Quatre Sans Quatre

Chroniques Des Polars et des Notes Fiction Top 10 Recherche

Cinéma :
120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo

Cinéma : 120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo sur Quatre Sans Quatre

120 battements par minute est un film français coécrit et réalisé par Robin Campillo, sorti en 2017.

Le film a remporté le Grand Prix et la Queer Palm au Festival de Cannes 2017. Il a aussi reçu le prix Fipresci et le prix du Public au Festival de Cabourg 2017.

Robin Campillo est un réalisateur, scénariste et monteur français, né en 1962 au Maroc. Il a aussi réalisé les Revenants en 2004 et Eastern Boys en 2013.


Un lieu fixe, sursaturé de paroles, de débats, d'idées. Une caméra qui capte le déplacement nerveux des doigts sur les cheveux, le regard interrogateur, le froncement de sourcils, le sourire moqueur.

Cette salle, c'est le lieu des réunions du mardi soir, le petit amphi dans lequel les règles sont simples, on dit tout ce qu'on a à dire en public, on sort pour fumer, on ne discute pas en dehors de la salle et on n'applaudit pas, on claque des doigts à la place. Ce staccato obstiné des doigts des deux mains, c'est beau, c'est l'ostinato du film, l'expression de la vie même, le battement du sang dans les artères.

ActUp, on se souvient. Comment oublier ? C'est l'époque du scandale du sang contaminé. Comment oublier tout ça ?


Ce soir-là, on accueille quatre nouvelles recrues, dont Nathan.
Je pourrais dire : c'est l'histoire d'amour fou entre Nathan, séronég et Sean, séropo.
Je pourrais dire : c'est l'histoire d'ActUp, de toutes ses contradictions, de ses fou-rires, de ses luttes et de sa violence face à l'urgence de ne pas mourir.
Je pourrais dire : c'est l'histoire de ceux qui dansent en attendant la mort, qui lui ricanent dessus, qui baisent et qui aiment tant et plus pour ne pas y aller vide de souvenirs, dans la tombe.

Dans le groupe, il y a surtout Sophie et Thibault, présidents de l'association, qui organisent, motivent, proposent. Inlassablement. Il faut se battre pour les médicaments, pour que ça aille plus vite, pour que les résultats soient rendus publics. Il faut se battre pour les transfusés, séropos partout dans les prisons, pour les camés, les trans, les prostitué-e-s... pour les prochains, pour les jeunes aussi. Pour que personne ne soit oublié. Pour être soigné aujourd'hui, peut-être sauvé demain.
Il y a Hélène et son fils de 16 ans, Max, hémophile, qui fabrique des litres de faux sang dans la baignoire de l'appartement. Sans le savoir, elle lui a donné des poches de sang contaminé.

Puis Sean, jeune, beau, fou, qui danse sa vie avec la grâce de ceux qui ont l'élégance de paraître heureux de vivre pour rendre l'existence supportable aux autres. « Moi, dans la vie, je fais séropo. », dit-il à Nathan.
Lui, c'est son premier amant qui l'a contaminé, il avait 16 ans.

Parfois, un malade tombe de sa chaise, évanoui, son taux était trop bas ces derniers jours. Parfois, l'un d'entre eux meurt, sans bruit, à l'hôpital, un de plus. On marchera silencieusement derrière le convoi funéraire en brandissant son portrait collé sur des immenses pancartes.

Le groupe fait des interventions spectaculaires, balançant du faux sang dans les bureaux des laboratoires qui ne sont pas assez transparents, qui ne vont pas assez vite alors que le virus s'épanouit en eux, intervenant pendant des conférences, créant des happenings saugrenus et drôles autant que très politisés et sérieux, comme la distribution de capotes dans un lycée, devant un prof furieux et un proviseur dépassé. La police est appelée systématiquement, ils sont traînés au poste plusieurs heures (ne pas oublier ses médicaments et de l'eau, rappelle Sophie), puis relâchés. Ils n'abandonnent pas, ils harcèlent, téléphonent, insistent, tentent de négocier. Les militants apprennent le jargon médical, se renseignent sur la maladie, maîtrisent les données techniques et les protocoles, faut tout faire soi-même. Quand Nathan demande s'il y a des études faites en vue de la mise au point d'un vaccin, on lui tend une chemise presque vide. Les malades du Sida, c'est pas encore assez rentable et ça concerne une population qui dérange, qu'on préfère ignorer, c'est pas présentable, ça fait pas joli sur les plateaux de télé.

Au sein du groupe, on s'engueule. Pas d'accord sur les stratégies, sur les moyens, entre compromis et urgence, parce que la maladie n'attend pas, elle. Tout est à inventer, à créer, faut être visible, audible, être là avant de disparaître. Thibault, débonnaire et prêt au compromis, se heurte à Sean, intransigeant et inflexible, à fleur de peau.

Militer, c'est aussi penser et réfléchir, s'enrichir du débat et des sensibilités diverses.
On se marre aussi, on cherche des slogans choc, ça donne « Des molécules pour qu'on s'encule », mais ça parle aussi d'envie de vivre, ça parle surtout d'une envie de vivre d'autant plus forte qu'on sait que c'est bientôt la fin. Aucune illusion, aucune naïveté. Se battre pour un peu plus de temps à vivre. Et puis on met au point les Gay pride, plus élaborées à chaque fois, la grande ivresse de se montrer, les manifestations chocs, comme celle, dans le jour gris, où chacun s'allonge, comme mort, dans la rue.

On trouve dans le récit un fil rouge, rouge comme la Seine devenue fleuve de sang, une image saisissante loin du réalisme qui imprègne le film, avec la lecture d'un texte sur la Commune, lue par un étudiant en histoire en train de mourir et qui exalte la lutte collective, l'indignation, le refus de se résigner.

Après chaque bataille, la bande va danser (ah la bande son!), se défouler, dépenser son trop-plein d'émotion. Les images des corps dansants, des visages souriants, libérés, offerts, sont les plus émouvantes, harmonieuses et heureuses.

Après la mort de Sean, Nathan baise pour se prouver à lui-même qu'il est encore vivant, avec rage, avec fureur. Ses amis d'ActUp balanceront ses cendres sur le buffet d'une réunion mondaine, un peu de Sean sur les cocktails, les canapé et les coupes de champ, ça lui aurait bien plu je crois. Ça l'aurait fait rire.


Principaux acteurs :

Nahuel Pérez Biscayart : Sean
Arnaud Valois : Nathan
Adèle Haenel : Sophie
Antoine Reinartz : Thibault


La musique du film

La bande originale est composée par Arnaud Rebotini

on entend aussi

Bronski Beat - Smalltown Boy

Mr Fingers - What About This Love ?

Cinéma : LE CAIRE CONFIDENTIEL de Tarik Saleh Cinéma : LE VÉNÉRABLE W de Barbet Schroeder Cinéma : I, DANIEL BLAKE de Ken Loach