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Chronique Livre :
RAGDOLL de Daniel Cole

Chronique Livre : RAGDOLL de Daniel Cole sur Quatre Sans Quatre

photo : Pixabay


Qui ?

Daniel Cole est un écrivain britannique né en 1984 qui vit du côté de Bournemouth. Il a été ambulancier et a aussi travaillé pour une association dédiée au sauvetage en mer, la Royal National Lifeboat Institution. Ragdoll est son premier roman, certainement pas le dernier et il fait un tel tabac qu'il a signé un contrat pour trois livres et une série télévisée. Un coup de maître pour un premier ouvrage...


Quoi ?

Alors, on a tous les ingrédients d'un super thriller comme on aime : Wolf, acronyme de William Oliver Layton-Fawkes, un flic un poil violent et très très très déterminé à coincer ceux qu'il pense coupables, Baxter sa collègue, toute en rigueur un peu maniaque destinée à cacher son alcoolisme intermittent, Edmunds,un petit nouveau dans la brigade futé et affûté et puis un bon gros serial killer de folie, qui prend la peine d'envoyer une copie de son emploi du temps à une journaliste et dont l'activité principale semble consister à zigouiller avec un certain talent et beaucoup d'efficacité une liste de personnes pré-établie. C'est un problème en soi, et encore plus puisque le dernier nom sur la liste est celui de Wolf... Le décompte des jours et des victimes est lancé...

Un peu des Dix petits nègres, un peu de Seven et pas mal d'hémoglobine plus tard, on est arrivé à la fin du roman : quoi déjà ?


On goûte ?

« En réalité, Edmunds avait déjà croisé Wolf, et à plusieurs reprises. Il avait remarqué la manière dont ses collègues traitaient l'inspecteur chevronné. Son aura, digne d'une célébrité, ne jouait pas en sa faveur.
- Oui, grogna Baxter, le William Fawkes.
- J'ai entendu tellement d'histoires à son sujet... (Il s'interrompit, testant avec prudence la réaction de sa supérieure.) Vous étiez dans son équipe à l'époque, n'est-ce pas ?

Baxter continua à conduire en silence comme si Edmunds n'avait pas prononcé le moindre mot. Il se sentit ridicule d'avoir imaginé qu'il pourrait, lui, le stagiaire, aborder la question avec elle et s'apprêtait à sortir son téléphone, histoire de s'occuper, quand, étonnamment, elle lui répondit.
- Oui, j'y étais.
- Alors, c'est vrai ? Il a fait toutes ces choses dont on l'accuse ? (Edmunds se doutait bien qu'il s'aventurait en terrain miné, mais sa curiosité l'emportait sur le risque qu'il prenait à s'attirer ses foudres.) Preuves falsifiées, agression du prisonnier...
- Quelques-unes.
Edmunds émit involontairement des tss-tss qui la firent sortir de ses gonds.
- Je vous interdis de le juger ! Vous n'avez absolument aucune idée de ce que représente ce boulot. Wolf savait que Khalid était le Tueur Crématiste. Il le savait. Et il savait qu'il recommencerait.
- Il y a bien dû avoir des preuves irréfutables.
Elle eut un rire amer.
- Attendez d'avoir bossé quelques années sur des affaires criminelles et vous verrez ces soi-disant preuves s'effondrer au fil du temps. (Elle marqua une pause, sentant qu'elle montait en pression.) Ca n'est pas tout blanc ou tout noir. Ce que Wolf a fait, c'est une connerie, mais il a agi par désespoir et uniquement pour de bonnes raisons.
- Y compris attaquer un homme dans une salle de tribunal pleine de monde ? renchérit-il, un brin provocateur.
- Y compris ça. (Elle avait l'esprit trop ailleurs pour lui tenir tête.) Il a craqué sous la pression. Un jour, ça vous arrivera. Ca m'arrivera. Ça nous arrive à tous. Priez pour que des amis soient présents à ce moment-là pour vous épauler. Personne n'a soutenu Wolf quand il a pété les plombs, même pas moi...
Edmunds, silencieux, percevait des regrets dans sa voix.
- Wolf allait être envoyé en prison. Ils voulaient faire un exemple de leur « inspecteur déshonoré ». Ils voulaient sa peau. Et puis, un matin frisquet de février, devinez qui on découvre, penché sur le corps carbonisé d'une écolière ? Khalid. La gosse serait encore vivante aujourd'hui, si seulement ils avaient écouté Wolf. » (p. 38-39)


J'en dis que :

Wolf, c'est un flic déchu, un personnage vaincu mais pas brisé. Il a tout perdu il y a quelques années parce qu'après une longue traque éprouvante, il a réussi à mettre la main sur un tueur de gamines de 14 à 16 ans absolument effroyable, qu'il prend plaisir à brûler vives. Oui, je sais, âmes sensibles s'abstenir mais on est un serial killer ou pas, non ? 27 victimes en 27 jours, quand même.

Le procès a lieu, il est affreusement long - les jurés sont confinés dans un hôtel pendant plusieurs semaines - et éprouvant mais pas pour celui qu'on croit car la situation se retourne contre Wolf, accusé d'être alcoolique, violent, d'avoir falsifié les preuves et même peut-être de s'acharner sur un bouc-émissaire précisément d'origine pakistanaise, musulman, avec tout ce qu'on sait du racisme ordinaire de la police... C'est l'occasion rêvée pour le Met de faire un exemple et de sacrifier un des leurs aux méthodes douteuses.

Contre toute attente, malgré les preuves apportées, l'accusé Khalid – le Tueur Crématiste- est déclaré innocent et Wolf se jette sur lui en plein tribunal, lui causant de graves blessures avant de se faire mettre hors d'état de nuire, puis interner dans un hôpital psychiatrique. Wolf perd sa réputation, son boulot, sa crédibilité et sa femme, journaliste en vue, qui le quitte et refait sa vie avec un autre homme beaucoup beaucoup plus calme.

L'affaire avait fait grand bruit et tout semble se tasser jusqu'à ce qu'on attrape Khalid en flagrant délit devant la dépouille fumante d'une autre jeune fille...

Réintégration de Wolf dans la police... et nous voilà quatre ans plus tard.

Wolf est appelé sur une scène de crime particulièrement baroque, un genre de puzzle macabre : un corps est suspendu par des fils, un cadavre constitué de 6 morceaux venant de 6 macchabées différents cousus grossièrement entre eux. Et incroyable, la tête est celle de Khalid. Mais comment est-ce possible puisqu'il est en prison ? Qui sont les cinq autres morts ? Quel rapport avec Khalid ? Pourquoi cet assemblage monstrueux a-t-il précisément été mis en scène dans l'appartement qui fait face à celui de Wolf ?

Avec Baxter, sa collègue têtue et fonceuse, qui force autant sur l'alcool que sur le tapis de course, et Edmunds, le stagiaire un peu candide et intuitif, Wolf enquête et tente de comprendre les raisons de ces meurtres et ce qui reliait ces personnes entre elles. Le passé revient comme un boomerang, Wolf va devoir refaire son chemin de croix.

Parallèlement, l'ex-femme de Wolf, Andrea, est une journaliste pour une chaîne d'infos en continu du genre qui ne dédaigne pas de faire du sensationnalisme, flirtant sans cesse avec la ligne rouge de la déonto.. déon quoi ? Non rien. Et cadrant aussi les seins des jolies journalistes si possible. Quand l'info se fait attendre par exemple, quand on poireaute devant une porte close et qu'on répète en boucle qu'on n'a pas d'info, ça mange pas de pain et ça fidélise les téléspectateurs. Et pour le patron de la chaîne formé aux méthodes américaines, il n'y a que ça qui compte.

Andrea a reçu un petit quelque chose par la poste : un paquet contenant les photos du cadavre reconstitué et une liste de 6 noms assortis de la date de leur mort programmée. Et là, deux choses : ça commence maintenant et le dernier nom est celui de Wolf, son ex-mari.

Ça peut être un super argument pour convaincre son patron de lui filer le JT du soir, cette info-là...
La brigade se mobilise pour protéger les victimes désignées et coincer le tueur.

Hélas, il est extrêmement bien renseigné et déjoue les ruses et les protections mises en place par la brigade.

C'est une course contre la montre et contre un serial killer impassible, complètement dingue et très très malin qui s'engage.

Comme toujours l'intérêt du roman réside aussi dans l'observation des personnages, de leurs personnalités et des liens qu'ils tissent entre eux ainsi que de l'enquête qui réserve des retournements de situation et de vraies surprises. Un dénouement machiavélique en diable, faustien même.

Mais chuut, c'est mal de spoiler....


Musique :

Richie Sambora – Stranger in this town


Ragdoll - Daniel Cole – éditions Robert Laffont – collection La Bête Noire - 454 pages mars 2017
Traduit de l'anglais par Natalie Beunat

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