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Chronique Livre :
Du Sang sur Abbey Road de William Shaw, une enquête dans le swinging London

Chronique Livre : Du Sang sur Abbey Road de William Shaw, une enquête dans le swinging London sur Quatre Sans Quatre

Après Back Up de Paul Colize, William Shaw s'attaque à cette époque « bénie » du swinging London, juste un peu plus tard mais de façon tout aussi sombre.

Pour ceux qui s'en souviennent, 1968, c'est l'année où tout semble possible un peu partout en Europe mais c'est aussi celle où les premières images d'africains, biafrais en l’occurrence, mourant de faim s'invitent via la télé dans nos salons.

Tout un monde de paradoxes, une société vieillissante, une jeunesse refusant les anciens clichés et les chemins tracés et la mondialisation de la douleur qui s'amorcent de la plus atroce manière.

La société va connaître de profonds changements mais la bêtise, l'intolérance, la cupidité, heureusement pour nous, amateurs de polars, n'ont jamais déserté nos cités et la nature humaine.


Le pitch

1968, un quartier populaire de Londres, une nounou très anglaise découvre le cadavre nu d'une jeune fille sous un matelas dans le recoin d'une ruelle. Cathal « Paddy » Breen, inspecteur aux homicides va être chargé de cette affaire.

Il n'est pas au sommet de sa forme, son père vient de décéder et il a quitté précipitamment une boutique victime d'un cambriolage alors qu'un de ses collègue était menacé d'un couteau par le malfaiteur. Autant dire que sa cote n'est pas au plus haut chez les flics qui n'aiment pas quand la solidarité fait défaut.

Le chef lui adjoint une stagiaire, Helen Tozer qui sera, outre le révélateur du machisme ambiant le plus débile, bien plus précieuse que prévu. Leurs investigations les mèneront chez un bien étrange médecin originaire du Biafra qui milite pour aider ses compatriotes à briser le blocus imposé par l'armée nigériane qui les affame dans l'indifférence de l'ancien colonisateur anglais...


L'avis de Quatre Sans Quatre

Du Sang sur Abbey Road est avant tout un polar, une histoire très bien ficelée et conduite avec ce qu'il faut de fausses pistes et de rebondissements pour tenir le lecteur au sommet de l'attention.

Le duo d'enquêteurs, improbable puisque les femmes n'ont pas encore le droit de conduire des voitures de service ni de poser des questions dans la police de cette époque, fonctionne à merveille, ils sont tous les deux blessé, lui par la mort de son père, elle, par celle de sa sœur, sinon tout les oppose. Helen est une fan des Beatles, elle a pris le train du changement de société, Breen a du mal à accrocher, il est perdu et ne sait pas trop par quel bout prendre sa vie.

Roman d'atmosphère également, sur la Beatlesmania ravageuse qui mobilise des milliers d'adolescentes qui passent leur journée à guetter leurs idoles au studio ou devant leur domicile, sur le racisme ordinaire, l'intolérance et les soubresauts de la décolonisation anglaise qui tuera des centaines de milliers de biafrais et ouvrira l'ère des ONG, une période charnière, brouillonne mais passionnante.

De beaux dialogues, une langue choisie et riche, Shaw peint toute en finesse ses personnages et sait donner le coup d'accélérateur nécessaire au récit quand il le faut, sans doute son talent de journaliste n'est pas étranger à sa capacité de transcription.

Un excellent bouquin, bercé, immergé dans la musique pop où les Beatles jouent un rôle essentiel comme dans le Londres de 68. Bonne nouvelle, Du Sang sur Abbey Road est annoncé comme le premier volume d'une trilogie consacrée à cette époque !


Notice Bio

William Shaw a écrit sur la culture populaire et underground pourThe Observer et le New York Times. En tant que contributeur pour le magazine Details, il a suivi les New Age Travellers, infiltré la scène musicale néo-nazie américaine et vécu un mois à la façon des hommes de Cro-Magnon dans le désert de l'Utah.


La musique du livre

Ça commence fort avec Fire d'Arthur Brown dès la douzième page et la suite du livre est imprégnée des groupes de l'époque, The Hollies, The Small Faces, Les Stones et, évidemment, par dessu tout, les Beatles qui sortent juste leur double album.

Mais il y a aussi des références à ce qu'écoutaient ceux qui n'étaient pas « in », le skiffle, genre dans lequel joua d'ailleurs John Lennon à ses début. Y a du son sur Abbey Road...

Du Sang sur Abbey Road – William Shaw – Les Escales Noires – janvier 2014 – 423 p.
Traduit de l'anglais par Paul Benita

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