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Chronique livres :
Le paradoxe du cerf-volant de Philippe Georget

Chronique livres : Le paradoxe du cerf-volant de Philippe Georget sur Quatre Sans Quatre

« Ma vie est une blessure ouverte d'où suinte un pus mauvais. Je suis marqué. » (Pierre Couture)


Le pitch

Pierre Couture a vingt-sept ans, il est boxeur et garçon de café à Paris. Côté boxe, ce n'est plus la grande forme, le livre s'ouvre sur un KO dont il a du mal à se remettre. Son entourage commence à lui instiller l'idée qu'une retraite sportive ne serait peut-être pas une mauvaise idée, à commencer par son ami Sergueï et son entraîneur de toujours, Émile.

René et Josy, les patrons du Café de la Poste où il officie lui servent de parents de substitution, il a perdu son père et sa sœur dans un accident de voiture et sa mère s'est suicidée suite à cette tragédie. Il n'a personne dans sa vie, son unique amour s'est enfuie depuis quelques temps déjà et Pierre, sonné par le KO et son peu de perspective, est complètement paumé dans ses possibles futurs.

Quand Sergueï lui propose d'aider un truand usurier de ses amis à récupérer de l'argent auprès de ses débiteurs, il y va sans grande motivation, regrettant déjà d'avoir accepté, il a de l'éthique et supporte mal de côtoyer la racaille. Il ne sait pas à quel point il aurait du s'abstenir : pour son premier client, le débiteur est retrouvé mort assassiné et torturé le lendemain et Pierre embarqué par les flics et dans une histoire folle où tout le monde ment et manipule...


L'avis de Quatre Sans Quatre

Le paradoxe du cerf-volant, c'est lourd et puissant comme une droite en pleine face suivie d'un uppercut ! Un livre dense, inspiré où la grande histoire côtoie la petite, où le fameux battement d'aile d'un papillon en Yougoslavie explose la vie d'un pauvre gars qui ne lui avait rien demandé.

Le peuple des troquets, les flics, l'ambiance de commissariat et de la salle d'entrainement servent de toile de fond à la descrption minutieuse des personnages et de leurs ressorts, des pulsions de Pierre aux arrière-pensées moins avouables des menteurs, et ils sont nombreux dans ce roman noir, rien n'échappe à la sagacité de l'auteur qui nous offre un tableau précis et poignant de l'affaire et de toutes ses arcanes.

Précis, passionnant quand il décrit la boxe, Georget l'est tout autant dans le déroulement de l'intrigue. Il nous embarque avec Pierre à la première ligne et nous amène avec lui, pas à pas, coup bas après coup de vice, jusqu'à un dénouement poignant. Nous revisitons avec lui la guerre en ex Yougoslavie, les marques indélébiles qu'elle a pu laisser, les sadiques qu'elle a révélé qui sévissent encore des années après, des plaies jamais refermées, suppurantes à jamais pour ceux qui ont connu ou pratiqué l'horreur.

C'est un roman très pessimiste et, forcément, très humain. Pas besoin d'artifices ou de superlatifs, l'auteur déroule son récit, pudique, pointilleux et le délaie des plus beaux et des plus laids sentiments qui hantent notre vie. Trahison, manipulation, séduction, amour, peur, une existence entière qui passe à la vitesse d'un combat, rythmée par des rounds qui laissent à peine le temps de souffler, cracher ses dents et de reprendre la combat ou de jeter l'éponge quand le corps et le coeur n'en peuvent plus...

Du grand art assurément, mené de main de maître de la première à la dernière ligne, littéralement !


La notice bio

Philippe Georget est né en 1963. Licencié en Histoire, il est également titulaire d'une maîtrise en journalisme. Il a travaillé pour Radio France et Le Guide du routard avant de se lancer dans la télévision régionale du côté de Orléans où il y exercera tous les métiers. Après un tour des pays méditerranéens en camping-car, il se pose aux environs de Perpignan.


La musique du livre

Pierre n'a plus ses parents mais il a le souvenir de toutes les chansons françaises qu'il a entendu quand ils étaient encore vivants. C'était la musique de son père, un diplomate, qui avait des goûts très éclectiques. Bernard Lavilliers ouvre le bal avec, évidemment, 15ème round suivi par Jacques Brel et la très belle chanson « Les Vieux ». Un petit standard de jazz « Dream a little dream of me », sortie d'un bar de nuit où Pierre montre qu'il est, malgré tout, un homme bien, pour clore ce tour d'horizon, il y a beaucoup d'autres titres évoqués dans le roman à l'atmosphère nostalgique et belle.

Le paradoxe du cerf-volant – Philippe Georget – Jigal Polar – 416 p. mai 2014

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