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Chronique Livre :
SOUS SON TOIT de Nicole Neubauer

Chronique Livre : SOUS SON TOIT de Nicole Neubauer sur Quatre Sans Quatre

Die Autorin.

Nicole Neubauer est une romancière allemande doublée d'une avocate née en 1972 à Ingolstadt.


Ce que ça raconte, en bref.

Rose Benninghoff est assassinée dans son bel appartement munichois. Elle vit seule, c'est une avocate et elle n'a apparemment d'autre ennemi que son ancien amant, un Français, Laurent Baptiste dont on vient de retrouver le fils, Oliver, les mains pleines de sang, presque inconscient, caché dans la cave de la victime. Le jeune garçon de 14 ans ne se souvient de rien ; en tous cas, c'est ce qu'il soutient, mais son corps est couvert d'ecchymoses et il souffre de fractures. Ca devrait laisser des traces dans la mémoire aussi non ?

Michael Waechter, Hannes Brandl et Elli Schuster vont enquêter sur ce meurtre à tiroirs totalement déconcertant.


Ein Auszug aus dem Roman.

«  Premier jour
Neige fraîche

Il était frigorifié. Le froid l'avait réveillé, s'était insinué à l'intérieur de son corps et en avait anesthésié les souffrances. Pour mieux l'entuber. Au premier mouvement, les douleurs l'assailliraient de nouveau. Combien de temps avait-il dormi ?
T'aurais pu crever de froid.
Les cartons n'avaient pas suffi à le réchauffer, son corps était d'une raideur cadavérique. Il se redressa, s'appuya contre le mur. Du crépi s'effrita sous ses doigts. Le sang lui battait les tempes, les douleurs réapparurent, à moins qu'elles n'aient jamais cessé d'être là, aucune idée, elles ne faisaient pas partie de lui. Il se leva au ralenti. Seule une lumière diffuse passait à travers un soupirail dont la grille quadrillait le monde. Des flashes lui revinrent en mémoire : des images de doigts fracturés, de marches d'escalier...et des voix. Le reptile au fond de son cerveau laissait libre cours à ses souvenirs. Il se trouvait tout derrière, vers la nuque . L'endroit devenait chaud lorsqu'il s'éveillait. Il savait qu'il ne devait pas se souvenir. Lève-toi ! disait le reptile. Son corps s'exécuta. La cave tourna, de la bile emplit sa gorge. Il pouvait bouger sa jambe gauche, la droite, sa main gauche … Ne surtout pas regarder la main droite, putain de main droite. Il devait se tirer d'ici, aussi vite que possible. C'était ça, le plus important. Allez ! disait le reptile. Il ouvrit la porte, gagna l'escalier à tâtons et le gravit lentement, difficilement. Un animal blessé, sans passé. Le reptile était aux commandes, il savait ce qu'il fallait faire. Qu'il ne devait pas regarder derrière lui, pas encore. » (p. 9 et 10)


Ce que j'en dis, en moins bref.

Alors voilà : soit un jeune garçon sévèrement battu caché dans la cave de l'ex de son père, un Français plein de morgue et parfaitement antipathique qu'on sent prêt à exploser any time, qui, de plus travaille pour une société d'audit et de comptabilité prestigieuse récemment assignée en justice par la victime pour escroquerie.
Ajoutons à cela l'amnésie supposée du garçon, les rapports houleux entre le père et le fils et leur manque total de coopération avec la police, et que trouvons-nous ? Deux coupables pour un seul crime.

Est-il possible que le père et le fils, alors que leurs relations sont manifestement très distendues et acrimonieuses, se soient unis pour tuer Rose ? Et pourquoi donc ? D'après ceux qui la connaissaient, Rose était très gentille avec Oliver, l'accueillant volontiers chez elle même après sa rupture avec son père, prenant soin du garçon souvent maltraité.

En fouillant dans l'appartement de Rose, Elli découvre fort peu de choses car manifestement Rose ne conserve aucune trace du passé et elle était sur le point de déménager. Une femme secrète, cette Rose. Même son amie - du moins se pensait-elle son amie – Judith Herold, sa voisine de palier qui la voyait souvent, ignorait son intention de s'en aller. Une femme très secrète, cette Rose, cachottière et surprenante.

Seule une ancienne photo, celle d'un homme, Otmar Paulssen, et une toile représentant un bouton de rose rouge, signée du même Paulssen, retiennent l'attention d'Elli.

Au cours de l'enquête, on retrouve Paulssen, maintenant presque sénile, pensionnaire d'une maison de retraite, vaguement conscient de ce qui l'entoure, occupé à peindre sans arrêt le même bouton de rose. Bizarrement, il apparaît à l'enterrement de Rose, ingambe malgré son déambulateur puisqu'il sème Elli qui le course. Mais lui non plus ne se souvient de rien, perdu dans un monde aux contours de plus en plus flous.

Petit à petit, il apparaît que Rose a un frère qu'elle n'a pas vu depuis 34 ans, qu'elle a refusé de parler à sa famille à partir de l'âge de 12 ans, quand quelque chose de terrible a eu lieu, mais quoi ? Et cet événement traumatique est-il lié à son assassinat 35 ans plus tard ?

Oliver et son père, eux aussi, cachent quelque chose, mais quoi ? Parfois sur le point de tout dire à Waechter, le seul à qui il sent qu'il peut se confier, Oliver se reprend in extremis, pas totalement sûr de ne pas être un vrai monstre.

Plus qu'une enquête somme toute assez confuse et pas très palpitante, le roman explore les blessures de l'enfance et de l'adolescence : Oliver et son père, l'adolescence traumatique de Rose mais aussi le passé d'enfant abusé de Judith, dans ses familles d'accueil. Elle avait montré son dossier à Rose, d'ailleurs, c'était un lien de plus entre elles. Parallèlement à l'enquête, Hannes doit faire face au comportement erratique et agressif de sa fille adolescente Lily déposée par sa mère, l'ancienne compagne de Hannes, chez lui pour ce qui semble être un temps indéterminé.

Le roman vaut surtout pour l'analyse des liens entre adultes et adolescents, entre parents – biologiques, choisis ou subis - et enfants, de la complexité des relations humaines et de l'impact terrible des blessures anciennes. On fait semblant d'être adulte mais on reste prisonnier à jamais de sa souffrance d'enfant.


La musique

Michel Telo - Ai Se Eu Te Pego


SOUS SON TOIT - Nicole Neubauer – Éditions Robert Laffont – Collection La Bête Noire - 432 p. octobre 2017
traduit de l'allemand par Pierre Malherbet

photo : Nymphenburg Palace - Munich (Pixabay)

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