, ensuite, dont Burma, le vieux flic, découvre un poster au mur de la chambre de Émeric, la victime pour laquelle Vigo a été condamné.

House of fun de Madness pour finir, Matéo entend ce groupe au bar The Final Fight, peuplé d'une faune potentiellement dangereuse...

Quand les anges tombent – Jacques-Olivier Bosco – Jigal Polar – 321 p. septembre 2014 

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