Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
SURTOUT NE MENS PAS de Elena Sender

Chronique Livre : SURTOUT NE MENS PAS de Elena Sender sur Quatre Sans Quatre

 image : neurone au microscope électronique, vue d'artiste (Wikipédia)


Le pitch

Scène de méningues tragique...

Erik Hilgarson, chercheur en neurologie, fête ses quarante ans et il a tout pour être heureux : une femme superbe, Laura, violoniste de grand talent, et ses recherches ont fait depuis quelques mois des pas de géant. Il a fait une découverte majeure qui ouvre d'immenses perspectives pour les malades atteints de dégénérescence neuronale. Tous ces amis et connaissances sont rassemblés dans un bel hôtel particulier pour l'occasion. Cette même assemblée est donc stupéfiée quand il est retrouvé pendu dans le grenier, du fil barbelé autour du cou.

Laura est sidérée, effondré mais ce n'est que le début de ses surprises. Toutes plus désagréables les unes que les autres, ces surprises, dont la découvertes de SMS semblant démontrer qu'Erik avait une liaison. Même si le suicide fait peu de doute, le capitaine Raphaël Ruis, qui reconnaît en Laura la violoniste qu'il avait tant admiré en concert avec Jacques Higelin, décide de fouiner un peu plus et découvrir que l'affaire est bien moins simple qu'il n'y paraît.

Ils vont remonter les derniers mois de la vie de Erik et croiser d'étranges personnages. Laura sera même traquée, le danger rôde autour d'elle sans qu'elle en connaisse la raison, elle ne sait rien ou presque des travaux de son mari. Certains protagonistes, dont la très étrange potentielle maîtresse d'Erik, Pandora, souhaitent augmenter les capacités du corps humains grâce aux progrès technologiques - les body hackers -, d'autres, aux motivations plus triviales, en veulent pour leur argent. La découverte du chercheur a suscité bien des convoitises, celle d'un laboratoire puissant, des allumés du surhomme, de médecins sans éthiques, qui n'hésiteront pas à employer tous les moyens, même les pires pour obtenir ses précieuses formules.

Accrochez vos neurones !


L'extrait

« Il y a quelques jours à peine, ils envisageaient de faire un bébé, en se regardant les yeux dans les yeux, après avoir fait l'amour dans leur lit immense, toutes fenêtres ouvertes.
Ce n'était pas l'attitude d'un homme suicidaire. Il était préoccupé par son travail et ses soucis familiaux, certes. Parfois irascible et secret, il pouvait disparaître des heures entières dans l'atelier pour créer ses statuettes de Hugufolk, le peuple caché d'Islande qui avait hanté son enfance. Mais ce n'était pas la majorité du temps. Il avait aussi souvent ses moments de paix clairvoyante où il parlait passionnément de ses recherches, prenait plaisir à partager un repas fin ou un vin patiemment choisi, et surtout à l'écouter, elle. Calé dans son fauteuil en cuir défraîchi, le menton dans une paume, il buvait chaque note qu'elle faisait naître de son violon, debout devant lui. Et si ses yeux s'embuaient, il ne cherchait jamais à le cacher.
« Tu m'émerveilles » murmurait-il alors.


L'avis de Quatre Sans Quatre

Une histoire qui commence pied au plancher et qui ne s'essouffle pas au fil des pages, tout en faisant découvrir le monde, véritablement étrange et effrayant, de ces gens qui veulent absolument augmenter les capacités humaines. Certes, l'univers de la recherche et de ces coups-bas entre chercheurs et laboratoires n'est pas épargné, on ne sait jamais d'où va venir le trait, mais cette volonté de devenir plus qu'humain est un des gros point fort du récit. Ce n'est pas de l'anticipation, ou pas vraiment, les possibilités existent déjà et Elena Sender est avant-totu journaliste scientifique, elle a mené l'enquête également, ne laissant pas ce soin à son capitaine Ruis. Les « Body Hackers » existent et nous promettent des lendemains qui bippent aux lueurs des leds de toutes les couleurs...

L'artiste et le génie, un couple modèle, un exemple pour tous leurs amis, explosent dès le premier chapitre, un mort, une traumatisée profonde, les dégâts sont d'emblée considérables. Et les rebondissements et découvertes sordides s'enchaînent et s'entassent, étouffant la jolie romance sous des tonnes de rancoeurs familiales, d'ambitions insatiables et d'avidité. Sans compter les inévitables cadavres qui emplissent les placards de chacun, flic, victime, tueurs patentés ou jeunes paumés embrigadés.

Une foule de personnages ayant chacun leur intérêt propre en jeu, se croisent, brouillent les pistes, ajoutent à la confusion pour donner un thriller très dynamique, un suspense dingue à la fin inattendue. Mensonges, trahisons, faux-semblants, tout y passe et bien malin qui retrouvera la piste dans ce dédale infernal. L'homme, simplement, c'est pas toujours un cadeau, mais agrémenté de puces, c'est carrément infréquentable !

En filigrane, ce sempiternel problème de la recherche et de l'utilisation des résultats, Elena Sender repose la question de l'éthique et du respect de celle-ci par les praticiens et les investisseurs. Tout va très vite aujourd'hui, l'impatience règne. Les délais entre les inventions des chercheurs aux énormes potentiels économiques et scientifiques et leurs applications à l'homme rendent l'attente encore plus insupportable qu'autrefois.

Directement au cœur de notre précieux cerveau, de nos sens, Surtout Ne Mens Pas nous fait rencontrer des êtres étranges et fascinants, côtoyer les travaux les plus pointus sur les neurones au fil d'un scénario palpitant, un page turner obsédant, crachant ses rebondissements comme un automatique, en rafale. Le doute partout, tout le temps, le signe d'un grand thriller.


Notice bio

Elena Sender est journaliste scientifique à Sciences et Avenir et a signé plusieurs films documentaires (Canal Plus, Arte). Elle est l'auteur de deux romans très remarqués : Intrusion (Prix Carrefour du premier roman 2010) et Le Sang des Dauphins Noirs (2012). Surtout Ne Mens Pas est son troisième roman.


La musique du livre

Le livre s'ouvre sur un rock dansé par Erik et Laura, Rock Around The Clock - Bill Haley and His Comets, c'est la fameuse soirée d'anniversaire. Laura travaille intensément le solo de violon de Shéhérazade de Nicolaï Rimski-Korsakov qu'elle doit interprété prochainement sur scène.

If it be you will par Leonard Cohen and The Web Sisters que Laura entend dans sa voiture avant que Antony & the Johnsons - You're my Sister ne prennent la suite.

Les Body Hackers écoutent bien évidemment Supremacy de Muse.

Et beaucoup de musiques encore à découvrir dans ce thriller...

SURTOUT NE MENS PAS – Elena Sender – XO éditions – 347 p. septembre 2015

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