Quatre Sans Quatre

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Chronique Livre :
UN MATIN PLUS TRANQUILLE de Gabrielle Desabers

Chronique Livre : UN MATIN PLUS TRANQUILLE de Gabrielle Desabers sur Quatre Sans Quatre

Quatre Sans... Quatrième de couv...

Brest, avril 2016. Valérie est folle d’inquiétude lorsque Thomas, 17 ans, disparaît. Fils unique, il n’a jamais fugué, jamais posé de problèmes. Elle soupçonne qu’il est parti rejoindre sa grand-mère paternelle, en Allemagne. Cette femme de 80 ans est en effet la seule personne à connaître la vraie histoire de leur famille. Thomas serait-il nostalgique des heures sombres du nazisme ?

Allemagne, années 40. Frida vit dans un petit village tranquille. Totalement acquise au pouvoir en place, elle pense que les bouleversements que connaît l’Europe vont lui ouvrir un avenir radieux. En réalité, elle va vivre le pire cauchemar d’une mère lorsque son enfant lui est enlevé.

Valérie découvre que la disparition de Thomas est intimement liée au passé de leur famille, qu’il cherche des réponses. Et qu’il a toutes les raisons du monde de vouloir connaître le secret de ses origines.


L'extrait

« C’est facile de fuir ! Elle ne s’est aperçue de rien. En ce matin d’avril, je n’avais pas le choix. Mais de penser à la panique qu’elle ressentira, quand elle comprendra que je ne vais pas rentrer, m’attriste. J’aurais voulu ne pas lui infliger cette souffrance. J’ai conscience que je suis le centre de son monde. D’ailleurs, quelquefois,l’étendue de son amour me fait peur. Saurais-je, un jour,
éprouver des sentiments aussi inconditionnels que ceux qu’elle me porte ?
Je dois cesser de penser à ce que je laisse derrière moi. Dans quelques semaines, elle comprendra l’utilité de mon départ. Mon avenir, mon bonheur et le sien en dépendent.
Mon train file entre des champs à perte de vue. Nous traversons la Beauce. Quelques villages parsèment ces terres agricoles. Les gros bourgs semblent endormis autour de leur clocher. Dans très peu de temps, j’arriverai à Paris et, dans une poignée d’heures, je ne pourrai plus revenir en arrière.
Je prépare ce voyage depuis des mois. J’ai consulté un nombre incalculable de sites internet pour prendre des contacts et me documenter. Je n’aime pas l’idée de la tromper, mais je me sens quand même assez fier d’avoir réussi à organiser seul cette expédition risquée. J’espère que la police ne me retrouvera pas.
J’ai peur de l’inconnu, mais je ne veux pas mourir. Si, comme je le prévois, ce voyage me redonne vie, je sais qu’elle me pardonnera mes mensonges et ma fuite. » (p. 5-6)


L'avis de Quatre Sans Quatre

Thomas a disparu et ce n'est pas son genre. Cet ado de dix-sept ans a plutôt la tête sur les épaules, il n'est pas en échec scolaire et ne s'oppose pas systématiquement à sa mère, Valérie, avec qui il habite. Ses parents sont divorcées et il ne souhaite plus se rendre un week-end sur deux chez son père, Patrick. Celui-ci est un sale type, aigri, partisan fanatique de l'extrême-droite, nostalgique du nazisme et de la purification ethnique. L'inquiétude est grande, d'une part parce que le garçon n'a laissé aucun message expliquant sa supposée fugue, d'autre part parce qu'il est atteint d'une maladie génétique rare nécessitant une greffe de moelle osseuse et que son état de santé ne lui permet pas de tenir bien longtemps éloigné d'un lieu de soins.

Valérie, folle d'inquiétude, prévient la police, le commissaire Laurent Fournier et son adjointe Élodie vont prendre en charge l'enquête qui les mènera bientôt sur une piste en Allemagne où le père de Thomas a déménagé, non loin de Hambourg, à Lajem, un village autrefois tranquille, aujourd'hui une espèce d'enclave néo-nazie, occupée en très grande partie par des extrémistes racistes et dangereux. Patrick possède la double nationalité franco-allemande, sa mère, Frida ayant épousé, après la guerre, un prisonnier français travaillant chez ses parents qui étaient fermiers. Parallèlement aux recherches concernant le jeune homme, Gabrielle Desabers raconte la vie de Frida, jeune fille enthousiaste en 1934, séduite par la propagande hitlérienne, adhérente, puis cadre des sections de jeunesse du parti, devenue puéricultrice grâce aux subsides accordés par le Reich aux jeunes femmes désireuses d'oeuvrer au renforcement de la race aryenne en procréant ou en assistant les femmes enceintes de rejetons supposés purs, puis en assurant les soins aux bébés et aux accouchées.

Affectée à un lebenborn, une sorte de ferme à enfants blonds - un projet imaginé par Himmler - Frida, tout d'abord infirmière, sera fécondée, c'est exactement le terme approprié, par un SS, s'apercevant, un peu tard, que seuls ses ovules intéressaient son amants et ses employeurs. La débâcle s'accélérant et l'armée rouge avançant, l'enfant lui est arraché et Frida n'a d'autre solution que de retourner chez ses parents où elle épousera un Breton, avant de s'exiler avec lui pour tenir une exploitation dans la région de Brest. Elle n'a parlé à personne de cette petite fille perdue, Agnethe, mais en souffre toujours aujourd'hui, soixante-dix ans après les faits.

D'autres secrets de famille encombrent Valérie. Une mystérieuse embrouille, juste avant la naissance de Thomas, l'a séparée de sa jumelle, Caroline, vivant désormais en Argentine, où elle tient avec son mari une estancia. L'enquête sur la disparition de Thomas va donc se trouver mêlée à toutes ces énigmes du passé que le commissaire devra dénouer une à une, se rendant en Allemagne, puis en Argentine, pour en découvrir tous les aspects et interroger directement les témoins. Thomas va agir comme un révélateur, sa fugue permettra aux acteurs de ces plus ou moins lointaines intrigues de se parler, de confronter leurs souvenirs ou de chercher là où il faut pour comprendre ce qui s'est réellement passé.

Le flic et Valérie ne vont pas tarder à nourrir de tendres sentiments l'un pour l'autre, ajoutant une touche de romance aux sombres événements évoqués. Un matin plus tranquille est un bon polar, sur un thème assez peu traité, les lebensborn et leurs conséquences, une histoire bien menée, pleine de suspense et de rebondissements qui maintiennent un intérêt constant tout au long de la lecture.

Bon polar, une intrigue complexe entre la Bretagne, l'Allemagne, l'Argentine, le passé et le présent, le cynisme, la cruauté absolue et la bienveillance...


Notice bio

Gabrielle Desabers vit en Bretagne, une région dont elle est amoureuse et qui sert de cadre à ses livres. Elle est l’auteur de nombreux romans à succès et a obtenu la plume d’argent au concours des plumes francophones en 2016.


UN MATIN PLUS TRANQUILLE – Gabrielle Desabers – City Éditions – 285 p. septembre 2018

photo : scène dans un lebensborn - Géo

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