Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
RUE DES FANTASQUES d'André Blanc

Chronique Livre : RUE DES FANTASQUES d'André Blanc sur Quatre Sans Quatre

Le pitch

Par une nuit pluvieuse, le commandant Farel, chef de groupe de la BRB, se penche sur le cadavre d’une femme tuée par balle et qui a apparemment fait le saut de l’ange depuis le 7ème étage d’un immeuble de la rue des Fantasques.

En remontant la piste de ce qui semble être un contrat, Farel fait sortir du bois quelques personnages sulfureux dont une redoutable femme d’affaires, quelques uns de ses nombreux amants, plusieurs mafieux géorgiens et, entre autres, un ministre en exercice…

Grand banditisme, arnaque à la taxe carbone, banques maltaises, réseaux criminels, qui tire les ficelles de tout ce beau monde ? Des comparses abattus, des serments trahis et une course poursuite dans le gigantesque réseau souterrain de la ville obligeront Farel à révéler au grand jour les dérives de ceux qui nous gouvernent.


L'extrait

« En montant les étages, Farel pensait à cette femme morte dans le caniveau, la tête éclatée, le capot de la voiture, les perles dans la pluie...
Raffinement et barbarie mêlés. Quel enchaînement avait conduit à cet instant fatal ? Qui lui avait mis une balle dans le cœur, l'avait poussée dans le vide ? Avait-elle sauté pour échapper à son agresseur, ou l'avait-il fait basculer après l'avoir blessée ?
La boucle d'oreille myosotis, l'escarpin aux étoiles dorées, le coup de feu brûlant la peau, la robe du soir, les mains fines à la peau lisse et aux ongles parfaitement vernis, tout l'intriguait...
Elle était donc sortie dans la soirée ou au début de la nuit. Cocktail, restaurant, boîte de nuit ? Maurice Aknin, le médecin légiste, l'homme qui savait toujours tout avec vingt-quatre heures de retard, proposait un créneau horaire et l'autopsie révèlerait assez vite le contenu de l'estomac, la prise de sang la quantité d'alcool bue. Resterait l'analyse toxicologique.
Quelques jours à attendre.
Était-elle revenue accompagnée de son agresseur ou un autre homme la guettait-il ? Dans ce cas, quid de son compagnon de sortie ? Homme ? Femme ? Jalouse, jaloux ou homme de main, tout était possible. Farel, d'instinct, n'excluait rien, sans illusions, sachant que le pire était toujours à venir... » (p.14-15)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Une femme qui a fait le grand plongeon depuis le septième étage, plombée par balle avant l'atterrissage, ainsi qu'un autre cadavres sur la palier de l'appartement huppé de la dame, ça sent un peu le règlement de comptes pour le commandant Farel. Surtout qu'il y avait sans aucun doute un troisième individu, blessé, qui s'est échappé. Nous sommes à Lyon, rue des Fantasques, et au tout début d'une enquête qui va remonter très haut dans les arcanes des subventions européennes et la façon simplissime de les détourner de leur objectif premier afin d'engraisser escrocs et financiers.

Mara Tessador, la victime écrabouillée sur le trottoir, a un passé trouble d'arnaques et de malversations, elle fréquente aussi bien des truands à la petite semaine, flambeurs d'argent soustrait aux comptes publics, qu'une éminence grise du pouvoir, véritable chef d'orchestre de fraudes de grande ampleur, quasiment intouchable par ses amis très haut placés.

Farel et ses collègues, ainsi que sa bande d'amis indispensables, vont se trouver embringués à dénouer des montages délirants de détournements de fric public par les failles béantes laissées – à dessein ? - par le législateur dans les conditions d'attribution de crédits européennes. La fameuse taxe carbone permettant de revendre des droits de polluer non utilisés, les fraudes à la TVA, tout est bon pour faire du pognon et le blanchir.

Un beau personnage que cette Mara, manipulatrice de talent, ambigüe, insaisissable, rusée, impitoyable, dans une intrigue double, voire triple, dans laquelle Farel va devoir faire preuve de patience et bénéficier d'un peu de chance et de flair pour en venir à bout. Une femme à la fois blessée et machiavélique, une véritable défi pour les policiers.

Farel s'étonne de la facilité incroyable avec laquelle quelques individus sans scrupule peuvent amasser des fortunes en utilisant la faiblesse d'un système qui ne se préoccupe pas vraiment de l'utilisation des fonds publics, soit vos impôts et les miens. À croire que l'Europe de monsieur Junker - l'homme qui a transformé le Luxembourg en une plaque tournante de la fraude fiscale et qui dirige aujourd'hui la Commission européenne - ignore qu'il peut exister des citoyens ne respectant pas la loi... ou comment transformer une belle idée d'union des peuples en un panier de crabes aux pinces acérées abusant des largesses du législateur.

L'enquête passera par Malte, l'île dans laquelle les journalistes trop curieuses sont assassinés à l'explosif, les paradis fiscaux et l'omerta des services publics et des milieux de la finance. Encore une fois, André Blanc dénonce, explique, il nourrit son intrigue de fais réels facilement vérifiables dans la presse, de scandales dont on ne s'offusque même plus tant ils sont nombreux. La collusion entre les mafias, les banques et la finance, les arnaques trop facile qui donnent aux beaux discours sur l'opportunité de cette Europe-là, des allures de mystifications de masse.

L'intrigue est passionnante, fouillée, édifiante, le personnage de Farel, sombre à souhait, obstiné – heureusement -, et les liens entre tous les acteurs de ces détournements savamment décrits. Rue des Fantasques est un excellent polar et œuvre utile à la compréhension de la gabegie régnant à Bruxelles que les états ne font pas grand-chose pour corriger puisque certains des bénéficiaires de ces détournements sont soit au pouvoir soit dans l'ombre de ceux qui y sont.

L'écriture est efficace, élégante, parfaite pour servir une histoire hallucinante qui, malheureusement, n'est pas tout à fait inventée : les ventes bidons de droits de polluer ont enrichi bien des sociétés ayant pignon sur rue dans la réalité.

Un polar qui dénonce le laxisme des institutions européennes dans l'utilisation de l'argent public, de beaux personnages et une intrigue tirée au cordeau !


Notice bio

André Blanc est né à Lyon. Docteur en chirurgie dentaire, passionné d'archéologie et de préhistoire, il devient adjoint au maire de Lyon à la fin des années quatre-vingt avant de démissionner pour inadéquation totale. Il aime la tragédie classique, la poésie, la littérature, le vin blanc de Condrieu et la pêche à la mouche...Après Tortuga's Bank, Farel et Violence d'État, Rue des Fantasques est son quatrième polar.


La musique du livre

Jacques Brel – Ne me quitte pas


RUE DES FANTASQUES – André Blanc – Éditions Jigal Polar – 261 p. mars 2018

photo : Lyon - Pixabay

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