Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
Trait bleu de Jacques Bablon

Chronique Livre : Trait bleu de Jacques Bablon sur Quatre Sans Quatre

Photo : prison d'Alactraz, c'est en taule que le récit débute (Wikipédia)


L'extrait

« - Qui a tué Julian McBridge ?
C'est moi.
On était d'accord.
Pourquoi j'ai tué Julian McBridge ?
Là, motus. J'avais décidé de garder ça pour moi. C'était de l'ordre de l'intime et ça resterait secret. Mes explications auraient mis le public de mon côté. Tant pis. J'étais prêt à faire plein d'autres choses, chanter à l'église, ramper tout nu dans un champ d'orties, donner un poumon, mais dire pourquoi j'avais tué Julian McBridge, ça, non.
Ne rien lâcher faisait de moi un tueur sans mobile, un mec incontrôlable. Danger maxi pour la société. On ne me regardait plus pareil. Le jury avait les poils des bras qui se dressaient quand je me pointais à la barre. »


Le pitch

Les Jones ont, un jour, la mauvaise idée de faire vider leur étang et, au milieu des carpes et autres déchets immergés, le corps de Julian McBridge est retrouvé avec le poignard du narrateur dans le ventre. Arrêté alors qu'il s'apprêtait à aller taquiner la truite avec son pote de toujours, Iggy, il avoue sans chicaner et se retrouve évidemment en taule pour plus de 7300 jours. C'est long !

Pour passer le temps, il consulte le psy du pénitencier qui va lui permettre de formuler les bonnes questions qui devront bien trouver petit à petit de bonnes réponses, même si ces réponses ne lui conviennent pas tout à fait...

Le bouquin démarre dans l'espace réduit d'une cellule mais se poursuit dans des espaces plus rustiques, peuplés de sacrés salauds, de belles filles plus ou moins bien intentionnées, de troquets minables et, surtout, de cadavres qui bouillonnent dans des bains d'acide, de cochons baladeurs et de poules, un monde où le héros va devoir survivre, subir et agir.


L'avis de Quatre Sans Quatre

Ce polar, surprenant, est un morceau de rock speed où les personnages s'agitent sur une section rythmique dingue. Chacun y va de son solo à un moment ou un autre mais c'est l'ensemble qui compte et c'est rudement bien composé et joué ! Des personnages originaux, francs du collier, chacun connait son rôle et sa partition mais parvient tout de même à nous surprendre au détour d'une phrase choc ou d'une métaphore de compèt...

L'écriture est tellement cinématographique que l'adaptation ne devrait pas nécessiter trop de taf pour fixer cette histoire sur grand écran. Un style fait sur mesure pour, des rebondissements en cascade, du suspense, des situations qui ne sont jamais tout à fait ce que le lecteur pense qu'elles sont, bref, une lecture passionnante, un récit qui ne relâche pas un instant la pression. C'est un sprint, pas un marathon, et il y a là toute l'intensité de l'effort court mais hyper violent, des enchaînements sans pause, des protagonistes sans cesse au-dessus du vide dans l'équilibre précaire qu'a bien voulu accorder l'auteur.

De surprises en bagarres, de flirts en amitiés fulgurantes, le héros en apprend de belles sur lui-même et son pote et il digère comme il peut les renseignements qu'il n'a pas forcément cherchés mais qui lui parviennent de gré ou de force comme des coups de matraque.

Un excellent roman, atypique, riche, furieux, dingue comme un jeune chien, parfois très drôle, un peu macabre mais jamais, à aucun moment, ennuyeux. Bien au contraire. Une ambiance à la Fantasia chez les ploucs, de vrais méchants et de faux bad boys, ce bouquin là, mon vieux, il est terrible !


Notice bio

Jacques Bablon : Sa mère est née à Saint-Pétersbourg, lui à Paris en 1946. Il passe son enfance dans le 93 à taper dans un ballon sur un terrain vague triangulaire… Ado, il décide de devenir guitariste et de chanter du Dylan pour pouvoir draguer les filles… Mais devant le peu de succès récolté il préfère s’acheter une pile de disques (les Stones, Mozart, les Beatles et compagnie…) et un Teppaz. Plus tard l’exaltation artistique lui tombe dessus par hasard grâce à la peinture. Après avoir dessiné des bols, des cafetières, des pommes et des femmes nues, il devient professeur à l’École supérieur des arts appliqués. Parallèlement à sa carrière officielle d’enseignant heureux, il publie des BD chez Casterman et devient scénariste dialoguiste de courts et longs métrages. Il a toujours eu besoin de voir loin pour survivre, c’est pourquoi il habite en haut d’une tour. Mais le pire, c’est que des années après, il ne sait toujours pas où est passé son Teppaz…(bio entièrement piquée à Jigal Polar ;-)


La musique du livre

À part Rachmaninov, cité et écouté par Big Jim, un ami du narrateur, point de titre spécifiquement inséré dans le récit, alors on se la joue malin : le narrateur déterre un cadavre portant des « chaussures bleues de Suède », alors hop, Blue Suede Shoes, évidemment, mais par Motörhead qui me semble mieux correspondre au tempo du roman que ce brave vieil Elvis.

Ensuite, là je m'avance, j'extrapole, mais, par euphonie, le duo de copines Emilou et Rose m'a fait immanquablement penser à Emmylou Harris dont le style folk correspond à leurs chansons, ce sera donc Making Believe.

Trait bleu – Jacques Bablon – Jigal Polar – 151 p.  février 2015

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