Quatre Sans Quatre

Chroniques Des Polars et des Notes Fiction Top 10 Recherche

Chronique Livre :
VIOLENCE D'ÉTAT de André Blanc

Chronique Livre : VIOLENCE D'ÉTAT de André Blanc sur Quatre Sans Quatre

illustration : corbillard (véhicule par lequel l'affaire éclot, pas tout à fait celui-ci (Wikipédia)


Le pitch

Un énorme carambolage sur le périphérique lyonnais, impliquant un camion-citerne, déclenche un incendie monstrueux dans lequel est pris un fourgon d'une entreprise funéraire. Les pompiers découvrent dans un cercueil calciné les restes d'armes automatiques et des résidus d'une importante quantité de drogue mais aucun signe de la dépouille transportée. Le commandant Farel, pas encore tout à fait remis de ses blessures d'une précédente aventure, commence à enquêter sur les trois hommes de la société de sécurité privée qui sont morts dans le véhicule. Il en arrive vite à une de ses vieilles connaissances : un vieux mafieux russe qui a perdu son fils dans l'accident.

Des armes et une grosse quantité de came ajoutées à un membre influent de la mafia russe, l'affaire était déjà de taille, largement suffisante pour motiver les troupes de Farel qui maintiennent un silence absolu sur leur découverte pour ne pas alerter ceux qui avaient organisé cette expédition macabre. Peu à peu le paysage de l'enquête va s'opacifier et les éléments troublants s'accumuler, mettant en scène des personnages inquiétants sortis des cabinets ministériels, des flics de légende en retraite, des sociétés privées plus que louches et un certain Lupus, résidant au Texas...

Les pressions de toutes sortes vont se succéder, compromettant même l'enquête. Farel et ses hommes vont devoir ruser de plus en plus finement pour faire leur travail et tenter d'y voir plus clair dans cet embrouillamini de fausses pistes, de vrais mensonges et de demies vérités, plus ils vont s'approcher de la solution, plus le danger sera prégnant et imprévisible.


L'extrait

« - Et pourquoi avez-vous demandé la police judiciaire ?
- Dans un des véhicules, on pense qu'il y avait un chargement de drogue très important, qui a brûlé avec le gasoil et le plastique. La combustion de tout ça a libéré des gaz toxiques. Vous ne sentez presque rien, mais sous le vent, c'est perceptible.
- Quel genre de drogue ?
- Les analyses nous le diront, mais probablement de la coke.
- Quel poids selon vous ?
- Aucune idée, mais beaucoup, et ce n'est pas le plus important. Suivez-moi, attention où vous mettez les pieds.
Les trois hommes se frayèrent un chemin entre les carcasses, jusqu'à un amas de métal, encore brûlant, où se laissait deviner une camionnette un peu allongée, coincée entre la citerne et la bétonnière, ou plutôt ce qui en restait. On distinguait nettement deux corps calcinés, réduits à l'état de carbone noir, sur les sièges avant et deux autres, enfoncés dans les treillis métallique des sièges arrières.
Là, les quatre corps, et , derrière, contre les roues de la bétonnière, le cercueil en bois et acier, une grande taille. On utilise ce genre de cercueil pour passer les frontières, ils sont scellés, c'est très réglementé. Mais celui-ci s'est ouvert sous l'effet de la chaleur et de l'explosion de munitions qu'il contenait, laissant entrevoir son contenu...On a touché à rien. On vous attendait. On voit bien qu'il n'y a aucun ossement, des résidus de calcination qui nous semblent suspects et surtout, là, les armes. »


L'avis de Quatre Sans Quatre

Farel, le retour. Blessé sérieusement, il est à peine remis au début de cette enquête et est surtout très inquiet pour sa compagne, Maud, flic à Interpol, encore plus sérieusement touchée que lui, physiquement et psychologiquement. Il est encore plus fermé que d'habitude, plus dur, plus colérique, ses hommes le savent et doivent s'acclimater tant bien que mal.

C'est de l'impunité des très hauts fonctionnaires, de la porosité entre milieu d'affaires et milieu tout court dont il est question dans ce polar. Des trafics qui alimentent des caisses noires qui alimentent des achats qui veulent rester discrets ou des opérations dont le public ne doit jamais entendre parler. Farel est LE personnage capable de jouer sur tous les tableaux, militaire, par son passé dans les forces spéciales, ou policier, grâce à ses états de service et sa réputation impeccable.

André Blanc construit autour de son intrigue un polar hyper solide, maitrisé et passionnant. Sans perdre de vue son sujet principal, il nous donne à voir l'ensemble des tenants et aboutissants de ces sordides trafics devant, normalement, largement passer eu-dessus de nos têtes de citoyens de base. Et il n'y va pas avec le dos de la cuillère, sa connaissance du système des copains/coquins lui permet de tisser son histoire sans didactisme, en restant collé à son récit pourtant touffu. Les grands mouvements financiers internationaux, les agissements de grands fonctionnaires dans l'ombre de leur ministre de tutelle ou les passerelles entre l'État, les entreprises privées et les mafias, tout y est décrit de façon tout à fait crédible et limpide.

Même avec son mauvais caractères, ses silences et ses brusques mouvements d'humeur, Farel est un personnage sympathique, le gentil bourru et droit qui fond devant son amour blessé, sachant faire penser à l'adversaire qu'il est vaincu pour mieux le surprendre, proche de ses hommes, fromant plus un commando qu'un groupe d'enquête, méprisant pour les puissants qui franchissent la ligne jaune.

Encore un excellent polar chez Jigal il n'y a rien de surprenant à ça, c'est le credo de la maison. Du vrai de vrai, intrigue et personnages solides, intelligents, une plongée inquiétante dans les entrailles pas toujours ragoûtante de la République...


Notice bio

André Blanc est né à Lyon. Docteur en chirurgie dentaire, passionné d'archéologie et de préhistoire, il devient adjoint au maire de Lyon à la fin des années quatre-vingt avant de démissionner pour inadéquation totale. Il aime la tragédie classique, la poésie, la littérature, le vin blanc de Condrieu et la pêche à la mouche...Violence d'État est son troisième roman après Tortuga's Bank et Farel


La musique du livre

Un terrible Una Furtiva Lagrima de Donizetti, chanté en Afrique, autour d'un brasier, par un frère d'arme de Farel après la découverte d'un massacre.

Garth Brooks, entendu au Texas par Farel, lors d'une soirée barbecue particulière, Friends in Low Place

Le thème de Rio Bravo, toujours au Texas

Et, pour finir, Nathalie Stutzmann chantant Winterreise de Schubert, écouté par Maud qui se remémore son passé petit à petit...Gute Nacht.

VIOLENCE D'ÉTAT – André Blanc – Jigal Polar – 260 p. septembre 2015

Chronique Livre : TERRES FAUVES de Patrice Gain Chronique Livre : L'HEURE DE NOTRE MORT de Philippe Lescarret Chronique Livre : LA DANSE DE L'OURS de James Crumley