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Court-métrage :
Les dimanches d'un bourgeois de Paris

Court-métrage : Les dimanches d'un bourgeois de Paris sur Quatre Sans Quatre

photo tirée du film - Chef opérateur : louis Bergogne - Étalonneur : Damien Letexier

Les dimanches d'un bourgeois de Paris, l'adaptation moderne d'une nouvelle de Maupassant dans un court-métrage original

Après Le Prochain Train, la pièce de théâtre de Orah de Mortcie, Prends ma vie, le thriller psychologique écrit par la britannique Lottie Moggach (éditions Denoël), c'est au tour du court-métrage Les Dimanches d'un Bourgeois de Paris réalisé par Thomas Grascoeur de s'interroger sur nos rapports à l'autre, via nos manies technologiques et notre isolement multi-médias.

Un pitch simple, celui écrit par Maupassant dans sa nouvelle de 1880 : « Dans la rue, un soir, tout à coup, un étourdissement le prit qui lui fit craindre une attaque. S'étant transporté chez un médecin, il en obtint, moyennant cent sous, cette ordonnance : "M. X..., célibataire, employé. - Nature sanguine, menace de congestion. - Lotions d'eau froide, nourriture modérée, beaucoup d'exercice. ». Bref, un coup de stress voire un burn out, rien de plus actuel, nécessitant une mise au vert et le retour aux joies simples de la vie réelle.

Ce M. X, c'est Patissot, employé dans une des tours de la Défense et qui, suite, à ce malaise, va parcourir la nature, rencontrer réellement des humains et réapprendre la sociabilité de base. Thomas Grascoeur a tourné en décors naturels, sur les lieux mêmes décrits par Maupassant, entouré d'acteurs de talent : Henry Rizk, Floriane Jourdain, Sylvia Maria Alves et accompagné son récit d'une musique originale de Touve R. Ratovondrahety.

La relecture et la mise dans un contexte moderne d'une œuvre classique est parfois périlleuse mais, sur ce projet, l'idée est pertinente. Les bobos redécouvrent les guinguettes, les ballades bucoliques et les possibilités inouïes de deux yeux décollés d'un écran ou d'une discussion sans Skype ni SMS, des trucs de dingues quoi ! Se réapproprier sa ville, marcher, flâner, découvrir...Les textes passés ne sont pas que ces nids à poussière qui font éternuer quand il arrive que nous les fréqentions de trop près, Thomas et son équipe le démontrent ici avec talent.

En attendant la sortie de son film, Thomas Grascoeur a très gentiment répondu à quelques questions pour Quatre Sans Quatre sur le projet, ses espoirs et les films courts en général, merci à lui !


D'où t'es venu cette idée d'adapter un texte plutôt classique à notre époque ?

Ce qui m'a séduit dans cette nouvelle de Maupassant, c'est sa manière de prendre du recul par rapport à son époque, de montrer un personnage assez passif mais qui observe le monde qui l'entoure. Je voulais retrouver cette distance, sans tomber dans une reconstitution historique, pour retrouver justement le côté très percutant et le message d'origine. Le mieux était de partir de notre époque et d'y transposer ce personnage qui est avant tout un observateur, un peu perdu.
Toute la difficulté était d'être fidèle à l'esprit de Maupassant ; pour cela nous avons tourné dans les lieux mêmes qu'il décrit ou dans des équivalents contemporains. Les loisirs des bobos sont finalement assez proches de ceux des bourgeois de 1880 : sport en salle, promenades sur les berges de Seine, flirts, nouvelles guinguettes... l'univers de Maupassant continue à baigner le Paris contemporain.


C'est un projet individuel ou as tu mobilisé une équipe dès le départ pour t'épauler ?

Quand j'ai découvert la nouvelle, j'ai tout de suite eu des images d'amis comédiens dans les rôles principaux ; j'ai écrit l'adaptation en pensant à eux j'ai été très heureux qu'ils acceptent ! De même pour le compositeur et pour l'équipe technique, composée de pros avec qui j'avais déjà travaillé et que j'étais très heureux de retrouver également.


Ce bobo qui essaie de renouer avec la nature, qui quitte le temple de la finance et de la technologie pour retrouver la simplicité des rives du fleuve, c'est un message que tu as voulu passer à l'homme moderne ?

Dans la nouvelle, Maupassant constate l'absurdité de la vie parisienne, des administrations, il décrit des solitudes qui se frôlent et ne trouvent pas comment s'appréhender. Avant de passer un message, je voulais surtout retrouver ce désarroi, ce sentiment de retrait par rapport au monde environnant, mais aussi l'amour de la nature, de la sensualité, du désir. Il n'y a pas de militantisme politique ou écologique, mais le film essaie de poser la question des fondements de notre manière de vivre et d'être. Le film parle aussi de la dépendance aux portables, à internet ; qui participent aussi à nous couper de la vie réelle et de la sensualité, du corps, que Maupassant décrit magnifiquement.


Fait on un court-métrage parce qu'il n'y a pas le financement pour en faire un long ou est ce deux mondes différents ?

Ce sont deux mondes différents, et la nouvelle est un style littéraire qui correspond parfaitement au format du court métrage : il faut une unité d'action, une seule ligne directrice, peu de personnages, et que le fond soit suffisamment fort pour marquer rapidement le spectateur. On peut prendre aussi plus de risques que dans un long métrage, et bien sûr la production est plus facile à mettre en place. Après, le scénario des dimanches d'un bourgeois de Paris ne se prêtait pas à un format plus long. La nouvelle originale est en épisodes, mais il fallait la condenser énormément pour maintenir des enjeux suffisants pour un film. Elle correspondait vraiment à un court métrage (qui fera environ 8 minutes).


Et, justement, quel est le débouché d'un court-métrage ? Comment trouver son public ?

Les courts ont une vie principalement en festival de court métrages, qui fourmillent dans le monde entier. Il y a aussi des émissions spécialisées à la télévision, et des possibilités de diffusion en première partie de long métrage dans certaines salles.


Quand pourra t'on voir le film ? Quelles sont les prochaines échéances ?

Le film est actuellement en court de montage, après viennent l'étalonnage et le mixage. Il devrait être terminé pour la fin de l'année ; une première projection en cinéma sera organisée en janvier. Après, il sera envoyé en festivals.


Tu es tenté par un format plus long pour la suite ? Des projets déjà ?

Bien sûr ! J'ai déjà plusieurs projets prévus (et prenants!) comme comédien, qui est mon premier métier, au théâtre et au cinéma. Je vais jouer Oreste dans Andromaque (mise en scène de Daniel Annotiau), et Oronte dans le Misanthrope mis en scène par Laetitia Leterrier.
J'ai d'autres projets de réalisation (en court métrage pour le moment), notamment autour d'Arsène Lupin, que j'ai joué au théâtre avec beaucoup de plaisir à Paris et en tournée.


Le teaser

Pour aider à finaliser le financement : Les dimanches d'un bourgeois de Paris

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