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Interview :
BELLEVILLE ÉDITIONS

Interview : BELLEVILLE ÉDITIONS sur Quatre Sans Quatre

Photo : Belleville éditions


Des romans d'ailleurs à lire ici...

Une maison d'édition qui se crée, c'est toujours un événement. On pleure, à juste titre sur celles qui disparaissent, prenons le temps de saluer les nouvelles comme il se doit. Surtout que Belleville Éditions n'est pas tout à fait comme les autres. Dorothy Aubert et Marie Trébaol ont eu l'idée d'intégrer l'incroyable richesse d'Internet dans les ouvrages que Belleville Éditions va publier.

Des livres de « littérature étrangère qui fait voyager », comportant des liens vers des sites, de la vidéo, de la musique, immergeant le lecteur dans l'univers qui a vu la naissance du roman.

Belleville, comme ce quartier bigarré de Paris, cette porte sur le monde. Le lieu idéal pour ce fort beau projet qui mêle la curiosité, l’intelligence et les possibilités des nouvelles technologies pour permettre une approche multi-sensorielle du monde des auteurs.

Les mieux placées pour en parler étant les initiatrices elles-mêmes, Dorothy et Marie ont pris le temps de nous présenter cette magnifique idée. Merci à elles !


Un premier né

La Coiffure de la Mariée de Seray Sahiner est le premier ouvrage au catalogue de Belleville Éditions. Un très beau recueil de nouvelles d'une auteur turque qui nous présente une galerie de personnages féminins particulièrement soignés. Au fil des petits et grands drames des Zeynep, Fidan ou Madame Esme, c'est toute la place de la femme dans ce pays aux multiples facettes qui est décrite, sans concession, entre humour, acidité des espoirs déçus et joies des fragiles victoires, ces femmes dessinent la Turquie d'aujourd'hui, entre modernité et poids -très lourd – du patriarcat.

Seray Sahiner écrit juste, elle connait intimement ses personnages et sait les faire vivre dans toute leur complexité. C'est un régal de se promener avec elle dans les arrières-cours, l'intimité des espoirs et des déceptions.

Comme prévu dans le projet, le lecteur y trouve une multitude de liens où il pourra visiter les lieux, entendre la musique ou découvrir anecdotes, gastronomie et articles judicieusement choisis. Une expérience de lecture inédite particulièrement enrichissante. Si vous choisissez le format papier, pas de panique, un espace web est dédié à chaque livre.


L'interview de Marie et Dorothy

Commençons par le début, d'où est venue cette idée de mêler les formidables ressources du web à vos publications? Vous seriez-vous lancées dans cette aventure pour une maison d'édition classique ?

Nous nous sommes rencontrées il y a cinq ans ; nous travaillions toutes les deux pour un éditeur assez classique. Nous trouvions dommage que l’édition française reste conservatrice dans sa vision du numérique. Pourtant, nous sommes toutes les deux de grandes amatrices de livres papiers. L’idée s’imposait d’elle même : proposer un ouvrage de littérature qui réconcilie papier et numérique. Des notes de bas de pages 2.0, en somme !

Nous avions prévu de partir en voyage un peu plus d’un an. L’occasion d’aller rencontrer sur place ceux qui font le livre dans leurs pays, et ramener des titres qui ne seraient pas arrivés dans les mains d’un éditeur classique… Par ailleurs, quand nous voyageons, nous aimons toutes les deux appréhender la culture du pays dans son ensemble, en découvrant ses auteurs, son cinéma, ses artistes.
Nous avons donc décidé de pousser un peu plus loin notre rôle d’éditeur en devenant “passeur de culture”, et de ramener des contenus qui enrichissent nos livres et emmènent le lecteur en voyage en lui montrant les décors – qu’ils soient géographiques, mais aussi sociaux ou artistiques.


Quelle est votre ligne éditoriale ? Ce qui vous donne envie de publier un texte ?

Nous cherchons des textes qui disent quelque chose sur le pays de l’auteur. Des textes qui ont marqué le paysage culturel d’un lieu. Nous sommes donc assez ouvertes, du moment que le texte est contemporain et populaire. Notre démarche en lançant de la “littérature connectée” est de donner des outils au lecteur pour rendre un texte plus accessible. C’est pour cela que nous allons dans des régions moins explorées en termes de traduction. Nos futurs auteurs sont moldaves, boliviens, arméniens, brésiliens, égyptiens… Enfin, nous n’avons pas de critères de sélection si ce n’est des thèmes qui nous intéressent particulièrement, comme la place de la femme, les répercussions sociales de la politique, le poids des traditions, les lieux mixtes et populaires…


En plus de la qualité du texte, vous cherchez les possibilités de créer des liens hypertextes avant de vous lancer ?

Nous cherchons avant tout des régions qui nous fascinent et qu’il nous semble important de mettre sur le devant de la scène. Nos notes connectées sont une proposition, et surtout pas une expérience imposée. Elles sont mises à disposition du lecteur s’il veut pousser plus loin sa lecture, ou découvrir l’univers du livre au préalable. Mais on peut tout à fait lire un titre Belleville sans même les regarder.


Apparemment, le livre numérique a du mal à s'imposer en France. Pour des raisons pas forcément liées à ses caractéristiques d'ailleurs.

Le livre numérique s’impose difficilement. Mais il a son lectorat. Et nous en faisons partie. Selon nous, quelques problématiques empêchent encore sa diffusion. En particulier, des prix élevés et une complexité dans les formats et les supports, qui freinent les potentiels lecteurs malgré les avantages pratiques. C’est pour cela que nous avons essayé de créer un lien entre papier et numérique. À notre sens, les deux ne s’opposent pas. Et nous souhaiterions amener des lecteurs plus traditionnels à s’essayer à la liseuse. À l’inverse, certaines personnes ont délaissé le livre papier. Nous aimerions leur donner envie de le redécouvrir en utilisant leurs codes et leurs smartphones… Nous sommes convaincues que les deux modes de lectures peuvent cohabiter. Simplement, on peut avoir envie de l’un à un moment sans pour autant abandonner l’autre. Une seule certitude : dans les deux cas, l’objet-livre reste très important. Il peut s’agir de la fabrication du livre papier comme du développement de l’ebook.


Le premier livre est publié, les réactions sont encourageantes ?

Oui et c’est une grande victoire ! Depuis novembre, nous auto-diffusons La coiffure de la mariée, ce qui signifie que nous ne disposons pas d’une structure traditionnelle (équipes commerciales et distribution). Pourtant, il est déjà évident que les libraires sont des relais essentiels. Même s’ils ne sont pas toujours faciles à convaincre, leur accueil se révèle très encourageant. Leur discours est passionné et pro et ils sont souvent prêts à prendre des risques. Et ça marche ! Une libraire parisienne a même vendu 18 exemplaires en moins d’un mois. Les premiers lecteurs (qui sont au moins 300 aujourd’hui) font des retours très différents : certains se sont laissés emporter par la lecture sans penser aux notes de bas de page connectées ; d’autres rêvent d’autres livres sur le même modèle pour découvrir d’autres pays. Nous avons même quelques lecteurs qui ont pris leurs billets pour Istanbul ! Nous avons donc le sentiment que cette nouvelle proposition de lecture n’est pas un gadget : elle répond à des envies.


Vos perspectives pour la suite ?

Deux nouveaux titres en 2016, puis huit en 2017 ! En explorant nos régions de prédilection : Moyen Orient, Amérique latine, Balkans… Nous sommes actuellement en train d’acheter les droits du roman d’un auteur palestinien, par exemple. Nous aimerions ensuite nous tourner vers l’Afrique...


On se quitte en musique

Une jolie playlist dans La Coiffure de la Mariée, de la musique locale qui permet de se plonger dans l'ambiance.

Une petite sélection avec Sazlı Sözlü, Türkü Dinle - Burhan Çaçan, Askimiz Olay Olacak et Ahmet Kaya - Söyle

LA COIFFURE DE LA MARIÉE – Seray Sahiner – Belleville Éditions – 182 p.
Traduit du turc par Canan Marasligil

Fiction : CAROLE Fiction : UN JEU SÉRIEUX Fiction : LA MONTRE D'AÏCHA