Quatre Sans Quatre

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BERNARD

Fiction : BERNARD sur Quatre Sans Quatre

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BERNARD

une nouvelle de Dance Flore & Psycho-Pat


- Allez encore un Jean-Mi, ouais pareil, la même chose ! Merci, hein, allez, prends-toi un verre aussi, ce que tu veux. Mets ça sur l'ardoise. Tu vas pas me laisser boire tout seul quand même ! J'ai l'air assez con comme ça, allez, tiens-moi compagnie. Ca fait combien de temps que je viens là, hein, ça fait combien de temps qu'on se connaît ? Oui ben si, si, si je compte moi, hein, parce que les tournées à 150 euros, je me souviens bien ! Mais non, je plaisante, des fois y a que moi à picoler, c'est carrément économique !
- Ouais, comme ce soir, ouais.

- Tu dis quoi ? Je t'entends pas avec son barouf là, l'autre, qu'est-ce que c'est que ce minet que vous avez été chercher là ? C'est ton patron qui a viré l'autre ? Moi je l'aimais bien, l'autre attends... il s'appelait... attends, non dis rien ça va me revenir, attends, un blaze à la con, un truc d'étranger avec les lettres dans le désordre à tuer une partie de Scrabble. Yanoush ! Oui, Yanoush ! C'est ça. Ça vient d'où ça, d'ailleurs ? Turc ? Croate ? C'était pas un Rom, il avait un pavillon en ville, je suis allé chez lui boire un coup une fois. Non, non, j'ai pas pensé à lui demander, moi je l'appelais juste le Manouche. Yanoush le Manouche, tu vois genre ça rime et ça me faisait marrer. Quoi ? Lui ? Lui quoi ? Si, quoi ?... Si ça le faisait marrer ? Ben je sais pas, pourquoi ? Oh hé, tu vas pas me casser les couilles, toi, hein, je sais pas, je te dis, de toute façon, il est plus là, alors on s'en fout non ? Et le nouveau, il s'appelle comment ? Yvon ? Naaaan, pas vrai, tu te fous de moi, là ! Ça n'existe plus ça, comme prénom, c'est un truc de grand-père ! Ah si, vraiment ? Ben faut qu'il vive avec le pauvre. Du coup pianiste pédé, ouais, je comprends, pas cool.

- Quoi il a une femme ? Et alors ? C'est interdit peut-être ? Tu sais pas qu'on les marie les pédés maintenant ? Ben lui, il s'est gouré, il a épousé une femme et pis c'est tout... Quoi ?
Mais si il est pédé, ça se voit que c'est qu'une fiotte, faut être con comme toi pour pas le voir ! T'en es pas une, quand même? Quoiiiiiii ! On peut plus rigoler, là, toi et moi, comme deux vieux potes ? Tu veux que je te roule une pelle et que je te caresse la bite pour que t'arrêtes de faire la gueule ? Oh, si c'est plus possible de déconner, merde ! Tiens, ben, remets m'en un, ma poule, je suis à sec. Je t'en propose un ? Non, t'es sûr ? Bon ben, comme tu veux. Toujours ça de moins sur ma note.
Eh, t'as vu la meuf là-bas? Celle qui a un cul qui dit oui. Ouais la brune, là, en bleu avec le t-shirt à paillettes ? Elle est belle, tu trouves pas ? Enfin peut-être pas belle, belle, belle, belle comme le jour, mais on peut avoir envie de la baiser la nuit quand même, non ? Hein, bien mettable, ça s'ajoute au compteur un lot pareil ? Non?

- Comment ça, elle est pas forcément là pour ça ? De la merde, ouais ! T'as vu comment elle remue son cul ? Tu crois qu'elle est pas là pour ça, toi ? Putain, t'es quand même vachement naïf, on dirait pas là, avec ton noeud pap à la con et ta chemise blanche, pingouin de mes deux, mais si en fait ! Regarde-là quand elle est penchée avec sa jupe moulante à marée basse, tu vois bien qu'elle a pas de culotte quand même, non ? À ton avis, c'est pas un signal, ça ? Elle a juste oublié ? Elle est distraite ? Tu rigoles ou quoi ? Mais mate un peu comment elle est bonne ! Une souris comme ça dans mon pieu, moi je coupe les pattes au chat, j'te l'dis tout de suite, faut être honnête entre mecs, non ?

Elle m'a regardé, en plus ! Si si, t'as peut-être rien vu mais je t'assure qu'elle m'a regardé plusieurs fois. Je plais encore, tu sais. Je peux encore tirer de la minette, tu sais, c'est pas parce que j'ai 50 balais que je peux plus tringler personne. Surtout quand elles ont tout ce qu'il faut où il faut... ouais, je les aime avec du cul et des seins, tu vois le genre, hein, de quoi t'amuser un peu quoi... un mec normal, ouais, avec des désirs sains, normaux. Du cul.

- Sandrine ? Ben quoi Sandrine ? Un autre allez, c'est en son honneur, celui-là? En l'honneur de Sandrine ! La beeeeeelle Sandrine ! la gaaaaaarce Sandrine, la saloooooope Sandrine ! Ouais, ben elle s'est cassée la Sandrine. T'es son avocat ? Ah bon, j'aime mieux ça.

- Je devais pas être son genre de beauté, finalement, hein. Elle s'est cassée il y a déjà quelques mois. Ah oui, elle a bien fracassé le petit cochon et embarqué les économies. Non non, je sais où elle habite, ça va, je pourrais y aller si je voulais. C'est moi qui veux plus la voir, la garce.
Mais depuis, hein, je me suis pas laissé aller, j'en ai bouffé de la chatte, ah ben ça, tranquille maintenant, hein, et c'est vachement bien. Je refuse même de la clientèle, c'est pas comme pour le boulot où il faut courir après toute la sainte journée et leur lécher les godasses pour une commande de misère. Elles m'adorent, j'y peux rien. Ben ouais, ça te la coupe, ça, pas vrai ! C'est pas tous les jours que tu dois emmener Popaul au cirque, toi, coincé comme t'es derrière ton zinc, pas de bol. Oui, c'est vrai, t'as raison, j'en sais rien. Pis je m'en fous en plus.

- Sandrine, elle savait pas baiser. C'est pas faute d'avoir perdu du temps et de l'énergie, mais elle était pas libérée, tu vois, et elle a jamais dépassé ses blocages. Je me suis fait chier au lit avec elle, t'as pas idée ! Tu vois sa copine Rachel ? Mais si, on est venu boire un coup au moins dix fois ensemble. Enfin, merde, t'as l'Alzheimer ? Une petite brune avec des nichons superbes ? Tu peux pas pas les avoir vus quand même ? Bref, peu importe. Ben vingt fois, je lui ai proposé de l'inviter pour un plan à trois, y a jamais eu moyen. Elle disait toujours qu'elle était pas gouine. Aucune idée d'ouverture, tu vois, bloquée quoi. J'ai dû la niquer tout seul la Rachel, par sa faute. Et après, ça vient te faire la morale !

- Eh ben bon courage au mec qui vit chez nous maintenant, non non, attends chez elle, ouais, chez elle. Putain, j'ai passé des année sur les routes à me faire chier, et elle me plante comme ça, la garce. Qu'est-ce qu'elle avait à me reprocher ? Franchement ? Elle picolait avec moi, on se faisait des fêtes du feu de dieu, elle avait rien à redire, j'assurais au pieu, je rapportais le pognon, je lui offrais ce qu'elle voulait alors ? Qu'est-ce qu'elle avait à me faire chier avec deux trois écarts à la con ? J'étais triste dans les hôtels, fallait bien de la compagnie, c'est comme ça, les hommes, non ? Et quoi, je suis normal, j'ai des appétits, une belle femme, faut quand même que je la récompense, hein !

- T'as vu le mec, là ? T'as vu sa gueule d'intello à la con ? Putain je peux pas les saquer, ceux-là. Allez, un de plus, Jean-Mi, ouais, j'ai bu mais je tiens bien l'alcool, vas-y je te dis, fais pas chier, je vais taper personne. Attends, j'ai le respect, je bois un peu et puis je me barre. Où je vis, là ? Oh t'inquiète pas, je vais trouver un appart, j'attends de dénicher le bon, là je suis à l'hôtel, mais c'est juste en attendant, ça va pas durer. Je veux un petit chez moi sympa tout confort, un trois pièces, tu vois. Un truc pour redémarrer comme il faut avec une petite nana qui oubliera de me faire chier.
- Mais si, ça existe encore des meufs qui savent être reconnaissantes. T'y crois pas, toi ?

- Ouais, je vais trouver, je suis pas vieux, ça va le faire, nickel chrome. Un dernier pour la route, je suis crevé, là, je travaille trop, faut que je reste éveillé le temps de rentrer chez moi. Oui oui, je sais, c'est l'heure. Ca va, me fous pas dehors non plus. Cul sec, j'y vais. Je te paye la semaine prochaine, promis. Merde elle est partie avec l'autre intello, la meuf à paillettes ? Fais chier, je discutais avec toi, j'ai rien vu. Ben, elle va pas être déçue la grognasse. Je pensais qu'il était là pour Yvon, l'autre tarlouze, avec sa gueule de philosophe constipé. Elles savent même plus reconnaître un vrai mec les gonzesses maintenant, t'y crois à ça ? On peut tout de même pas leur coller la marchandise sous le nez dans le troquet pour qu'elle compare, merde ! Tu vois, moi, je pense qu'y a un défaut d'éducation. Ces connasses de féministes ont rendu les femmes malheureuses en les poussant à vivre avec des moitiés de tafioles même pas foutues de les rassurer quand elles ont leurs vapeurs, ou de taper du poing sur la table, ou ailleurs, quand elles abusent. Ça me dégoûte, tiens. Va y avoir du boulot pour reprendre tout ça en main, j'te l'dis... Bon, j'suis fatigué de la nature humaine, je vais me pieuter.

- Allez salut Jean-Mi. Tiens, je te file un échantillon gratos, dis pas que j'ai jamais rien fait pour toi.

Putain de merde, qu'est-ce que j'ai foutu de mes clés. Quand ça veut pas, ça veut pas ! Regarde-moi les ces deux-là. Il va quand même pas lui rouler un patin au milieu de la route ? Il est dingue, l'intello. Et cette garce de chienne en chaleur qui se frotte contre lui ! Elle espère quoi ? La nuit du siècle ? Ben tu t'es gourée de client, Poulette. T'avais le meilleur sous la main, t'avais Bernard, le roi du plumard, et tu rentres avec Jiminy Cricket, pauv' conne. Ah, ça y est, les v'là mes clefs, pas trop tôt.

Ben, y vont pas faire ça là quand même ? C'est dingue ça, ce sans gêne, sous mon nez ! Je vais te les bouger moi, ces deux exhib... exhi..., ces deux salauds, merde ! J'en trouve plus mes mots avec leurs conneries. Un bon petit coup d'accélérateur quelques mètres avant et tu vas les voir courir, les lapins ! Tout est dans le dosage et le contrôle. Ma spécialité, la nuance et le doigté... Un bon coup d'accélérateur et je pile à dix centimètres d'eux. Va chier dans son froc le Roméo !

- Allô ? Oui, Jean-Michel Dorin, je suis barman, rue de Strasbourg. Je vous appelle pour vous signaler un accident, juste en face du Bistrot des Amis. Non, morts, tous les deux. Le chauffard est en fuite. Oui, oui, je le connais. Non, je ne touche à rien, je vous attends...


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