Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
SOUVENIRS EFFACÉS d'Arno Strobel

Chronique Livre : SOUVENIRS EFFACÉS d'Arno Strobel sur Quatre Sans Quatre

Le pitch

L’enlèvement de son fils… Sa fuite nocturne à travers le parc… Le coup sur la tête… À son réveil d’un coma de deux mois, Sibylle a l’impression de se souvenir de tout. Elle a 34 ans, vit avec son mari dans une ville voisine.

Étrangement, le médecin à son chevet lui assure qu’elle n’a jamais eu d’enfant. Sibylle décide alors de fuir l’hôpital en pleine nuit pour rentrer chez elle.

Une automobiliste stoppe et la raccompagne jusqu’à son domicile. Mais, lorsque son mari ouvre la porte, il ne la reconnaît pas, malgré les détails intimes qu’elle lui livre.

À qui Sibylle peut-elle faire encore confiance ? Et qui est-elle vraiment ?


L'extrait

« Quand Sibylle vit son fils entraîné de force sur le siège passager de la voiture inconnue, elle se figea, persuadée un instant que son cœur allait s’arrêter de battre. Elle entendit le cri étouffé que poussa Lukas, puis vit un bras tatoué surgir de l’intérieur du véhicule pour refermer
sèchement la portière. Elle nota que le tatouage bleuté parcourait tout l’avant-bras et se terminait sur le dos de la main. Quand, une poignée de secondes plus tard, la voiture démarra dans un crissement de pneus, sa paralysie se dissipa enfin et elle se mit à courir en hurlant.
Le pare-brise arrière rapetissa à toute vitesse. Les poumons brûlants, elle aspirait l’air par saccades, sentant qu’elle ne faisait pas arriver assez d’oxygène dans sa cage thoracique. Devant elle, la rue s’étira en stries indistinctes pour finir par disparaître dans un chaos dénué de contour.
Elle s’essuya rapidement les yeux du bras puis se concentra sur le rythme de ses jambes. Quelques secondes plus tard, la voiture disparut à un croisement, son enfant à bord.
— Lukas…
Sibylle s’arrêta. Des tiraillements désagréables la lançaient à la tête, à la poitrine, partout. Dans ses poumons, la sensation de brûlure avait disparu, de même que la
douleur dans ses jambes.
D’un coup, tout lui parut étrangement irréel. Ses sens furent arrachés à cette horrible scène, comme tirés en arrière par un long élastique tendu à craquer, et flottèrent un instant dans un monde intermédiaire entre rêve et réalité. » (p. 7-8)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Imaginez que vous vous réveilliez dans ce qui ressemble à une chambre d’hôpital avec la certitude que votre fils, Lukas, a été kidnappé, sans avoir aucune idée de ce vous faites là et de ce dont vous souffriez pour y être admise. Voilà une entrée en matière qui donne le vertige. Vous parvenez à vous échapper, courez à moitié nue dans la rue avant d’être prise en stop par une charmante et excentrique vieille dame, Rosie, qui fait bien plus que vous déposer là où vous lui demandez. Hélas, votre mari ne vous reconnaît pas, vous n’avez ni le visage, ni même la taille ou la silhouette de son épouse qui a disparue depuis deux mois. Là, c’est le cauchemar absolu. Et c’est ce que traverse Sybille, le personnage principal de ce thriller tout en rebondissements.

Le mari, donc, pas la peine de compter sur lui, appelle la police qui arrête Sybille, la conduit sur les lieux où elle a soi-disant été retenue contre son gré et ne découvre absolument rien d’autre qu’une cave de clinique sans trace d’occupation récente. Re fuite, avec, elle ne sait, peut-être, la complicité, du moins tacite, d’un des flics. À devenir dingue si ce n’est pas déjà le cas. Sybille va devoir se méfier de tous, y compris sa meilleure amie qui ne la reconnaît pas plus que son époux. Et cette histoire autour de Lukas enlevé qui ne colle pas avec la biographie de Sybille Aurich qui n’a jamais eu d’enfant, tout le monde l’affirme…

L’essentiel de ce roman tient en une question : qui est qui ? Qui est membre du complot semblant vouloir à tout prix récupérer Sybille, qui est un ou une ami, qui est un ou une ennemi ? La jeune femme va tenter de remonter sa propre piste, de trouver des éléments de sa vie privée ou professionnelle afin de savoir qui elle est, pourquoi cet acharnement à nier son existence et ce qu’elle fait au milieu de cette intrigue digne d’un roman d’espionnage délirant.

À l’aveugle, de semi-renseignements en hypothèses hasardeuses, toujours accompagnée, ignorant si elle peut se fier à celui ou celle qui est à ses côtés, Sybille va se battre pour découvrir sa véritable identité et celles de ses poursuivants, tous particulièrement inquiétants.

Un thriller page turner haletant, jusqu’au dénouement, une intrigue sinueuse où l’on ne sait plus qui poursuit qui, manipulations, espionnage, vol de personnalité, tout y est.


Notice bio

Né en 1962, Arno Strobel, ancien consultant en gestion informatique, se tourne vers l’écriture en 2007, avant de créer sa propre entreprise pour publier en 2010 son premier thriller. Depuis, ayant rejoint une grande maison d’édition, il figure régulièrement parmi les best-sellers du Spiegel. Il est l’auteure de 12 thrillers traduits en 10 langues. Les éditions de l’Archipel ont publié Enterrées vivantes (2017).


La musique du livre

Peter Maffay – Du hattest keine Tränen mehr

Peter Maffay – Weil es dich gibt

Peter Maffay – Ewig

R.E.M. - Losing My Religion


SOUVENIRS EFFACÉS – Arno Strobel – Éditions de l'Archipel – 319 p. juin 2018
Traduit de l'allemand par Céline Maurice

photo : Pixabay

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