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Chronique Livre :
TUNNEL d'Éric Courtial

Chronique Livre : TUNNEL d'Éric Courtial sur Quatre Sans Quatre

Photo : tunnel de la Croix-Rousse; lieu de la prise d'otages (Wikpédia)


Le pitch

Lyon, début des vacances de Pâques : Le commissaire Patrick Furnon s'apprête à vivre un week-end tranquille, enfin. Il vient d'être nommé à la tête du SRPJ et compte bien profiter de ce répit après le rythme rude de sa prise de fonction. Bien évidemment, il ne goûtera pas la douceur du farniente.

Un gang de huit malfaiteurs prend près de deux cent personnes en otage dans le tunnel de la Croix-Rousse. Entrées et sorties bloquées, les malheureux pris au piège à l'intérieur ne seront relâchés qu'une fois une exorbitante rançon obtenue. Anonymes, les gangsters s'interpellent par des nombres, de 1, le chef, à 8. Ils ont arrêté leurs véhicules aux entrées et sorties du tunnel et sont lourdement armés.

Les voyous démontrent une organisation minutieuse, quasi militaire et ne plaisante pas. Un négociateur débutant dépêché sur les lieux par le préfet contre l'avis de Furnon, va déclencher l'ire de 1 qui l'obligé à choisir entre l'exécution d'un otage ou l'explosion d'une bombe dans Lyon. Une pauvre vieille dame va y laisser la vie. L'affaire ne pouvait pas plus mal commencer, la moindre erreur peut entraîner immédiatement la mort de dizaines d'innocents. Furnon et son équipe sont dans l'obligation de rechercher la moindre faille dans un plan diabolique...


L'extrait

« Toute l'équipe disponible du SRPJ était maintenant au bureau, renforcée des membres de la criminelle présents.
Écusson était en route pour le tunnel avec pour mission de gagner du temps, « ordre du préfet » lui avait annoncé Furnon. Il avait ajouté qu'il était dans son intérêt de ne pas décevoir ses soutiens.
Etchevarry avait contacté le Directeur Régional de la Banque de France. Ce dernier ne comprenait pas comment l'information sur les billets réformés avait pu filtrer. Mais l'heure n'était pas à l'enquête interne ; il lui fallait organiser le transfert sécurisé des billets jusqu'au tunnel de la Croix-Rousse. Bien entendu, il n'était pas encore question de les remettre aux preneurs d'otages d'après la police, mais son interlocuteur du SRPJ ne lui avait pas présenté de stratégie claire au cas où les choses ne se passeraient pas au mieux.
Le commissaire Furnon se démultipliait entre ses téléphones fixe et portable, son ordinateur et ses collaborateurs qui entraient et sortaient en permanence de son bureau. Il était devenu le pivot du centre névralgique de l'opération conjointe de toutes les forces de police et semblait plutôt bien supporter la pression générale. »


L'avis de Quatre Sans Quatre

Neuf jours, pas un de plus, c'est le temps de l'action de ce polar coup de poing. Aucun moment de répit, le scénario est millimétré, quadrillé, les huit bandits n'ont rien laissé au hasard et le planning est magistralement bouclé. Une course contre la montre s'engage dès le tunnel bloqué, les flics, toujours un coup en retard, ne vont pouvoir tout d'abord que constater les dégâts, avant de revenir de leur sidération et de tenter de reprendre pied et, qui sait, de prendre un coup d'avance.

À l'organisation du gang, répond la détermination sans faille du SRPJ, de Furnon, d'abord, qui sait tirer le meilleur de ses hommes sans s'épargner lui-même, une coopération remarquable entre les différents service et, comme souvent, un peu de chance, pour voir s'ouvrir une brèche. Éric Courtial a construit une intrigue diabolique où les « autorités » n'en ont justement plus aucune, un déroulé implacable qui ne laisse aucune place à l'improvisation. Comme le répète sans cesse 1 : « Je fixe les règles et vous les respectez ! »

Toute l'habileté de l'auteur est justement de renverser constamment les rôles, de faire, tout au long du roman, valser les certitudes, celles de des policiers, des truands et même du lecteur. L'action se déroule en direct, quasiment minutée, lire ce polar, c'est être littéralement embarqué dans cette tragédie jusqu'à l'ultime développement, vivre le suspense avec les acteurs, une bien belle expérience. L'écriture est travaillée pour ce sentiment, directe, sans fioritures, le style porte au cœur des événements naturellement. Le film est tout fait, pas besoin de retravailler le bouquin pour l'adapter, les plans sont en place.

Tous les repères du polar traditionnel sont présents, il n'en manque pas un. Côté personnages, l'équipe de flics et son meneur d'hommes agrémenté du geek surdoué et de la nana couillue, la journaliste courageuse, les voyous sans pitié, le pauvre gars embarqués dans une affaire qui le dépasse, le crétin ou qui joue à l'être, le préfet politicien jusqu'au bout des ongles. Pour le reste la rapacité, l'envie, la trahison, la vengeance, la peur, le courage, l'adrénaline, rien ne manque et l'auteur sait en tirer un cocktail au goût particulièrement réussi. Un nombre ahurissant d'otages, une rançon exorbitante et un duel au sommet entre un commissaire déterminé et un caïd de haut-vol.

Tunnel est un excellent premier roman, nul doute qu'il aura des petits frères et que le commissaire Furnon reviendra pour de nouvelles aventures, accompagné de son équipe/commando. Un polar classique dans le fond, beaucoup moins dans la forme, très intéressant !


Notice bio

Éric Courtial est né en 1969. Manager commercial d'une grande banque de détail, passionné de romans policiers et de thrillers, il a décidé d'écrire Tunnel, qui est son premier roman, en 2012 pour l'achever en 2013. Stéphanois d'origine, il vit aujourd'hui près de Lyon.


La musique du livre

Un seul titre qui jaillit de l'autoradio d'une des voitures prévues pour la casse. Pas n'importe lequel, Freddy Mercury qui chante We Are The Champions, pour une équipe de braqueurs, c'est bon signe.

TUNNEL – Éric Courtial – Éditions du Caïman – 268 p. septembre 2015

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