Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
Thèse sur un homicide de Diego Paszkowski

Chronique Livre : Thèse sur un homicide de Diego Paszkowski sur Quatre Sans Quatre

Photo : Juliette Lewis, une des obsessions de Paul (Wikipédia)

L'extrait

« ...il se lève, pivote et marche le long du couloir, le long des onze fenêtres à travers lesquelles la lumière du jour a cessé d'entrer depuis un moment, soixante-seize pas plus dix-huit autres pour franchir la porte et, sans rendre le livre, monter plusieurs volées de marches, traverser des paliers et des petits couloirs et accéder depuis le niveau principal au premier étage, puis faire soixante pas, monter quatre marches, puis faire six pas et descendre quatre marches identiques, et enfin cent quatre pas le long d'un autre couloir pour entrer dans l'amphithéâtre 119, arriver avec sept minutes de retard à son premier cours et connaître enfin cet ami de son père, l'illustre professeur. »


Le pitch

Ce roman est un duel! L'affrontement à mort de deux cerveaux, une partie d'échec macabre et sans pitié. L'un des cerveaux appartenant à un français, étudiant en droit brillant, obsessionnel, border-line, venu à Buenos Aires se perfectionner dans un séminaire et l'autre au juge-professeur de ce même séminaire. Ce combat va se révéler finalement extrêmement complexe jusqu'à remettre en cause profondément la personnalité même et les valeurs des duellistes.

Paul Besançon, l'élève, propose à l'éminent professeur de droit, Roberto Bermudez, une thèse mettant en scène un meurtre particulièrement abominable, méritant la pire peine prévue par la justice argentine, mais, qui pourrait pourtant rester impuni. Il veut prouver par-là que la justice est aveugle. Bermudez est bien évidemment persuadé du contraire et va bien vite s'apercevoir que Paul ne va pas se contenter de l'imaginaire et qu'il compte bien mettre son obsession en acte.

Roberto Bermudez connait bien le père de son étudiant et il apprend que celui-ci a laissé quelques films derrière lui en France qui dessinent la trame de son projet. Le séminaire se déroule sur huit longues semaines et les deux protagonistes vont rivaliser d'ingéniosité pour prouver que l'autre à tort...


L'avis de Quatre Sans Quatre

Thèse sur un homicide est incontestablement un thriller. La charge émotionnelle va croissante tout au long du roman superbement accompagnée par l'écriture qui se modifie imperceptiblement de chapitre en chapitre jusqu'à une inversion quasi totale du style adopté pour faire parler chacun des deux héros.

Pas de jaloux, un chapitre pour Paul, un pour Bermudez, sauf qu'au début de l'ouvrage, c'est Paul qui débite sans respirer des phrases sans fin ni point, c'est Bermudez qui va peu à peu adopter ce staccato, l'angoisse et l'adrénaline change de camp et l'auteur le ponctue ainsi fort habilement.

Ce livre est également une réflexion sur l'éthique et la morale. La fin justifie t'elle les moyens?Peut on tout faire au nom de la justice et de la vérité ? Peut on travestir la réalité, la fabriquer pour faire triompher ce que nos sociétés imparfaites nomme justice ? Ce sont ces questions qui sont en jeu ici et ce bouquin est bien dérangeant, il nous sort d'un confort intellectuel et de quelques certitudes auxquels nous sommes habitués et nous laisse sans beaucoup de réponse à apporter.

Comme dans tout duel, chacun cherche les failles de l'autre, fouille ses blessures, appuie là où ça fait le plus mal. Dans l'absolu, il y a le code pénal, les milliers de lois, de textes, de jugements rendus pour servir de règles à ce combat. Bermudez et Paul en sont des spécialistes, ils les connaissent sur le bout des doigts, c'est donc dans le brouillard de ce qui n'a pu être codifié qu'ils vont aller s'affronter.

Un livre qui remet autant de certitudes en cause ne peut qu'être nécessaire ! S'il s'y ajoute une belle écriture, un rythme calqué sur l'état psychologique de ses protagonistes et une élégance du verbe qui en rend la lecture fort agréable, il en devient indispensable. Certes, il sort des sentiers battus, original, un côté intellectuel certain, un beau défi dans l'intrigue et dans sa résolution mais quel plaisir au final !

Décidément, l'Argentine du polar est un pays qui m'aura beaucoup appris et surpris en 2104. Si c'est avec cette qualité, pourvu que ça dure...


Notice Bio

Né en 1966 à Buenos Aires, Diego Paskowski est romancier et nouvelliste. Il dirige des ateliers d'écriture et enseigne à l'université. Thèse sur un homicide s'est vu décerner le prix du meilleur roman de l'année par le grand quotidien argentin La Nacion.


La musique du livre

Melissa Etheridge cueille Paul à son réveil avec le clip de Come to my window diffusé sur MTV, puis Le Pont des Arts de Georges Brassens qui lui vient comme dans un rêve. Dans le même chapitre, il voit Juliette Lewis dans Les Nerfs à Vif qui regarde le clip de Patience des Guns and Roses.

Et comme ce film, Les Nerfs à Vif est un des indices de l'énigme et qu'il revient plusieurs fois au cours de récit, autant se passer le trailer...

Thèse sur un homicide – Diego Paszkowski – La dernière goutte – 206 p. septembre 2013
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Delphine Valentin

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