Quatre Sans Quatre

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Interview :
Vincent Crouzet

Interview : Vincent Crouzet sur Quatre Sans Quatre

 photo : centrale nucléaire du Tricastin (source : Wikipédia)

«L'affaire Bygmalion est une heureuse plaisanterie à côté du dossier UraMin. » (Vincent Crouzet)


Radioactif est un grand roman d'espionnage avant tout. Il nous tient en haleine du début à la fin et comporte, comme il se doit, son lot d'agents doubles voire triples, de femmes fatales, de paradis fiscaux et de politiciens corrompus jusqu'à l'os.

C'est aussi le récit d'une immense arnaque montée par des politiciens et des industriels français et africains pour se constituer un trésor de guerre de plus d'un milliard et demi d'euros. Le plus extraordinaire est que cette affaire ne serait que la transcription romanesque d'une autre, bien réelle, qui commence à défrayer la chronique.

Dans cette interview, Vincent Crouzet appelle un chat, un chat et met quelques points sur les « i » au cas où ce serait encore utile tant les protagonistes de son roman sont aisément identifiables. Et il nous livre le véritable nom du Radjah, personnage haut en couleur qui porte Radioactif à bouts de bras. Peu d'imaginaire donc dans l'intrigue en elle-même, mais le très grand talent de monter la sauce et de faire de cette affaire sordide un scénario palpitant.

La suite, peut-être, dans vos quotidiens préférés, l'enquête serait loin d'être close et quelques bombes pourraient encore exploser... 


Est-ce ce compliqué, juridiquement, d'abord, et dans l'écriture ensuite, de s'engager sur une histoire mêlant aussi intimement des personnages réels, et facilement identifiables, et de la pure fiction ?

Vincent Crouzet : Oui, ce n'était pas simple. Mais j'ai systématiquement "démarqué" les personnages et parfois dressé leurs silhouettes à l'envers. Cependant, je craignais une interdiction du roman. Rien n'est arrivé, confirmant mes soupçons liés à l'affaire : aucun des protagonistes se reconnaissant dans le roman n'ayant ressenti le besoin d'approcher le ventilateur du bousier. À présent, les trois mois légaux de recours sont passés. "Radioactif" peut donc avoir une longue vie...


Qu'elles étaient vos intentions en démarrant ce roman ? Une dénonciation d'un système ? Alerter les citoyens sur les dérives de la République ? Distraire tout simplement ?

Vincent Crouzet : En fait, "Radioactif" raconte une histoire qui m'est très proche, ayant été réellement, dans la "vraie vie", le messager du Radjah auprès des autorités françaises. J'ai mis du temps avant de me décider à en faire un roman. Je n'ai pas voulu apparaître dans cette publication comme un dénonciateur. "Radioactif" n'est pas un acte militant. J'aurais écrit un document, si j'avais été un Don Quichotte. J'ai donc commis ce que j'aime, et ce que je sais faire : un roman d'espionnage. Je possédais tous les éléments, très intimement, pour architecturer un parfait thriller international.


Des personnalités comme le Radjah ou Glawdys existent-ils avec ce pouvoir de nuisance sur la scène internationale aujourd'hui ? Il y a un tel nid d'espions et de personnages douteux sur les grandes transactions ?

Vincent Crouzet : Incontestablement, il existe dans le domaine du trading et des transactions financières occultes, des personnages très hauts en couleur que je qualifierais, dans un vocabulaire du milieu du renseignement, de "multi-médias". C'est-à-dire aux frontières du monde des affaires, de la politique et de l'espionnage. Le Radjah et Gwladys Palmer existent bel et bien.


Le Radjah justement, c'est le personnage omniprésent du récit. Il est tout en même temps : manipulateur, manipulé, riche un jour, ruiné le lendemain, bourreau, victime ... J'ai l'impression que vous avez plus bâti Radioactif autour de lui plutôt qu'autour de Montserrat, c'est exact ? 

Vincent Crouzet : J'adore ce personnage, qui se nomme dans la réalité Saifee Durbar. Un type formidable, ayant eu une vie aventureuse, un homme charismatique et ambitieux pour l'Afrique. Manipulateur ? Oui, certainement un peu, mais souvent par jeu plus que par calcul. Pour lui les affaires sont plus un sport que de la cupidité, ce qui n'est pas le cas des autres personnages du roman, et de l'affaire. Je n'ai pas eu de mal à construire son personnage. Nous avons été proches durant les mois de sa détention en France. Nous restons, je crois, malgré la publication de "Radioactif", des amis. Le Radjah dirait : des "frères". C'est vrai, Quatre Sans Quatre a bien vu, il est en fait le personnage central, le corps du roman, qui a failli s'appeler simplement : "Radjah".


L’Afrique est elle encore le terrain de jeu que vous décrivez où tout est permis à celui qui paie ? Il n'y a pas d'amélioration comme on peut le lire ici ou là ?

Vincent Crouzet : Je suis terriblement revenu de toutes mes espérances africaines. Je croyais dans les nouvelles générations, qui finalement ne reproduisent que les schémas destructeurs de leurs pères. En ce qui me concerne, l'Afrique n'est qu'un désenchantement. L'avenir de ce continent tient dans les seules mains des femmes, qui pourront peut-être le sauver.


N'y a t'il pas en France, un système de contrôle politique, indépendant du pouvoir en place, des décisions d'un patrons d'entreprise de très haute importance comme Murana, au niveau du parlement par exemple, pour empêcher des manipulations comme Urafrik ?

Vincent Crouzet : Dans le cas de l'affaire UraMin, des instances de contrôle et de régulations existent. Le problème tient dans leur indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Or, dans le cas du dossier dont est inspiré le roman, la main de l'Élysée - celle de Melchior dans "Radioactif" - irrésistible, touche à tout.


En regardant l'actualité, on se dit qu'il pourrait y avoir de multiples épisodes des aventures des trois rois mages de Radioactif et dans pratiquement tous les domaines. C'est tentant ?

Vincent Crouzet : Cette affaire tiendra longtemps l'actualité, et impactera de hautes personnalités. Les montants évoparés sont considérables (plus de 1,4 milliard d'euros). L'affaire Bygmalion est une heureuse plaisanterie à côté du dossier UraMin. Je pourrais m'amuser à écrire une suite radioactive, mais j'aimerais aussi sortir de cette histoire. Je ne joue pas dans la même cour de récréation que celle de tous ces salauds.


Allons nous retrouver Michel Montserrat dans le prochain ouvrage où êtes vous parti sur un tout autre sujet et d'autres héros ?

Vincent Crouzet : Le colonel Montserrat devrait revenir en action dans un prochain roman très secret défense, cette fois de pur espionnage, qui le verra tangenter l'Iran, la très haute technologie du renseignement et la fin de l'intervention des forces spéciales françaises en Afghanistan...


Merci à Vincent Crouzet d'avoir pris le temps de répondre aux questions de Quatre Sans Quatre, plus qu'à patienter maintenant pour retrouver une partie des héros de Radioactif ...

Radioactif – Vincent Crouzet – Belfond – 481 p. avril 2014

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